22/06/2017

Fermeture d'offices postaux à Genève. Leurs Excellences de Berne ont la mémoire courte

La Poste souhaite fermer 12 offices postaux sur 47 à Genève, faisant fi des besoins de la population. Peut-être s'agirait-il de rappeler à leurs Excellences de Berne que Genève fut l'un des cantons pionniers en matière postale. Si la Poste fédérale a pu voir le jour en 1849, c'est bien en s'appuyant sur les réseaux cantonaux existants qu'elle a pu le faire. En 1843, c'est Alphonse de Candolle, botaniste connu et fils de botaniste, qui introduisit  à Genève le  timbre-poste adhésif apposé par l'expéditeur. Une invention  à la fois simple et géniale de Sir Rowland Hill en Angleterre en 1840.  Le 30 septembre 1843 le nom du «Double de Genève» est donné par l'Administration postale de Genève à un timbre devenu aujourd'hui rarissime puisqu'il  fut le quatrième timbre émis au monde et le troisième en Europe. C'est l'excellent  site internet "histoire postale.net" qui nous l'apprend et nous dit aussi que c'est dans sa séance du 13 juin 1843 que  le Département des finances proposa au Conseil d'Etat d'adopter le principe des timbres ou enveloppes. Le 13 septembre 1843, le Conseil d'Etat autorisait  la diffusion des marques d'affranchissement pour le 30 septembre 1843, soit un seul timbre au prix de 10 centimes pour le port cantonal, en excluant la commune de Céligny et en faisant usage de la moitié de cette vignette pour le port local.
 
Le 26 septembre 1843, le Président du Département des finances avisait que les timbres étaient prêts. Il a publié dans la «Feuille d'Avis de la République et Canton de Genève» : «Les timbres seront en vente dans les bureaux de poste dès le 30 septembre 1843, ceci à Genève et à Carouge, à raison de :
 
5 francs par feuille de cinquante timbres doubles
 
50 centimes par bande de cinq dits
 
5 centimes par timbre simple ***
 
Mais assez d'Histoire, revenons au temps présent. Aujourd'hui comme hier, La Poste constitue l'un des éléments essentiels de notre tissu social, notamment dans les régions, et aussi les quartiers périphériques de nos agglomérations. Je pense notamment aux personnes âgées, aux personnes à mobilité réduite, à celles et ceux qui n'ont plus de voiture ou de vélo vu leur âge, je pense aux handicapés etc. etc. Dans sa décision, La Poste n'en tien aucunement compte. C'est "circulez, le profit d'abord, et les réductions de charge pour y parvenir, Punkt Schluss". Aucun respect pour l'usager - ou le client, c'est selon... Et où se situe la cohérence en voulant  par exemple fermer en même temps la Poste de Malagnou et celle de Chêne-Bougeries après avoir fermé celle de Grange-Canal il y a quelques années ? Bref, je m'arrêterai là mais quoi qu'il en soit, ces projets de réduction d'offices postaux n'ont pas   fini de faire des remous.Mesdames et Messieurs les Très Honorés Seigneurs et Excellences de Berne,  souvenez-vous que rien ne sert d'avoir raison, si vous avez raison tout seul !  Et comme le dit si bien mon ami André Castella, le respect ça change la vie ! 
 
Claude BonardDouble de Genève .jpeg
 
Sources :  
***  histoire postale.net -L'Europe et sa poste vers 1860  © Roland Goutay & Didier Lebouc  2003 / 2012
http://www.kelibia.fr/histoirepostale/x_canton.htm
http://www.tela-botanica.org/page:article_opcac#
Illustrations : Wikipedia
 

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18/06/2017

19 juin 1940, 77e anniversaire de l'internement des Spahis algériens et des soldats polonais en Suisse

Le 19 juin 1940 est à marquer d'une pierre blanche dans  l'histoire de notre pays. C'est en effet à cette date que le 45e Corps d'Armée français du général Daille demande à se faire interner en Suisse après avoir affronté les Allemands au cours de violents combats retardateurs dans un périmètre allant de Belfort à la frontière suisse,  dans le secteur de Damprichard et du Clos du Doubs. Parmi les troupes internées figure le 7e Régiment de Spahis Algériens. Les Spahis après s'être regroupés à Montfaucon, dans les Franches-Montagnes, prendront ensuite leurs quartiers dans le Seeland et dans les régions d'Estavayer et de d'Yvonand jusqu'au mois de janvier 1941. Le 23 novembre 1940 un accord franco-allemand englobe également la question du retour en France des militaires français internés. La Suisse interviendra dans cette négociation si bien que dès janvier 1941, les premiers rapatriements auront lieu. Les Spahis algériens quitteront leurs cantonnements dans la région du lac de Neuchâtel. Plusieurs convois ferroviaires vont les acheminer en terre genevoise, à savoir à la gare de Satigny. Le 20 janvier 1941 hommes et chevaux sont pris en charge  par l'armée à leur débarquement et prennent la route à pied pour rallier Veyrier en passant par Lancy, Plan-les-Ouates, le Bachet- de-Pesay, Drize et Troînex. A Veyrier, ils franchissent la frontière en présence des autorités suisses et genevoises. En France, en zone libre, ils sont accueillis par un détachement de chasseurs alpins et le général commandant départemental de la Haute-Savoie. La situation des Polonais de la 2ème division de chasseurs à pied du général Bronislaw Prugar-Ketling sera très différente. Officiers, sous-officiers et soldats, au total près de 13'000 hommes, seront contraints de rester internés en Suisse jusqu'à la fin de la guerre. Cette division polonaise était intégrée au 45è corps de l’armée française du général Daille tout en restant sous commandement polonais et dépendant  directement du gouvernement polonais du général Wladislaw Sikorski. Malgré la défaite et l’internement, ces militaires polonais vont impressionner la population des Franches-Montagnes par leur tenue et leur discipline. Au cours des années de »Mob », en règle générale, la population suisse manifestera des sentiments empreints de sympathie et de bienveillance à l’égard des internés et l’on assistera même à plusieurs mariages suisso-polonais. A noter aussi que dès 1940, le général Bronislaw Prugar-Ketling entretient des relations suivies et courtoises avec le général Guisan, une estime réciproque unissant les deux généraux.

Les Polonais internés en Suisse ont joué un rôle significatif au profit de la Suisse. Entre 1940 et 1945, les militaires polonais internés effectueront 8,3 millions de jours de travail, dont 1,4 million dans le Réduit. 845 ha de marais seront drainés et asséchés, 160ha de terrain seront nivelés et nettoyés de leurs pierriers, sans parler des travaux forestiers où 23000m3 de bois de construction seront mis à disposition de notre économie. Les Polonais construiront aussi en suisse 282 km de nouvelles routes et chemins et remettront en service de nombreuses mines de charbon désaffectées depuis la première guerre mondiale. Au cours des années de guerre 1940/1945, les universités suisses accueillirent de nombreux « militaires-étudiants ». 466 militaires obtiendront un diplôme universitaire parmi lesquels il faut mentionner 123 thèses de doctorat et 2 habilitations. Une fois la guerre terminée, depuis l'automne 1945, les internés sont rapatriés en Pologne en des circonstances délicates. En effet, la Suisse avait reconnu le nouveau gouvernement polonais d'obédience communiste et il était clair que les militaires internés en Suisse n'allaient pas être accueillis à bras ouverts. Plusieurs d'entre-eux décidèrent d'ailleurs de rester en Suisse. En outre, ces militaires ayant été incorporés dans un corps d'armée français en 1940, certains avis officiels préconisaient un retour de ces soldats en France pour y être démobilisés. Pour compliquer encore la situation, le Gouvernement polonais en exil à Londres avait perdu sa légitimité aux yeux des Soviétiques. Le général Prugar-Ketling, qui fit le choix de rentrer dans son pays, allait connaître un destin personnel tragique. Nommé peu après son retour au poste d'Inspecteur de la nouvelle armée polonaise, il mourut dans des circonstances troubles en janvier 1947, ayant probablement été empoisonné par les affidés du nouveau régime polonais à l'occasion d'une mission à Londres ( version m'ayant été donnée par le fils du général, Monsieur Zygmunt Prugar-Ketling, auteur de la seule biographie du général parue à ce jour, en langue polonaise). Partout en Suisse, divers monuments rappellent la présence des militaires polonais, comme par exemple à Locarno, à Wiesendangen, Büren, Melchnau, Giswil, Madiswil, Alpnach, Losone ou encore Melchnau et Saint-Blaise pour n’en citer que quelques uns.

Sources : Morath Pierre : Les internés militaires en Suisse pendant la 2e guerre mondiale – le cas des polonais de la division Prugar, Berne, Bibliothèque militaire fédérale et service historique, publication No 20, 2006, 29 p.

Prugar-Ketling Zygmunt : General Bronislaw Prugar-Ketling, wspomnienia syna, Warszawa, Wydawnicza RYTM, 2006, 232 p.

Smolinski Jozef, Polacy Internowani w Szwajcarii 1940-1945, Warszawa, Akademia Swietokrzyska im. Jana Kochanowskiego w Kielcach, 2003, 346 p.

Feuardent René et Pozzi André : Satigny de jadis à naguère, Satigny, Commune de, novembre 1998, pp.127-131.

Bonard Claude : Genève, janvier 1941, le départ des Spahis internés, in Le Brécaillon, bulletin de l'Association du Musée Militaire Genevois No 6, novembre 1986, pp. 26-33. et Bonard Claude : Janvier 1941, à propos du départ des Spahis, in Le Brécaillon, bulletin de l'Association du Musée Militaire Genevois No 7, avril 1987, pp. 31-35. 

Bonard Claude, «Le Cheval et l'Homme, catalogue d'exposition, Yverdon, 16 juin – 10 septembre 1972, article « Les Spahis, s.p. Yverdon, imprimerie du Journal d'Yverdon S.A. 1972.

Plançon Jean, Duriaux Jean-Denys, Le passage à Veyrier du 7e Régient de Spahis de l'Armée Française, 20-21 janvier 1941, Veyrier, La Mémoire de Veyrier, mars 2013, 99p.

Sygnarski Jacek, Christian Jungo, Laurent Emery, Helvétie, terre d'accueil, espoirs et vie quotidienne des internés polonais en Suisse 1940-1946 en images. Fribourg, Fondation Archivum Helveto-Polonicum / Montricher Editions Noir sur Blanc, 2000, 215 p.



 

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14/06/2017

Fonds européens en Pologne ? Pas seulement ! La Suisse est bien présente

 La Pologne  la Hongrie et la République tchèque sont depuis hier dans la ligne de mire des instances de l'Union européenne du fait de leur manque de solidarité à l'égard de la politique adoptée par les instances directrices de l'UE en matière d'accueil de migrants. Les réactions polonaises ont fusé avec la rapidité de l'éclair et les autorités au pouvoir à Varsovie sont excédées par ce qui est considéré comme des  “menaces”  et une "ingérence" dans les affaires de l'Etat.  Une certaine partie de l'opinion publique qui partage le point de vue souverainiste exprimé par le gouvernement polonais affiche de plus en plus ouvertement une intolérance marquée envers Bruxelles. Pourtant, comment oublier que la Pologne est l'un des principaux bénéficiaire de fonds européens depuis son entrée au sein de l'UE le 1er mai 2004  ? Pour la période 2014-2020 par exemple, elle reçoit pour divers programmes de développement 82,5 milliards d'Euros. Une ballade dans les rues de Varsovie de Poznan de Wroclaw en témoigne. A de nombreux endroits, sur les façades de châteaux magnifiquement restaurés, ou au fronton  de superbes infrastructures techniques commerciales ou culturelles, on  découvre des plaques épigraphiques indiquant : “construit – ou restauré – avec le concours des fonds européens”. En tant que Genevois séjournant une partie de l'année à Varsovie je m'abstiens de toute analyse de nature politique s'agissant de la situation polonaise actuelle et de  l'entente de moins en moins cordiale qui caractérise les liens entre l'UE et Varsovie. En revanche, dans ce blog qui s'intitule “Point de vue entre Rhône et Vistule”, j'aimerais rappeler que  l'UE n'est pas le seuil bailleur de fonds important  de la Pologne. La Suisse joue aussi un rôle significatif. Le 26 novembre 2006, le peuple suisse était appelé aux urnes. Il s'agissait notamment de voter sur l’acceptation ou le rejet de la loi fédérale sur la coopération avec les Etats d’Europe de l’Est. Cette loi avait été attaquée par voie de référendum en raison notamment des coûts engendrés par cette opération et vu le contexte de la position de la Suisse envers l’UE.  L’objectif visé par cette loi visait à soutenir la transition démocratique en Europe de l’Est ainsi que d’encourager le développement d’une économie sociale de marché dans le cadre d’un développement durable au sein de ces Etats. La loi soumise au vote du peuple prévoyait un engagement financier de 200 millions par année sur cinq ans, et une période de réalisation des projets de près de dix ans. Dans sa prise de position avant la votation, le gouvernement suisse, le Conseil fédéral s’adressait ainsi au corps électoral : « Le Conseil fédéral et le Parlement entendent maintenir la solidarité traditionnelle de la Suisse avec l’Europe de l’Est. C’est aussi dans l’intérêt de notre pays, qui investit ainsi dans la voie bilatérale et dans ses bonnes relations avec l’UE. En développant des partenariats commerciaux, il contribuera à atténuer la pression migratoire et les atteintes à l’environnement. ». Le Conseil fédéral et le Parlement fédéral recommandaient l’acceptation de la loi. Les autorités fédérales estimaient que la coopération avec l’Est de l’Europe constituait un instrument politique important en regard des intérêts de notre pays pays à l’égard de l’Europe, sans parler du potentiel économique induit par la mise en œuvre d’une telle démarche. Le 26 novembre 2006, la loi était adoptée par 1’158442 OUI, soit 53,4% des votants, contre 1’010255 non, le taux de participation au vote étant de 44,3%.

Pour la Pologne, les effets du vote du peuple du peuple suisse ont été massifs puisque les montants destinés à financer des projets de développement dans ce pays ont représenté 489 millions de francs suisses à investir en coopération étroite avec le Ministère polonais du développement régional. 40% du total de la contribution suisse visait à soutenir plus particulièrement les régions suivantes : Malopolskie, Lubelskie, Podkarpackie et Swietokrzyskie pour lesquelles les indicateurs de développement sont inférieurs à la moyenne nationale. La mise en oeuvre de cet ambitieux programme en voie d'achèvement aujourd'hui a été le fruit d’une fructueuse et efficace coopération entre le Service national de coordination du Ministère polonais du développement régional et le « Bureau pour la réalisation de la contribution suisse à l’élargissement », constitué au sein de l’Ambassade de Suisse en Pologne. Sur un plan plus large  outre ce programme spécifique, la Suisse est bien présente  économiquement en Pologne. A la fin de l'année 2014, les investissements de notre pays en Pologne ont atteint le volume significatif de  six milliards de CHF et un un "Swiss Business Hub"  performant Suisse-Pologne Pin.jpgexiste  au sein de notre Ambassade  à Varsovie.  Ce n'est pas rien ? Qu'en pensez-vous ?

Claude Bonard

Pour en savoir plus :

https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/representations-et-conseils-aux-voyageurs/pologne/suisse-pologne.html

www. programszwajcarski.gov.pl

www. swiss-contribution.admin.ch/poland

www.contribution-enlargment.admin.ch

http://www.berno.msz.gov.pl/fr/cooperation_bilaterale/cooperation_economique/

 http://euro-blogs.eu/post/2016/03/24/Enjeux-et-perspectives-des-fonds-européens-en-Pologne

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