17/07/2017

“Le temps fuit ; la conscience crie ; la mort menace ; le ciel sollicite ; l'enfer gronde ; et l'homme dort.”

Cette citation de Louis Joseph Mabire extraite de son Dictionnaire des maximes publié en 1830 inspire mon blog de ce jour que je consacre à un pays qui m'est cher, la Pologne. Je vous invite avec moi à rembobiner le temps. Depuis 1945, oubliée de Yalta, la Pologne était une démocratie populaire. Oh, certains n'y ont pas trouvé que des désagréments et le système a eu à mettre à son actif quelques réalisations tangibles en matière de système de santé, d'accès aux études, de retraites minimum, de création de sanatoriums et de colonies de vacances accessibles aux travailleuses et travailleurs. Pourtant, le communisme était resté, en Pologne comme ailleurs, une utopie, en bref, un projet de société qui ne s'est jamais réalisé et qui a engendré les plus profondes perversions. Staliniennes d'abord, post-staliniennes ensuite : suppression de la liberté d'expression, émergence d'une nomenclature au dessus des lois, répression et procès spectacles, réécriture de l'histoire nationale, persécution des Polonais et Polonaises survivants et survivantes des insurrections de 1943 et 1944, celle du Ghetto et celle de l'Armée Secrète du 1er août 1944. Persécution encore dès 1968 notamment, de la petite communauté juive ayant survécu à la Shoah. Les Polonais, et singulièrement les ouvriers - un comble dans un régime qui ne cessait de glorifier le Prolétariat - se révoltèrent à Poznan en 1956. C'est ce que l'on a appelé "l'octobre polonais". 1978 seconde explosion sociale avec les grèves de l'usine de tracteurs d'Ursus puis les grèves du secteur minier. Enfin, l'apothéose de la révolte en 1980, avec les grèves des chantiers navals de Gdansk et l'émergence du syndicat Solidarnosc. Avec la signature des accords de Gdansk, le monde ébahi découvrait la personnalité d'un ouvrier électricien, un certain Lech Walesa. C'était le temps de Jacek Kuron et de Bronislaw Geremek deux des plus grandes figures de Solidarnosc et du KOR, qui reposent aujourd'hui côte à côte au cimetière national de Powonski à Varsovie.

C'était le temps de Wajda, de " l'Homme de Fer" et de "l'Homme de Marbre", le temps de Kieslowski et du "Hasard", superbe variation cinématographique sur les thèmes du destin et de la liberté. C'était le temps d'Adam Michnik, de Bogdan Lis et de tant d'autres, témoins connus et anonymes de cette révolution qui ne portait pas son nom, portée par des milliers d'ouvriers, d'artisans, d'intellectuels, d'étudiants mais aussi de retraités, toutes couches sociales mélangées, emportés par la vague de Solidarnosc. Et puis arriva l'état de siège et le régime d'exception du Général Jaruzelski. Coup de tonnerre dans le ciel de ce mois de décembre 1981. C'était désormais le temps des internements abusifs, de la censure, des prisons, de la délation, des persécutions et des Polonais trouvant refuge à l'étranger. C'était le temps de souffrances, des mises en résidence surveillée et des privations qui ont peut-être permis d'en éviter de bien pires, celles qu'auraient apportés dans le fracas de leurs chenilles, les blindés soviétiques. L'histoire, je l'espère, nous en apprendra peut-être un peu plus sur ce sujet et nous apportera quelques réponses.C'était aussi le temps des deux secousses sismiques engendrées par l'arrivée du cardinal Karol Wojtyla sur le trône de Saint-Pierre et le Prix Nobel de la Paix décerné à un Lech Walesa en résidence surveillée. C'était aussi le temps des cabarets clandestins, des blagues et des plaisanteries, en d'autres termes, le temps aigre-doux du rire des Polonais confrontés au malheur qu'ils tournaient en dérision à l'image de ces deux exemples de plaisanteries qui se colportaient sous le manteau aux quatre coins de la Pologne :

"Quelle est la définition du socialisme ?: c'est un système qui donne mal à la tête à ceux qui le subissent mais qui leur distribue l'aspirine gratuitement"… ou encore : "Quelle est la plus grande insurrection qui a eu les conséquences les plus dramatiques pour la Pologne ? réponse : celle d'octobre 1917".

Puis ce fut la liberté pleine et entière retrouvée dès 1985 et le décollage impressionnant du pays sur tous les plans La Pologne devenait peu après membre de l'Union européenne puis de l'OTAN. Elle s'était démocratisée, certes, parfois avec tumulte et d'une façon qui peut nous paraître désordonnée. En bref, elle avait retrouvé un dynamisme impressionnant sur bien des plans. Elle avait su affronter les défis de notre temps. Oui, c'était le temps des espérances, le temps de l'espoir et de la confiance retrouvée, et puis....je reviens à Joseph Mabire et ne peux m'empêcher de me dire : "Le temps fuit, la conscience crie".

Quo Vadis ? 

Claude Bonard

 

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12:33 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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