25/05/2017

Le Maître des horloges, le temps et la politique. De Platon à Emmanuel Macron 

Monsieur Emmanuel Macron, nouveau président de la République française, s'est exprimé à plus d'une reprise, s'adressant au monde politique et aux médias en affirmant : «Je resterai le maître des horloges, il faudra vous y habituer, j’ai toujours fait ainsi ». Cette notion de « maître des horloges » est intéressante à plus d'un titre car qui dit horloges fait nécessairement référence au temps.

L'historien français François Audigier a écrit à propos du temps : « Le temps n’est pas l’objet de l’histoire mais il en est une composante consubstantielle. (…) A la linéarité des temps historiques dans une perspective positiviste a succédé la trilogie braudélienne, temps long, moyen, court, elle-même aujourd’hui fortement diversifiée. C’est une multiplicité de temps que travaillent les historiens et la notion d’événement a changé. » *

Or ce qui est vrai pour les historiens l'est à plus forte raison s'agissant du champ politique. Déjà du temps de Platon, les clepsydres égyptiennes  introduites en Grèce servaient à mesurer la longueur des discours politiques.

Quelques siècles plus tard, Miguel de Cervantes écrivait à propos du temps : «  Se dara tiempo al tiempo, que suele dar dulce salida a muchas amargas dificultades ». Un point de vue auquel fera écho plus tard Voltaire dans les Cabales « L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger ».

L'horloge, toujours l'horloge. A Versailles par exemple, celle de la cour de marbre n'avait qu'une seule aiguille. Elle marquait l'heure de la mort du roi et, ce faisant, plongeait la cour dans l'incertitude, s'agissant de l'avenir politique du royaume. 

Charles Baudelaire aussi,évoquera les horloges  dans les Fleurs du mal « Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! »

Et que penser alors de la sagesse du président François Mitterand qui avait dit qu'il faut « laisser du temps au temps », paraphrasant ainsi Cervantes. Un point de vue exprimé aussi avec d'autres mots par l'écrivain Isaac Asimov qui estimait qu'il était « urgent d'attendre ».

En matière politique, bien avant le président Emmanuel Macron, c'est Lord Byron qui donna le ton : «  Les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l'heure juste ».

Ces quelques exemples nous rappellent que le rapport au temps et à sa mesure – les horloges - dicte sa loi depuis l'antiquité. Il s'inscrit dans une problématique qui n'a jamais cessé de préoccuper les philosophes, les historiens, les gens de lettres et, à plus forte raison, les dirigeants politiques. Souhaitons donc bonne chance au nouveau « Maître des horloges ».

Claude Bonard

* Citation extraite de « La chronologie n’est pas l’histoire.* Et pourtant... », in revue de l’IREHG, n°1 juin 1994, p. 80-81.

 

 

 

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