21/06/2018

1476 Guerres de Bourgogne - Pas de bol, les Genevois étaient dans le camp du perdant !

La date du 22 juin 1476 est une date mythique dans notre histoire. Elle marque la seconde victoire des Suisses contres Charles le Téméraire à Morat après celle de Grandson le 2 mars de la même année. Les petits Genevois de ma générations apprenaient fièrement à l'école les exploits des vaillants Confédérés face à la redoutable armée du duc de Bourgogne et récitaient  la fameuse formule : «Le duc perdit son trésor à Grandson, son honneur à Morat et la vie à Nancy.».  Pourtant, je l'ai su bien plus tard, il y avait un hic... Nos bons maîtres d'école avaient passé sous silence le fait qu'en 1476 nous étions dans le camp du perdant ! Les guerres de Bourgogne ont en effet constitué un épisode délicat dans les relations de Genève avec les Suisses, l'évêque de Genève Jean-Louis de Savoie (1460-1482) étant l'allié du duc de Bourgogne. Le retour de manivelle ne s'est pas fait attendre puisque après leur victoire finale contre le duc Charles, les Suisses punirent Genève et exigèrent le versement d'une amende de 28'000 écus, ce qui correspondait à 12% des actifs de la fortune totale des particuliers. Un montant considérable que Genève était dans l'impossibilité de payer vu l'état de ses finances publiques. (déjà à l'époque!). Les Genevois n’arrivant pas à réunir ce montant, une bande armée incontrôlée d’environ 1700 hommes provenant notamment d’Uri et de Schwyz fit mouvement sur Genève pour punir la cité et saisir la part de la rançon non versée. Le 4 mars 1477, grâce à l’intervention et à la médiation de plusieurs cantons, cette troupe fut heureusement stoppée près de Lausanne.  Cette opération est connue en Suisse allemande sous le nom de « Saubannerzug », (l’expédition du drapeau à la truie), appelée en Français « l’expédition de la Folle Vie » L’emblème de ces hommes était un drapeau représentant un sanglier et non une truie comme d’anciennes chroniques le laissèrent entendre.  Les Genevois furent toutefois obligés de payer immédiatement à la soldatesque en furie  le solde de l’amende qui leur avait été infligée. Ils se consolèrent en se disant qu'ils avaient échappé au pire, la mise à sac pure et simple de Genève.

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Claude Bonard

 

Pour en savoir davantage : http://ge.ch/archives/3-folle-vie-premier-traite-de-combo...

Dufour Alfred : Histoire de Genève, Paris, Que sais-je, PUF, 1997, p.34

18:55 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

1609 - un duel au Louvre met indirectement Genève en danger

Le 21 juin 1627, François de Montmorency-Boutteville et François de Rosmadec des Chapelles étaient décapités en place de Grève, à Paris. Le crime de ces jeunes nobles était de s'être battus en duel malgré un édit du 2 juin 1626, pris par le cardinal de  Richelieu au nom du roi Louis XIII qui interdisait les duels et punissait de mort les récidivistes.* Pourtant, bien avant cette décision, au temps du roi Henri IV, les duels étaient déjà fort mal vus à la Cour de France. Jacob Spon, (1647 – 1685), dans son Histoire de Genève publiée à Lyon en 1679 puis enrichie en 1730 par Jean-Antoine Gautier évoque une affaire qui allait indirectement avoir des conséquences pour Genève. Elle impliqua Louis Comboursier, seigneur du Terrail, un proche parent de d’Albigny, le piteux vaincu de l’Escalade. Ce gentilhomme français avait pourtant  été choisi par le roi Henri IV pour être Cornette ( porte étendard) de la compagnie du Dauphin, le futur Louis XIII. A son propos, Jacob Spon écrivit «  Etant haut à la main – aimant les duels – il eut querelle au Louvre contre un Gentilhomme qu’il tua, devant les yeux de Sa Majesté qui étoit aux fenêtres. Ce qui l’obligea de fuir promptement hors de la France, de peur de porter sa tête en Grève ». Après s'être réfugié aux Pays-Bas, du Terrail s'est ensuite établi en Savoie où il ne manqua pas d'aller saluer le duc Charles-Emmanuel qui « s’ouvrit (…) de la passion qu’il avoit de se rendre Maître de Genève par quelque entreprise ». Un plan d’attaque ingénieux fut élaboré. Du Terrail proposa au duc de Savoie de surprendre Genève par bateau, le port du lac étant faiblement gardé. Des soldats débarqués prendraient ensuite d’assaut la porte de Rive pour se ruer sur la cité en prenant les défenses genevoises à revers. L'affaire capota fort heureusement au dernier moment. Du Terrail fut arrêté et mis à la question. Il avoua, fut condamné à mort et décapité au Molard le 19 avril 1609. Spon écrivit  à son propos que « c’étoit un homme de bonne mine ». Le peuple de Genève, au fond, l’aimait bien malgré sa faute et plusieurs quatrains furent composé à sa louange au moment de son exécution dont celui-ci :

« Tel fut de Du Terrail l’injuste et triste sort,

Toujours victorieux, mais vaincu par l’envie,

Sa vie lui devoit une plus belle mort :duel.JPG

Mais sa mort lui promet une plus belle vie ».

 

Claude Bonard

* source : www.herodote.net

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19/06/2018

Il y a 78 ans, 13'000 Polonais sont internés en Suisse

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Le 19 juin 1940, près de 13'000 militaires polonais appartenant à la 2e Division de chasseurs du  45e C.A. de l'Armée française franchissent  la frontière suisse. A l’issue de combats retardateurs menés contre les troupes allemandes à Maîche et au Clos du Doubs, le général Bronislaw Prugar-Ketling se trouve dans une situation intenable. Il prend la décision de se faire interner en Suisse. Les Polonais passent la frontière à Goumois et gagnent Saignelégier. Ils resteront en Suisse jusqu'en 1945. A leur retour en Pologne, ils seront accueillis comme des parias par le nouveau régime inféodé aux Soviétiques. Leur chef, le général Prugar-Ketling, rejoindra aussi la Pologne, mais périra mystérieusement en 1948. Malgré la défaite et l’internement, ces militaires impressionnèrent la population des Franches-Montagnes par leur tenue et leur discipline. Au cours des années de »Mob », la population suisse manifesta  la plupart du temps à leur égard des sentiments empreints de sympathie et de bienveillance et l’on assista même à plusieurs mariages. Les Polonais internés en Suisse ont joué un rôle significatif au profit de la Suisse notamment dans le cadre de la mise en oeuvre du plan Wahlen. Entre 1940 et 1945, ils effectueront 8,3 millions de jours de travail, dont 1,4 million dans le Réduit. 845 ha de marais seront drainés et asséchés, 160ha de terrain seront nivelés et nettoyés de leurs pierriers, sans parler des travaux forestiers où 23000m3 de bois de construction seront mis à disposition de notre économie. Ils construiront aussi 282km de nouvelles routes et chemins et remettront en service de nombreuses mines de charbon désaffectées depuis la première guerre mondiale. Au cours des années de guerre 1940/1945, les universités suisses accueillent de nombreux « militaires-étudiants ». 466 d'entre-eux obtiendront un diplôme universitaire parmi lesquels il faut mentionner 123 thèses de doctorat et 2 habilitations. Partout en Suisse, divers monuments rappellent la présence des internés polonais, par exemple à Locarno, à Wiesendangen, Büren, Melchnau, Giswil, Madiswil, Alpnach, Losone ou encore Melchnau et Saint-Blaise pour n’en citer que quelques uns. 

 Claude Bonard

 

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