11/07/2017

Un 14 juillet peut en cacher un autre...avec quelques « Genevoiseries  révolutionnaires »

Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, il faut rappeler que contrairement à la croyance populaire, la fête nationale française ne commémore pas la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 mais bien la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. C'est en effet sous la IIIe République en 1880 que les députés ont choisi cette date qui représente un moment fort de l'union nationale sous la Révolution française. Ceci étant précisé, mon propos d'aujourd'hui est destiné à rappeler l'implication de quelques Genevois d'origine ou d'adoption qui ont participé en bien ou en mal aux événements de la Révolution française. En d'autres termes, les « Genfereien » n'existant pas à l'époque, je me propose d'évoquer des « Genevoiseries » révolutionnaires. 

Prenons par exemple la date du 14 juillet 1789 et l'histoire d'un déserteur du régiment soldé de la République créé à Genève en 1783 par le gouvernement patricien conservateur rétabli dans ses prérogatives grâce aux baïonnettes bernoises, françaises et sardes suite à l'échec la prise d'armes des Natifs du 8 avril 1782. Ce déserteur du nom de Pierre-Auguste Hulin, sera l'une des figures marquantes de la prise de la Bastille. Hulin avait débuté sa carrière comme sous-officier enrôlé à Genève au sein du Régiment « mercenaire » de la République. Il déserta et quitta Genève pour Paris en 1785. Devenu garde suisse, il fut congédié vu sa mauvaise conduite et vécut chichement à Paris comme employé de buanderie. Il adhéra aux idées de la Révolution. Le14 juillet 1789 à la Bastille le gouverneur Bernard René Jourdan, marquis de Launay refuse de remettre les armes et la poudre que des insurgés parisiens conduits par notre déserteur genevois Hulin sont venus chercher à la forteresse faiblement défendue par 82 invalides et 32 soldats du régiment suisse de Salis-Samedan. Après de multiples tergiversations et sur ordre du marquis de Launay, le lieutenant Ludwig von Flüe commande le feu. A l'issue des combats, on dénombre plusieurs victimes tant parmi les défenseurs de la Bastille que du côté des assaillants. De Launay qui avait menacé de faire sauter la forteresse entière et le quartier environnant finit par capituler en échange de la vie sauve pour lui et ses hommes. Fait prisonnier et plutôt chanceux, le lieutenant Ludwig von Flüe en réchappera.Il mettra sans tarder son épée au service de l'Angleterre puis après le retour de la royauté en 1815, à nouveau au service de France. Comme quoi il avait de la suite dans les idées. En revanche, de Launay fut moins chanceux que von Flüe. Conduit sous escorte à l'hôtel de ville par Hulin, qui n'arriva pas à le protéger, de Launay fut lynché en place de Grève par la foule furieuse en dépit de l'accord passé. Il fut poignardé à plusieurs reprises Sa tête fut sciée par le boucher Mathieu Jouve Jourdan puis fixée au bout d'une pique et promenée dans les rues parisiennes. De Launay fut ainsi l'une des premières victimes de la Révolution française. Pierre-Auguste Hulin, notre déserteur genevois était une forte tête que rien ne prédisposait à entrer dans l'histoire à deux reprises : une première fois nous venons de le découvrir, en marchant à la tête des émeutiers sur la Bastille le 14 juillet 1789; une seconde fois vingt-trois ans plus tard, devenu général et comte d'Empire (rien que ça s'il vous plait!), en 1812, toujours à Paris, où il sauva le régime impérial en déjouant la conspiration du général Malet alors que Napoléon était embourbé en Russie, si loin de sa capitale. En 1812 Hulin commandait la place de Paris. Un poste stratégique s'il en est. En pleine tentative de coup d'Etat, le général putschiste tira à bout portant sur Hulin dont la joue fut transpercée par une balle, d'où son surnom depuis lors de "Général bouffe la balle".Cocardes tricolores.jpg

On n'en a pas fini avec ces Genevois et ces Suisses qui ont contribué, souvent involontairement au succès de la Révolution française. Plusieurs artistes ayant représenté après coup l'événement de la prise de la Bastille ont représenté les assaillants coiffés de bonnets phrygiens, une coiffure qui deviendra le symbole de la Révolution. Hélas ces peintres et dessinateurs,se sont emmêlés les pinceaux puisque c'est en 1792, soit trois ans après la prise de la Bastille, que le bonnet phrygien aura vraiment son heure de gloire. Une mode lancée d'une bien curieuse et horrible manière comme nous allons le voir. En août 1790 la garnison de Nancy travaillée par les idées révolutionnaires et mal soldée se mutine. Le régiment de Châteauvieux dont le colonel propriétaire est le Genevois Jacques-André, marquis Lullin de Châteauvieux figure au nombre des mutins, ce qui est extrêmement rare s'agissant d'un régiment suisse au service étranger. Une « Genevoiserie » honteuse et tragique en quelque sorte car ce soulèvement fut très durement réprimé. Conformément à la coutume régissant la discipline au sein des Suisses un conseil militaire composés d'officiers des régiments suisses de Castella et de Vigier instruisit l'accusation. Dans un premier temps, les mutins furent condamnés à mort mais la sentence fut revue : deux soldats qui étaient parvenus à s'échapper furent condamnés par contumace ; 72 sont emprisonnés ; 41 sont condamnés à trente ans de galère ; 22 furent pendus. Enfin, l'un des cinq membres du comité des rebelles, un Genevois nommé André Soret fut condamné au supplice de la roue ; il fut vraisemblablement le dernier à subir ce supplice en France. En 1791, Jean-Marie Collot d'Herbois défendit les mutins condamnés aux galères et obtint leur réhabilitation. En 1792, après une marche de 25 jours depuis le bagne de Brest, ils arrivèrent à Paris où une « fête de la Liberté » fut organisée en leur honneur le 15 avril. Leur bonnet rouge de bagnard, assimilé par la population parisienne au bonnet phrygien, devint alors « officiellement » l'emblème de la Révolution et de la République française !

Je ne voudrais pas clore ce blog sans évoquer cette figure de la Révolution française que fut Jean-Paul Marat
né le 24 mai 1743 et assassiné par Charlotte Corday, de son vrai nom Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont le 13 juillet 1793. Marat était médecin et connu aussi pour ses essais philosophiques. Son père était peintre et dessinateur à Genève. Sa mère, Louise Cabrol était la fille de Louis Cabrol qui avait été reçu "Habitant" à Genève le 15 octobre 1723. La famille décide de s'établir en 1754 sur le territoire de la Principauté de Neuchâtel. Après avoir passablement voyagé à l'étranger, Marat s'installe à Paris où il fréquente la Cour des dernières années de la royauté. Il fait à cette époque la connaissance de Benjamin Franklin. A Genève, il fréquenta le "résident de France" Soulavie. Acquis aux idées de la Révolution, il en devint l'un des représentants du courant le plus extrême, notamment après les massacres de septembre de 1792. Député Montagnard, polémiste et journaliste, il acquit une notoriété qui lui valut d'être emprisonné, jugé mais heureusement pour lui libéré, vu l'attitude par trop "légaliste" qu'il avait adoptée au moment du procès du roi Louis XVI. Son journal "l'Ami du Peuple" connaît un grand succès et attise les violences. Malade de la peau, Marat ne fréquente plus la Convention et s'enferme chez lui où il ne quitte presque plus sa baignoire. C'est dans cet appareil qu'il reçoit ses visiteurs. C'est là que le 13 juillet, Charlotte Corday demande à le voir et le poignarde. Le peintre David, aussi député Jacobin à la Convention illustrera la scène dans un tableau de commande. Je pourrais encore vous parler d'autres Genevois qui ont contribué à la propagation des idées de la révolution au sein de ce que l'on a appelé l'Atelier de Mirabeau : Etienne Clavière, Jacques Antoine Du Roverey ou encore Etienne Dumont mais ce ce sera pour une autre fois.

J'en profite pour souhaiter un excellent 14 juillet à nos voisins et amis français !

Claude Bonard

 

 

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Commentaires

Merci pour ces precisions de dates notamment...
Je ne savais pas qu'autant de Genevois avaient participé à notre Révolutions...
Merci.

Écrit par : lemarié claude | 13/07/2017

Merci de ce texte fort intéressant.

On attend la suite avec autant de curiosité que d’impatience!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 14/07/2017

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