26/07/2017

Bientôt le 1er août - savez-vous quelle est l'origine du drapeau suisse, ou plus exactement du drapeau fédéral ?

Drapeau suisse.jpg

A propos du 1er août : l'histoire du drapeau fédéral est intéressante à plus d'un titre et les historiens ne sont pas tous d'accord entre eux s'agissant de la date de la création de notre drapeau tel qu'il est aujourd'hui. Toutefois la plupart en attribuent la paternité au général Guillaume-Henri Dufour qui s'exprime ainsi dans ses mémoires : " Je me suis engagé à fond en faveur de l'adoption du drapeau fédéral pour toute l'armée et je ne l'ai obtenue qu'après dix ans d'efforts." A de nombreuses reprises, dès 1831 Dufour défendit l'idée d'un emblème unique pour les troupes d'une armée qui n'était pas encore fédérale. Il faudra du temps. C'est en vertu de la Constitution de 1848 et surtout de la "Loi fédérale sur l'habillement, l'armement et l'équipement de l'armée" du 27 août 1851 en son article 62 que l'idée du drapeau devient réalité.

D'autres sources qui décrivent l'histoire du drapeau à croix fédérale ne mentionnent pas du tout Dufour. On lit par exemple que la création du drapeau suisse est l'oeuvre en 1800 du futur général Franz von Bachmann né à Näfels en 1740. L'ancien archiviste de la Confédération Léon Kern dans son ouvrage publié en 1948 ne mentionne pas Dufour, pas plus que l'historien Robert Mader en 1942, ni d'ailleurs le capitaine de Vallière dans son ouvrage "Honneur et fidélité". L'article le plus récent consacré à l'histoire de la croix fédérale et du drapeau suisse est celui publié dans le Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS), qui rappelle l'engagement de Dufour en faveur de la création du drapeau tel que nous le connaissons aujourd'hui. Un hommage bien mérité.

Le DHS  rappelle aussi  que  la croix blanche  qui est à l'origine de notre "croix fédérale" remonte à la bataille de Laupen opposant Berne à une coalition de seigneurs en 1339. Pour se distinguer de leurs adversaires, et c'était une coutume fréquente à l'époque, les combattants bernois avaient cousu  une croix blanche sur leur pourpoint. 

Voir : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F10104.php
Lire aussi  : Mühlemann Louis : Armoiries et drapeaux de la Suisse - recueil officiel des armoiries et drapeaux pour les 700 ans de la Confédération, Editions Bühler AG, CH--Lengnau, 1991

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24/07/2017

Pologne : le droit de veto n'est plus le liberum veto et pourtant l'application du droit de veto est plus actuelle que jamais

Pologne : le droit de veto n'est plus le liberum veto mais l'application du droit de veto est plus actuelle que jamais.
Petit rappel historique :
 
Aux XVII et XVIII siècles,  la Diète polonaise appliquait  le principe étonnant dit du "liberum veto", (du latin, littéralement « j'interdis librement ») La première utilisation du "liberum veto" date de 1652 par Władysław Siciński, député de Trakai. Toutefois, sa première utilisation comme réel veto date de 1669 à Cracovie par Adam Olizar, député de Kiev. Un seul parlementaire pouvait, en faisant usage de cet outil, bloquer tout projet en cours d’examen et n’importe quel vote. C’est de cette manière que progressivement, la Pologne institutionnelle se paralysa avant de disparaître purement et simplement du paysage politique européen pendant 123 ans.
 
Notre compatriote Jean-Jacques Rousseau, dans son ouvrage intitulé Les "Considérations sur le gouvernement de Pologne" estimait curieusement, que le "liberum veto " était un « beau droit » Il en percevait toutefois les effets pernicieux et préconisa de le limiter aux point fondamentaux de la Constitution. Pour un député, il suffisait alors de crier en séance : "liberum veto" pour interrompre la séance et rendre invalides toutes les décisions préalablement adoptées. Vous vous imaginez ça au Grand Conseil genevois ou sous la coupole fédérale à Berne  ???
 
Le résultat de cette pratique conduisit à l'anarchie et à l'effondrement de l'État polonais. Sautons quelques siècles. Dans le système politique polonais actuel, le président de la République dispose d'un droit de veto sur les textes adoptés par les chambres. C'est ce qui vient de se passer ce matin à propos de deux  lois votées tant par le parlement que par le sénat consacrées à la réforme de la justice. Un coup de tonnerre au coeur de l'été et une décision politique sans précédent dont on n'a pas fini de parler.
 
Claude BonardLiberun Veto.jpeg

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21/07/2017

Némésis et la fuite en avant

Dans la mythologie grecque, la déesse Némésis était la déesse de la Vengeance. Elle était redoutée car elle débusquait ce qu'elle considérait comme des excès et renvoyait alors les contrevenants à la justice des dieux. Dans son magistral ouvrage intitulé « Hitler 1936-1945 Némésis », l'historien Ian Kershaw démontre comment, au fil du temps depuis sa prise du pouvoir, le dictateur nazi , conduisit progressivement l'Allemagne à sa chute . « Quand l’ère des défaites commence, à partir de l’hiver 1942, Hitler choisit la fuite en avant. » La fuite en avant,  voilà bien le problème. Nous avons tous en tête un exemple de ce type de réaction psychologique qui nous conduit à nous débarrasser d'un problème en agissant abruptement, sans avoir mesuré toute la conséquence de nos actes. Pour ne pas être perturbés par l'angoisse ou le doute, on fonce et l'on va tôt ou tard droit dans le mur. On pense avoir chassé le problème qui nous irritait. Erreur, il est toujours là, mais hors de notre champ de vision. Et les suites de cette fuite en avant se révèlent presque toujours catastrophiques. L'Histoire, nous venons de le voir avec le cas cité par Ian Kershaw nous en donne de multiples exemples. J'en cite ici au hasard quelques-uns : la  fuite manquée du roi Louis XVI et de la famille royale dans la nuit du 20 au 21 juin 1791. Ayant pu quitter secrètement Paris, la fuite du souverain aux abois se terminera pourtant  lamentablement à Varennes. On connaît la suite. Napoléon 1er, pourtant fin stratège et maître de ses nerfs sera lui aussi rattrapé par le syndrome de la fuite en avant. Lorsqu'il mettra en œuvre son blocus continental, il savait que cette vaste opération ne pouvait réussir que si l'ensemble du continent le respectait. L'Empereur tenta d'arriver à ses fins tout d'abord par la voie diplomatique. Ce fut un échec partiel. Ne restait donc pour lui que la voie des entreprises militaires pour mettre au pas les récalcitrants. Cette fuite en avant aura des conséquences funestes, la Grande Armée sera engloutie dans les neiges de Russie en 1812, sonnant le glas d'un Empire qui s'écroulera trois ans plus tard. Plus près de nous, on se rappellera la fuite en avant de certains Etats coloniaux, désireux de préserver à tout prix leur emprise sur les populations, les territoires et les richesse de leurs empires. Peine perdue puisque, souvent après des rébellions réprimées dans le sang, l'indépendance sera au bout du chemin pour les colonisés. Tout récemment, nous avons eu un éclatant exemple de fuite en avant alors que la campagne présidentielle battait son plein en France . Souvenez-vous de ce candidat égratigné par le Canard Enchaîné qui évoqua une «enquête à charge» et n’a pas hésité à dénoncer un complot, s’estimant victime d’un «assassinat politique».  Son jusqu'au-boutisme lui sera fatal.La fuite en avant est aussi de mise lorsque des régimes autoritaires ou des mouvement religieux fanatisés tentent de briser la volonté d'indépendance des populations au moyen de bastonnades et d'arrestations musclées. 

nemesis_tattarescu.jpgS'agissant pays qui se caractérisent par un régime politique à caractère populiste, Némésis a aussi de beaux jours devant elle. Pour ne pas être accusé d'utiliser ce terme mal à propos, je vous livre  ici la définition qu'en donne le dictionnaire Larousse, " le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites  et prônant le recours au  peuple, d'où son nom. Un peuple  s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique. Il suppose l'existence d'une démocratie représentative  qu’il critique. C'est pourquoi il est apparu avec les démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine". Tout est dit. Si nous sommes loin aujourd'hui de la République romaine, Némésis a pourtant des disciples au cœur de l'Europe et dans sa proximité immédiate qui érigent la fuite en avant en principe de gouvernement.

Pour conclure sur une note positive, si Némésis était la déesse de la Vengeance et donc de la fuite en avant, elle était aussi celle de la Justice et de la Pudeur. Elle personnifiait aussi la loi morale, une loi qui réprouve tout excès (hybris). Sachant cela, je me plais à rêver. Depuis le Mont Olympe où elle résidait, Némésis connaissait-elle les deux personnages légendaires que furent le pêcheur Wars qui vivait paisiblement sur les bords de la Vistule et la sirène Sawa dont il tomba amoureux ? Pour ma part, j'aimerais bien.

Claude Bonard

 





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