09/06/2017

Elections législatives françaises du 18 juin 2017 – Uchronies et histoire contrefactuelle

« Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin ». (Pierre Dac).

La réécriture de l'Histoire à partir de la modification d’un événement du passé, voire l'élaboration d'une Histoire « contrefactuelle » revient à la mode. Ces derniers temps, nous avons pu nous familiariser avec ce que les anglo-saxons appellent des « fake news » ou des « hoax ». J'ai choisi aujourd'hui d'en rire et de vous inviter à cheminer avec moi sur le chemin des uchronies dans le contexte des élections législatives françaises. En effet, dans moins de deux semaines le résultat de ces élections sera connu. Les hasards du calendrier font tomber cette importante échéance électorale sur la date du 18 juin ! Fichtre ! que voici une date phare dans l'histoire de France ! A ce propos, l'éditorialiste réputé Jacques Julliard a rédigé un superbe éditorial intitulé "Macron face aux deux populismes" dans un récent numéro de Marianne (No du 9 au 18 mai). Il écrivait : « A quel nouveau système politique viennent-ils ( les Français) de donner naissance ? Ils ne le sauront eux-mêmes qu'au soir du 18 juin, au vu de l'Assemblée qu'ils auront élue ». A propos de ce fameux 18 juin, Jacques Julliard  relève qu'il s'agit d'une date « qui est comme on sait à la fois la date de l'appel du général de Gaulle en 1940 ( l'espoir) et de la bataille de Waterloo en 1815 (le désastre)».

Et pourtant..... prenons Waterloo. Le 18 juin 1815 consacre la défaite de Napoléon 1er à Waterloo près de Bruxelles face aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher. Une défaite militaire sans appel qui provoquera la chute de l’Empire napoléonien et  va replacer les Bourbons sur le le trône de France. Mais laissons voguer notre imagination … parfois, la défaite d'hier peut s'avérer être la victoire d'aujourd'hui..... Deux cent deux ans après Waterloo, en ce 18 juin 2017, en lieu et place d'un Empire qui s'écroule, on risque bien d'assister à la victoire d'une République en Marche qui, s'associant aux lointains coreligionnaire de Blücher donnera une nouvelle vigueur  à l'Europe de Bruxelles au grand dam des descendants   de Wellington empêtrés dans leur Brexit. Et que dire de cet autre 18 juin, hautement symbolique pour nos amis français, celui de 1940, année terrible. Le général de Gaulle, depuis Londres, redonne l'espoir au peuple de France. Dans son texte déclamé sur les ondes de la BBC, il met en évidence d'une part l'incompétence de ceux qui ont conduit la France à perdre une bataille, mais il insiste d'autre part sur les atouts d'une France régénérée et sur une victoire en ligne de mire qui permette de redonner un nouveau souffle au pays. Soixante-dix-sept ans plus tard, en ce 18 juin 2017, le  résultat des urnes donnera-t-il la victoire aux troupes de ce  nouveau président de la République, qui, sans être général et partant de rien, a déjà remporté une belle bataille?  Ce nouvel "Appel du 18 juin" sera-t-il celui mettant fin à une guerre de tranchées entre partis politiques qui n'a que trop duré, un appel pacificateur incitant  à travailler ensemble, à chasser le doute et l'incertitude, un appel qui puisse être celui de la restauration de la cohésion nationale et de la confiance ? Bref, un appel symbole de  ce renouveau que de Gaulle appelait déjà de ses voeux depuis Londres en 1940 ?

Uchronie encore : le 18 juin, c'est aussi l'anniversaire de la bataille de Patay. En 1429 la campagne de la Loire conduite par Jeanne d'Arc s'achève avec la libération de la ville d'Orléans assiégée. Au cours de son procès, Jeanne à qui l'on reprochait la présence de son étendard lors du sacre de Reims eut cette réplique : «  il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l' honneur". Pourtant, depuis de nombreuses années, force est de constater que c'est notamment le Front national qui brandit l'étendard de Jeanne. Essayons dès lors d'imaginer Jeanne d'Arc au soir du 18 juin 2017. Peut-être serait-elle heureuse du haut des cieux de voir ses encombrants héritiers spirituels plutôt « à la peine plutôt qu'à l'honneur ».

Uchromie enfin : Catherine de Médicis (1519-1589) au soir du 18 juin prochain, une fois le résultat des élections connu pourrait s'adresser ainsi au président Macron : « C'est bien taillé, mon fils; maintenant il faut coudre ». En d'autres termes, tu as bien assuré ton élection présidentielle, et aussi ces législatives; maintenant il faut songer à redonner de la cohésion au pays. Et le président de la République Emmanuel Macron endossant le costume du roi Philippe VI de Valois (1328-1350) pourrait  alors s'exclamer « Qui m'aime me suive ! ». Certes, Marie de Médicis s'adressait à son fils, le roi Henri III suite à l'assassinat du duc de Guise non pas un 18 juin mais en décembre 1588... toutefois on peut se risquer à tirer une conclusion de ce geste quelle que soit la date... en politique, il faut toujours se méfier des poignards ! Pour conclure, essayons d'imaginer  l'Insoumise Madame de Pompadour (1721-1764) sortant du quartier général de certains partis politiques au soir du 18 juin prochain. Peut-être pourrait-elle réécrire une nouvelle version d'un "Souvenir de (la rue de)  Solférino" et s'exclamer comme elle le fit du temps du roi Louis XV : « Après nous le déluge ! »

Il ne reste qu'à attendre le verdict des urnes le 18 juin au soir pour connaître la vraie fin de l'histoire. Comme j'ai débuté mon propos par une citation de Pierre Dac, je le laisse terminer  avec cette définition de la géométrie politique : « Géométrie politique : le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes. » 

Claude Bonard

Uchromie.jpgPour en savoir plus sur le 18 juin :

https://notre-siecle.com/ephemeride-ca-sest-passe-un-18-juin/#MCybvEP8Z87oQd3L.99

http://www.histoire-pour-tous.fr/forum/18-juin-1429-patay-ou-la-revanche-d-azincourt-t9985.html

https://www.herodote.net/18_juin_1429-evenement-14290618.php

 

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