27/06/2017

Non, la Genève internationale n'a pas toujours existé et elle mérite toute notre attention !

J'ai lu avec intérêt l'article consacré à la présidence du Conseil d'Etat dans la Tribune de Genève du 27 juin 2017 sous la signature de Marc Bretton qui met en évidence le fait que notre constitution, stipule que le département présidentiel est notamment chargé des relations extérieures et des relations avec la Genève internationale. (Art.106). Nous avons un peu l'impression que cette Genève internationale a toujours fait partie de notre histoire, mais sans trop savoir ce qu'elle recouvre et à quel moment cette vocation internationale a pris son envol. Je vous propose dès lors de remonter aux sources de cette passionnante histoire. On en devine les prémices en 1830 avec la "Société de la paix sur le continent européen"  créée par  Jean-Jacques de Sellon, philanthrope et écrivain genevois. Quelques années plus tard, à partir de 1847, notre canton consolide son influence au sein de la Confédération suisse. Ce temps est aussi celui de  l’affirmation de la vocation internationale de Genève, en 1864 avec la signature de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés, puis en 1872 avec  l’arbitrage dit de l’Alabama faisant suite à la Guerre de Sécession américaine. Plus tard, à l'issue des ravages de la Grande Guerre, la crainte d’un nouveau conflit est invoquée pour réclamer le désarmement universel. Le 16 mai 1920, le peuple suisse vote l’entrée du pays au sein de la Société des Nations dont Genève devient le siège. La diplomatie multilatérale est née. Pourtant, après des débuts prometteurs, la SdN peine à résoudre les crises et les conflits . L'échec est programmé et la montée des totalitarismes en Europe va à nouveau plonger le monde dans la guerre. Dès 1945, compte tenu du climat de guerre froide s’instaurant en Europe, la vocation internationale de Genève se renforce et notre cité devient le siège européen des Nations Unies, dans ce Palais des Nations terminé en 1937 à l’époque du déclin de la défunte SdN. Genève s’affirme comme l’un des principaux centres de la politique internationale. Alors que de nombreux conflits embrasent le monde, en Corée, dans le sous-continent indien et en Afrique notamment, le CICR fait rayonner l’Esprit de Genève. Dès les années 50, Genève accueille un nombre croissant de grandes conférences internationales : 1954 Conférence dite « asiatique » sur la question de l’Indochine ; (MM. Bidault, puis Mendès-France, Dulles, Eden et Molotov) ; 1955 conférence des chefs d’Etat dite « des quatre Grands » ; (MM. Faure, Eisenhower, Eden et Boulganine); 1955 conférence dite « atomique » sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire ; 1961 conférence sur la neutralisation du Laos ; 1961-1962 pourparlers sur la question algérienne (Evian) ; 1983 conférence sur la question palestinienne ( déjà !) ; 1984, pourparlers relatifs à la paix au Liban ; 1985, sommet Reagan-Gorbatchev; l’année 1988 est aussi à marquer d’une pierre blanche Un coup de théâtre ébranle le ciel diplomatique de New York. Les Etats-Unis refusent d’accorder un visa à Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui ne peut, de ce fait, prendre la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU. L’idée de transférer à Genève l’Assemblée générale fait son chemin. La décision est prise le vendredi 2 décembre par 154 voix contre 2. Les dates avancées sont celles du 13 au 15 décembre. Genève a donc 12 jours pour se préparer et le défi sera relevé avec brio. 1994 voit se dérouler la rencontre au sommet entre MM. Clinton et Assad (père). Le conflit entre la Syrie et Israël à propos du Golan et du Liban notamment, sont au cœur des discussions. Le 2 juin, 1995 marque la signature de l'accord de siège entre la Confédération et l'organisation mondiale du commerce (OMC). Un beau succès à l'actif des autorités genevoises. Afin que le tableau soit complet, il faut citer la présence à Genève de nombreuses missions diplomatiques auprès de l'ONU et la présence vivifiante des organisations non gouvernementales (ONG). Les innombrables conférences et réunions organisées sous l’égide des agences spécialisées des Nations Unies font converger sur Genève les délégations du monde entier. Idem s’agissant des nombreux arbitrages internationaux dont Genève est le théâtre, sur la question de l’ex-Yougoslavie notamment. Genève sera à nouveau sous le feu des projecteurs à l’occasion du Sommet mondial de la société de l’information en 2003, à l’occasion des expositions mondiales Telecom World de 1999, 2003 et 2006 notamment, ou encore cas sur le plan diplomatique, lors des « Geneva talks » du 19 juillet 2008 à propos de la question nucléaire iranienne. En 2013, Genève accueille les pourparlers diplomatiques entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lawrow à propos de la crise syrienne. Syrie encore et toujours au début de cette année 2017, avec un nouveau cycle de négociations qui s'est ouvert à Genève afin de tenter une nouvelle fois de trouver une issue à la crise syrienne. Je m'en tiendrai là avec ce survol. Pour conclure, je voudrais juste rappeler que Genève ne détient plus le monopole de l’organisation des grandes conférences internationales et de l’implantation de nouvelles organisations. De nombreux Etats s’invitent dans le jeu et proposent leurs services à des conditions défiant toute concurrence. Des restrictions budgétaires incitent les organisations du système onusien à se restructurer et trouvent Genève un peu (trop) cher. Fort heureusement, la Confédération a pris la mesure de l’importance de la Genève internationale en tant qu’outil de sa politique de bons offices. Vous l'aurez compris à la lecture de mon modeste propos, il est plus que jamais nécessaire que nos autorités restent attentives au destin de la Genève internationales. C'est bien là une belle et importante mission qui est dévolue au président du Conseil d'Etat et au département présidentiel et elle doit le rester quelle que soit l'architecture du Conseil d'Etat  qui sortira des urnes l'an prochain.

Claude Bonard


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12:26 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Me manque l'évocation du sacro-saint principe de neutralité suisse, pilier de la politique étrangère d'une Suisse désireuse de ne prendre part à aucune guerre,

qui marqua cette ouverture vers l'international, constituée comme vous le rappelez sur le plan du secours des victimes de guerre (création de la Croix-Rouge),élargie par la création de la SDN au lendemain du dernier conflit mondial, à Genève, du fait de la neutralité de la Suisse justement

c'est ce statut de neutralité qui permit l'établissement de la SDN & l'entrée des principales puissances suivis du commencement du droit international des droits de l'Homme puis des Enfants.

Cette Genève s'est faite hôtesse huppée de réunions de chefs d'Etat, rassurés par ce canton au sein d'une Suisse promouvant sa stabilité politique exempte de luttes ouvrières et de partis communistes, et sa place financière

Cette ville-canton s'est habituée au rôle d'hôtesse bourgeoise de multinationales, endettée au prorata de son faux attribut de ville internationale qu'elle compense/mal fagotée d'un factice grand-Genève contracté hors-sol démocratique helvète

Et pendant que le statut de neutralité suisse est mort vidé de sens, la stabilité financière, politique et sociale suisses ainsi que notre Stempel de qualité Swiss made, ont été notés disparus avec les flots de libre-circulants non nationaux.

Cette évolution en mains de fonctionnaires-élus a conduit au dernier déterminant de l'internationalisme de Genève

qui n'existe plus que dans le flux et reflux de ses résidents, un jour venus des confins d'Europe & d'ailleurs pour l'emploi, chassant de leurs jobs les précédents salariés atteints par la cinquantaine, qui chassés de leurs jobs, refoulés de leurs logements doivent finir hors canton, pour laisser place aux nouvelles vagues d'un flux de libres-circulant chassant les derniers-venus devenus quadras presque quinquas de leurs postes,

et ainsi de suite
ce qui embête bien du monde, sauf les fonctionnaires-élus et leur politique d'une Genève-internationale, bien entendu.

Écrit par : divergente | 27/06/2017

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