21/02/2018

Georges Borgeaud, quelques souvenirs à propos d'un peintre valdo-genevois au grand coeur

En lisant aujourd'hui l'article de la Tribune de Genève consacré à la dispersion de la collection Givel, de vieux souvenirs me reviennent en mémoire. Il est vrai qu'ils ne concernent pas le peintre vaudois Marius Borgeaud dont il est question dans l'article et dont les oeuvres enrichissent la collection Givel mais un homonyme, un autre Borgeaud, lui aussi vaudois et peintre connu, prénommé Georges. L'artiste avait quitté son canton de Vaud natal pour s'établir à Certoux (GE) jusqu'à son décès en 1998. Voici donc mon histoire. En 1964, j'étais apprenti au sein de la défunte Swissair dans les locaux occupés dans la gare de Cornavin par lnotre compagnie aérienne nationale. Les nouveaux apprentis étaient régulièrement bizutés par quelques chefaillons aux galons argentés sur les manches de leur uniforme Swissair. C'était tout sauf agréable et nous trouvions du réconfort auprès du nettoyeur de nos bureaux. Un homme enjoué avec une physionomie de boyard russe, cheveux noirs presque jusqu'aux épaules et épaisse moustache tombante. Toujours vêtu de sa blouse grise, maniant son balais de coton avec dextérité, Il irradiait la joie de vivre avec un accent vaudois puissant. Le personnage  était modeste, chaleureux, drôle et bourré d'humour. Nous ne connaissions que son prénom : Georges ! Un peu plus tard, nous nous sommes liés d'amitié et j'ai découvert sa passion, la peinture; j'ai connu aussi son nom de famille :  Borgeaud. Je l'ai écouté attentivement lorsqu'avec sa voix profonde et chaleureuse il racontait les moments difficiles de son enfance d'enfant placé et de valet de ferme. C'est alors qu'il m'a fait visiter un samedi son refuge, cet atelier de peintre qui se situait alors dans les combles de l'hôtel Métropole. Quel enchantement que de découvrir les toiles de Georges et notamment celles dépeignant  cette Bretagne qu'il aimait tant et dont il parlait si bien. Dix-huit ans plus tard, en 1982, alors que j'étais directeur administratif de la clinique La Métairie à Nyon, l'établissement célébrait le 125e anniversaire de sa fondation. Avec les médecins et les responsables de l'atelier d'ergothéraphie, la décision fut prise d'organiser une exposition d'art brut avec les peintures et dessins des patients. J'ai alors repris contact avec Georges Borgeaud, alors devenu un peintre reconnu  loin à la ronde, en Suisse et à l'étranger. Avec sa simplicité coutumière malgré ses succès,  Georges l'artiste s'est spontanément mis à disposition afin de venir animer  un atelier de peinture avec les patients et nous honorer de sa présence lors de l'inauguration de l'exposition qui s'est tenue dans une salle de l'auberge du cavalier de Saint-George sur la route du Marchairuz. Notre dernière rencontre remonte à l'année 1993 à Martigny, où une rétrospective lui fut consacrée à la fondation Gianadda. Je n'oublierai jamais Georges Borgeaud, le peintre au grand coeur.

Claude Bonard

A regarder et écouter : https://www.rts.ch/…/…/tj-midi/3466431-georges-borgeaud.h...

https://www.rts.ch/…/un-jour-…/3466432-georges-borgeaud.h...

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20/02/2018

L'odyssée des chevaux de bronze de Venise et de Berlin

C'est par un arrêté daté du 19 février 1800 que les consuls décidaient à Paris de choisir le palais des Tuileries pour résidence. Un palais aujourd'hui disparu après son incendie du 23 mai 1871 par les Communards. Sur l'emplacement des Tuileries, seul subsiste aujourd'hui l'arc de triomphe du Carrousel qui fut pour un temps orné des chevaux du quadrige de la place saint Marc à Venise. L'histoire de ces chevaux de bronze mérite d'être contée. Ils furent transportés à Paris en 1798 pour y orner l'arc de triomphe du Carrousel après la prise de Venise par Bonaparte en 1797. On les distingue sur une toile de Bellangé qui dépeint une revue militaire passée aux Tuileries. Ces chevaux de bronze furent démontés et retrouvèrent leur place sur le portique de Saint-Marc à Venise en 1815 après la défaite de Napoléon. Ceux qui ornent actuellement l'arc de triomphe du Carrousel  à Paris sont une copie de ceux de Venise et datent de  1827. L'ensemble de bronze symbolise "la paix" retrouvée lors de la Restauration de la monarchie. "La paix" conduit le char auquel sont attelés les chevaux. Une histoire presque identique est arrivée aux chevaux du quadrige de la porte de Brandebourg à Berlin qui ont eux aussi été emmenés à Paris suite à la victoire de Napoléon sur la Prusse en 1806. Les Prussiens ayant occupé Paris en 1814 les ramenèrent à Berlin. L'un d'entre eux servit pourtant de modèle lors de la reconstruction de la statue équestre du roi Henri IV sur le Pont Neuf, détruite à la Révolution. En effet, le 3 mai 1814, à l'occasion de l'entrée de Louis XVIII à Paris, une statue provisoire fut exécutée par le sculpteur Henri-Victor Roguier à partir d'un moulage en plâtre d'un des chevaux du quadrige de la Porte de Brandebourg. Etonnant, non ?

Claude Bonard

Photo Wikipedia

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17/02/2018

17 février 1772, premier partage de la Pologne

Aujourd'hui, une partie importante de l'opinion publique polonaise se caractérise par un nationalisme sourcilleux qui plonge ses racines dans l'histoire nationale. Au nombre des événements douloureux qui ont façonné l'histoire de la Pologne figure ce que les historiens nomment "le premier partage". Pour mieux comprendre la situation, rembobinons le film des événements. Tout commence  en 1764. A Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski succède au roi à Auguste III sur le trône de Pologne. Sous son règne, le rayonnement culturel et artistique du pays se caractérise par un essor remarquable. En revanche, ce jeune roi qui avait été l’amant de la Grande Catherine devient l’otage du parti pro-russe, ce qui provoque en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise opposée à la Russie réunie en Confédération. Cette insurrection prend le nom de Confédération de Bar, localité située aujourd’hui en Ukraine. La Confédération est écrasée militairement en 1772 suite à l'intervention musclée de l'armée russe. Le 17 février 1772, la Russie, la Prusse et l'Autriche procèdent au premier partage du territoire polonais. Un dépeçage inique qui ampute le royaume du tiers de son territoire et qui ébranle certaines  chancelleries européennes dont la France. C’est pour la Pologne le début d’une lente descente aux enfers qui se traduira par d'autres démembrements en 1793 et 1795 au profit de ces mêmes puissances. Une situation qui conduira purement et simplement à la disparition de l’Etat polonais, rayé de la carte politique du monde. Il faudra attendre 123 ans pour voir la Pologne réapparaître en tant qu'Etat souverain le 11 novembre 1918. Aujourd'hui encore, au même titre que les affres de la Seconde Guerre mondiale et celles de la période communiste qui suivit, les cicatrices laissées par ce drame géopolitique dans la mémoire collective des Polonais  sont mal refermées et permettent d'expliquer – sans les justifier - certaines postures idéologiques et certains ressentiments envers les pays voisins  qui étonnent tant les observateurs politiques étrangers en ce moment.

 partage-1.jpgClaude Bonard

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