30/11/2018

Une escalade piteusement manquée et oubliée, La nuit des échelles du 29 mars 1529

Plusieurs gentilshommes fidèles à la Savoie se regroupèrent au sein d'une Confrérie  dite des Gentilshommes de la Cuiller ayant pour chef François de Pontverre. Une première assemblée de cette Confrérie aurait eu lieu en octobre 1527 au  château de Bursinel. En signe de ralliement, ils portaient autour du cou une cuillère attachée par un ruban. 20181130_185214.jpgIls avaient fait le serment "d'avaler Genève" de la même manière qu'ils dégustaient  les mets leur étant servis lors de du banquet de Bursinel. La situation avait déjà empiré pour Genève lorsque le 6 février 1519, un premier traité de combourgeoisie fut signé avec Fribourg au grand déplaisir du duc de Savoie. Les troupes de la Cuiller détroussent depuis lors les marchands et causent de grands dommages aux paysans. Depuis le château de Peney, la ville de Genève est soumise à un dur blocus économique. En 1529, François de Pontverre venu secrètement à Genève fut reconnu et assassiné. Dans son Journal, le syndic Jean Balard écrivit : « Led. Pontvere entra a Geneve par sus le pont des Paquiers en venant par sus le pont du Rosne, son espee traicte, usant de menasses et oultrage par fierté et oultrecuydance en sorte que ceulx de dessus le pont vindrent sur luy a espees en sorte quil fast contrainct de sen aller cacher en la maison du four près la porte dud. pont tyrant sus la corraterye et en icelle fust tue. » En guise de représailles, les gens de la Cuiller décident de s'emparer de Genève en organisant une attaque surprise prévue par une nuit de mars. Plusieurs centaines d'hommes munis d’échelles et de cordes pour escalader les murailles ont pour mission de s'emparer de la ville par surprise. Je cite à nouveau le syndic Jean Balard : « Le 24 jour de Mars les Sindiques furent advertys quil se faisoit gros amas de gensdarmes pour les venir assaillir la nuit suyyante. » Les Genevois étant avertis, l'affaire tourna court et les assaillants se dispersèrent piteusement en abandonnant leur matériel sans même tenter quoi que ce soit. Cet « exploit » ridicule a été nommé par les Genevois la Nuit des Echelles. Il est aujourd'hui presque tombé dans l'oubli. On découvre aussi ce récit aux pages 52 et 53 de la « Petite histoire de Genève à l’usage des écoles du canton » rédigé par Louis Thévenaz, Maître au collège un récit de ce que l’on a appelé ensuite la Nuit des Echelles : “leur audace devint telle que Pontverre osa, un soir, entrer dans la ville. Mais reconnu, il fut poursuivi et impitoyablement massacré. Les Chevaliers, apprenant la mort de leur chef, jurèrent de le venger par une action d’éclat. Ils formèrent le projet de s’emparer de Genève par surprise. Dans la nuit du 29 mars 1529, ils vinrent, au nombre de 800, munis d’échelles et de cordes pour escalader les murailles. Toutes leurs précautions étaient prises ; ils s’étaient même ménagé des intelligences dans la place ; mais au moment de commencer l’attaque, le courage leur manqua ; une terreur subite s’empara d’eux et ils se sauvèrent, abandonnant leurs échelles et leurs engins, mais emportant les fenêtres et les portes de quelques maisons des faubourgs”.

 

Claude Bonard

Source et pour en savoir davantage  : Journal du Syndic Jean Balard, Mémoires et documents publiés par la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, Tome dixième, Genève, chez Jullien frères, libraires-éditeurs.

Version internet : https://doc.rero.ch/record/27864/files/Gf_280_1_10.pdf

Illustration Louis Dunki

 

 

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28/11/2018

Puisque c'est bientôt l'Escalade, n'oublions pas les blessés de 1602 !

Ce week-end, avec la Course de l'Escalade puis une semaine plus tard grâce aux multiples animations proposées au public par la Compagnie de 1602, Genève s'apprête à commémorer le 416e anniversaire de l'Escalade. Si tout le monde sait  que dix-huit valeureux défenseurs valeureux de Genève ont perdu la vie au cours de la funeste nuit, le nombre des blessés  inscrits à l'Hôpital, se monta  quant à lui  pour le moins  à vingt-quatre, sachant qu'il y en a eu encore d'autres, moins gravement atteints qui furent soignés à domicile. Or dans la mémoire collective des Genevois, force est de constater aujourd'hui que l'on on a totalement oublié ces braves.  Et pourtant, outre leur courage lors de la nuit de l'Escalade, on leur doit aussi  l'origine des premières manifestations festives de l'Escalade dont l'anniversaire fut initialement seulement marqué par un Jeûne et les sermons des pasteurs. C'est  en effet entre 1603 et 1606 1606 selon les sources, que fut organisé le premier banquet réunissant les blessés de l'Escalade. Une première manifestation vraiment festive. Plus tard, suivirent d'autres réjouissances qui ne faisaient, on s'en doute, pas la joie du Consistoire et des pasteurs ....

Alors, pour une fois,  ayons une pensée pour les blessés  "Genevois" de l'Escalade dont voici les noms  : 

Pierre Fabri. Conseiller, Jean Baudichon de la Maison-Neuve, conseiller ; Hugues De Crose, Ami Delacombe, Nicolas Nourison, Jacques Philippe, Jacques Poncet, Jean Foral, Nathanaël Brachet, Paul Dedomo, Philibert Sochard, Samuel Noblet, Etienne Jouvenon, Nicolas Charpentier, Jean Ducrest, François Pellet, Jaques Tornier, Loys de Vorse, Jean-Louis Bron, Pierre Dubiez, Philippe Paquet, Daniel Martinet, Jean Beau, Romain Denanto (Dunant).

 

Claude Bonard

Sources :

Liste des 24 blessés de l'Escalade, tirée du Recueil de l'Escalade 1967, Compagnie de 1602,  édition reliée Vol. IV 1958-1967 page 208.

Jean-Pierre Ferrier : Histoire de la Fête de l'Escalade, Recueil de l'Escalade No 342, année Blessés 1602.jpg 2003 de la Compagnie de 1602.

J. Gaberel : Les Guerres de Genève aux XVIme et XVIIe siècles et l'Escalade du 12 décembre 1602, Genève, Imprimerie Charles Schuchardt 1880 page 196 à 198.

 

 

 

 

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25/11/2018

L'IN "Le droit suisse au lieu de juges étrangers" et les contes de Grimm

Au vu du résultat sorti des urnes de ce jour s'agissant de l'IN "Le droit suisse au lieu de juges étrangers, le débat qui a précédé le vote me fait penser aux propos de Jean-Rodolphe de Salis (1901-1996) tirée de ses "Réflexions sur l'étude de l'histoire" publiées en 1936. Une citation plus actuelle que jamais, même si "l'histoire ne repasse pas les plats" : "A quoi sert l'histoire sinon à relier les unes aux autres les générations qui passent, et à représenter la continuité de l'effort humain ? Tant qu'il y a une histoire, nous resterons en possession de l'héritage que nos devanciers nous ont légué. Si vous l'abolissez, nous ne serions bientôt que de lamentables dépossédés qui retomberaient en barbarie. Nous cesserions, en effet, de comprendre le monde qui nous entoure, et, ne le comprenant plus, il serait comme un arbre à qui on a coupé ses racines".

Le drame aujourd'hui, et je suis bien placé pour le voir dans le pays  à l'est de l'Europe dans lequel je passe plusieurs mois par an depuis quelques années, c'est que l'on instrumentalise et travestit l'histoire, ce qui fait que les gens de la comprenant plus, se raccrochent à des idéologies et à des slogans simplistes. J'ai le sentiment désagréable qu'autour de moi, au coeur de cette Europe qui se cherche et vacille, on confond malheureusement patriotisme et nationalisme, ouverture et fermeturehamelin.jpg. De funestes musiciens, dignes du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, tentent de charmer les opinions publiques avec des mélodies aux sons pervers. Ce soir, vu le résultat sorti des urnes j'ai une pensée pour plusieurs de mes amis qui se retrouvent ce soir du côté des "perdants" mais avec lesquels je partage les valeurs qui ont trait à l'amour de notre pays  et je pense à eux.

Claude Bonard

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