08/08/2017

Question lancinante : Ulrich Ochsenbein, Conseiller fédéral en Suisse, Général en France et binational aurait -il été un mauvais Suisse ?

Un parti politique que chacun aura reconnu ne veut pas de candidats binationaux ni de candidates binationales d'ailleurs, s'agissant de la succession de M. Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Quelle histoire ! Heureusement que ce parti n'existait pas dans sa forme actuelle au 19e siècle car en ce temps là, il aurait été frappé d'apoplexie à propos du parcours du dénommé Ulrich Ochsenbein, l'un des initiateur de la Constitution fédérale de 1848  qui devint ensuite Conseiller fédéral radical, et, n'ayant pas été réélu, devint Général dans l'armée française !  En un mot comme en cent, Ulrich Ochsenbein, puisque c'est de lui qu'il s'agit aurait été  frappé d'opprobre.

Qui était ce personnage singulier ? Ulrich Ochsenbein  était un homme politique bernois, propriétaire terrien  dans le Seeland et conservateur, il s'opposa à celui  qui fut d'abord son ami avant de devenir  son principal adversaire, Jakob Stämpfli. En 1882,défenseur de valeurs conservatrices et paysannes, Ochsenbein  milita au sein du  Parti populaire bernois.  C'est amusant lorsque l'on sait que ce parti défendait des idées proches de  celles du  Parti des paysans, artisans et Bourgeois (PAB) quelques décennies plus tard. Ce même  PAB qui deviendra  l'Union démocratique du centre (UDC) d'aujourd'hui...

Elu au Conseil fédéral le 16 novembre 1848, il  prit  la tête du Département militaire fédéral. Il ne fut pas  réélu en 1854 ayant trouvé  une nouvelle fois Jakob Stämpfli sur sa route. Outre ses activités politiques, Oschenbein oeuvra au profit de  sa région, le Seeland, notamment   dans le contexte  de la correction des eaux du Jura. Il réorienta  pourtant sa carrière et mit son épée au service de la France. Pourquoi me direz-vous ? 

Tout simplement parce que le prince Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l'Empereur Napoléon III avait grandi en Thurgovie et  avait accompli sa formation militaire à Thoune sous la direction de Guillaume-Henri Dufour. Il avait même servi comme capitaine dans l'artillerie bernoise et il appréciait  la formation militaire des Suisses.  Tiens, soit dit en passant, ce Guillaume-Henri Dufour, alors instructeur à l'Ecole militaire de Thoune , voilà encore un personnage à la suissitude suspecte!  Rendez-vous compte, il était né à l'étranger, à Constance, il s'était  formé  à Paris à l'Ecole polytechnique et  avait  participé à l'occupation de Corfou sous l'uniforme de l'armée de l'Empereur Napoléon 1er, croisant le fer contre les Anglais !  Comment a-t-il pu ensuite devenir ingénieur cantonal à Genève, général dans l'armée fédérale et l'un des pères fondateurs de la Croix-Rouge ! ce n'est pas très net tout ça pour un ancien officier français et un émigré ! 

Mais revenons à nos moutons.. non, pas ceux d'une certaine affiche mais au parcours de notre ancien  Conseiller fédéral bernois. Napoléon III souhaitait  créer une "Légion suisse". Ochsenbein usa de son influence pour faire renoncer l'Empereur à cette appellation qui aurait pu faire quelques vagues en Suisse, même si au même moment, les Anglais créaient une "British Swiss Legion" destinée au front de Crimée. Il  prit ainsi le commandement de ce que l'on appela la "2e Brigade étrangère" . Son parcours sera impressionnant puisqu'il deviendra général de brigade en 1855 pendant la guerre de Crimée, puis général de division en 1871 pendant la guerre franco-allemande.  En outre, "damned !" il était devenu binational, ayant  reçu la citoyenneté française sur ordre de l'Empereur   le À la suite de l’armistice du 28 janvier 1871, le général Ulrich Ochsenbein, titulaire de la croix de chevalier de la Légion d'honneur fut libéré de ses obligations militaires et rentra en Suisse où il tenta de revenir en politique, sans trop de succès et il est vrai . 

Alors : Ulrich Ochsenbein et, par la même occasion, Guillaume-Henri Dufour Dufour, binationaux à l'époque , auraient-ils été de mauvais Suisses dans une vision révisionniste de l'Histoire Ochsenbein civil.jpg ?  Je vous laisse imaginer quelle pourrait être la réponse si l'on s'en tient aux critères de la géométrie politique chère au regretté Pierre Dac qui la définissait ainsi : "le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes"... sauf qu'aujourd'hui il n'y a qu'un seul côté extrême... défavorable aux personnalités qui ont deux passeports.

 Claude Bonard

Sources : 

Lire dans le Dictionnaire Historique de la Suisse l'article qui lui est consacré : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F4633.php

Lire aussi : https://www.infolio.ch/livre/ulrich-ochsenbein-1811-1890.htm

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F3862.php

Site internet : http://farac.org/index.php/infos-farac/traditions-et-documents/item/johann-ulrich-ochsenbein-2

 

 

 

12:01 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il y a des règles et toutes ont des exceptions. Vous nous parlez des exceptions et maintenant parlons de la règle : pourquoi des citoyens auraient-ils deux fois plus de droits que moi ? Parce qu'ils sont riches ? J'ai croisé en Mauritanie une jeune Marocaine de trente ans, qui dirigeait une entreprise de forage. Elle était aussi suisse, française et canadienne. Que c'est beau, le fric...

Écrit par : Géo | 08/08/2017

"Merci à la personne ayant le pseudo "Géo" d'avoir pris la peine de me lire. Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console. " a écrit Talleyrand. Mon blog ne parle pas que "d'exceptions". Il évoque deux cas concrets et je pourrais aisément en citer d'autres. Le fond de mon propos concerne le regard que l'on porte aujourd'hui sur la manière dont certains jettent l'opprobre sur les binationaux. Il n'est pas question d'avoir deux fois plus de droits ou deux fois moins. D'être riche ou non. D'avoir du "fric ou de ne pas en avoir". Le coeur du débat est ailleurs. Il se situe par rapport à l'émergence d'une démarche qui consiste à instiller le doute et ce faisant, à frapper d'opprobre une personne de nationalité suisse - quelle qu'elle soit, qui aurait deux passeports. Aujourd'hui ce sont deux personnalités politiques qui sont visées. Et demain ? le riche ou le pauvre ? Monsieur et Madame tout le monde ? Prétendre urbi et orbi pouvoir décider qui d'entre-nous est, ou n'est pas un bon suisse n'est pas dans notre culture. Les plus anciens d'entre nous dont je fais partie se souviennent du questionnaire de Gulliver à l'Expo nationale de 1964 à Lausanne. Le questionnaire que nous étions invités à remplir devait permettre d'établir si nous étions un(e) bon(ne) suisse ou non. Big brother avait droit de cité sur chacun. Un épisode qui avait suscité des réaction inattendues et négatives dans la Suisse pourtant conservatrices d'alors. En conclusion, personne n'a le monopole de la Suissitude et si l'on poursuit ce raisonnement jusqu'au bout, les dérives ne sont pas loin. Je m'en tiendra là et m'abstiendra de commenter plus avant. Je vous souhaite une très bonne journée. Avec mes respectueux messages, Claude Bonard

Écrit par : Bonard | 08/08/2017

Et si on met tout ça dans le contexte, ça donne quoi?

Aujourd'hui, des partis de gauche comme de droite désirent vivement nous faire entrer dans l'UE, ce que refuseraient les Suisse, alors, n'est-ce-pas introduire un cheval de Troie que de placer un Maudet au CF ou dans un quelconque exécutif comme c'est d'ailleurs le cas actuellement?

Écrit par : G. Vuilliomenet | 08/08/2017

Réponse à M. G. Vuilliomenet : Merci tout d'abord d'avoir pris la peine de lire ce blog. S'agissant de ma réponse à votre propos, je dois vous dire que je ne suis pas un adepte d'une vision manichéenne de la vie politique suisse et donc par extensions des politiques conduites mises en oeuvre par la Suisse, dont fait partie la question de nos relations avec nos voisins. Une vision qui consisterait à diviser toute chose en deux parties, dont l'une est considérée tout entière avec faveur et l'autre rejetée sans nuance. Ce qui revient à classer les hommes et femmes politiques de ce pays et tous ceux qui oeuvrent au sein des collectivités publiques, entre les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Vous prenez l'image intéressante du "cheval de Troie". Je ne peux y adhérer car, pour reprendre votre image, qu'est-ce qu'un cheval de Troie ? en informatique c'est un programme d'apparence inoffensive, mais qui en contient un autre, malveillant celui-là. Le cheval de Troie est installé par l'utilisateur lui-même, qui ignore qu'il fait pénétrer un parasite sur son ordinateur. C'est pourquoi on a baptisé ce type de programme "cheval de Troie", qu'Ulysse dans la mythologie utilisa pour contourner les défenses adverses par la ruse. Vous comprendrez qu'il m'est difficile d'imaginer, voire de comparer nos hommes et femmes politiques qui ne sont pas du même avis que l'actuel parti majoritaire au parlement fédéral - et que je respecte de ce fait - à des politiciens malveillants visant à contourner les obstacles par la ruse. Accepter cette vision des choses reviendrait à retomber dans ce manichéisme qui me semble pernicieux, de mauvais aloi et destructeur s'agissant de notre cohésion mationale. Et même si l'on peut être aujourd'hui cas échéant en désaccord envers l'idée d'un rapprochement avec l'UE, la simple consultation d'une carte de géographie et la consultation des chiffres de notre balance commerciale avec les pays - européens donc- qui nous entourent démontre que l'on ne peut pas éluder le fait que la Suisse est au coeur même de l'Europe, qu'on le veuille ou non. Avec mes bonnes salutations."

Écrit par : Bonard | 08/08/2017

"Vous comprendrez qu'il m'est difficile d'imaginer, voire de comparer nos hommes et femmes politiques qui ne sont pas du même avis que l'actuel parti majoritaire au parlement fédéral - et que je respecte de ce fait - à des politiciens malveillants visant à contourner les obstacles par la ruse."

Ce ne serait pas la première fois que des personnes qui sont dans les sphères du pouvoir trahissent les leurs. Vous qui semblait historien devriez le savoir mieux que quiconque.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 08/08/2017

"Et même si l'on peut être aujourd'hui cas échéant en désaccord envers l'idée d'un rapprochement avec l'UE,.."

Parler de rapprochement ne signifie nullement se soumettre aux lois de l'UE, hors, il semble que c'est cette dernière voie que nos autorités à tous les niveaux des chambres fédérales ont décidé de suivre.

Quant à la critique de la binationalité de Monsieur Maudet, je doute que les 100% des membres des partis autres que l'UDC, n'y voient aucun inconvénient. Je peux penser à ceux qui sont membres de l'ASIN qui n'est pas uniquement une association udéciste.


Concernant les insultes proférés ici, je pense que sans le vouloir, vous avez les attirées en insistant sur le seul parti qui défend une Suisse neutre et indépendante. Je vous cite:

"Un parti politique que chacun aura reconnu ne veut pas de candidats binationaux "
"Mais revenons à nos moutons.. non, pas ceux d'une certaine affiche "
"auraient-ils été de mauvais Suisses dans une vision révisionniste de l'Histoire ?"
" "le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes"... sauf qu'aujourd'hui il n'y a qu'un seul côté extrême... défavorable aux personnalités qui ont deux passeports."

Je vous laisse juste méditer sur ce que des écrits apparemment anodins peuvent susciter comme haine, celle de ceux qui ont comme unique programme de campagne, le dénigrement et la destruction de l'UDC et toute cette fange qui se permet de traiter de fachos ceux qui veulent défendre une Suisse souveraine où il fait bon vivre.

PS: juste pour info, en 2009 je ne votais surtout pas UDC. Demandez-vous juste pourquoi j'ai changé d'avis!

Écrit par : G. Vuilliomenet | 10/08/2017

"En conclusion, personne n'a le monopole de la Suissitude" Mais la question n'est pas là du tout ! Vous faites la même confusion que Bugnion sur le même sujet.
C'est le fait de posséder DEUX ou plus nationalités que je trouve injuste et il n'y a pas de procès sur la suissitude ou non de telle ou telle personne...
Simplement, quelqu'un ne disposant que d'une patrie, ce qui devrait être la logique même, ne raisonnera et ne votera pas sur la même base que quelqu'un qui dispose d'un certain choix.
Quand la Suisse sera nettement surpeuplée, je ne pourrais pas aller m'installer dans une autre patrie en jouissant de ses droits civiques. Un binational le pourra...

Écrit par : Géo | 08/08/2017

Monsieur, c'est votre avis et je le respecte. Mais vous permettrez de persister et de signer. Lorsque vous écrivez : Simplement, quelqu'un ne disposant que d'une patrie, ce qui devrait être la logique même, ne raisonnera et ne votera pas sur la même base que quelqu'un qui dispose d'un certain choix." qu'est-ce que ça sous-entend ? Dans ma perception des choses c'est faire un procès d'intention à celles et ceux qui, étant double nationaux, auraient pas la même "valeur morale" qu'un(e) citoyen(enne) n'ayant qu'un seul passeport. Telle n'est pas ma vision des choses. Etablir ainsi une taxonomie des citoyens et citoyennes de notre pays me paraît pour le moins pernicieux. Je vous souhaite une belle journée et m'en tiendrai là.

Écrit par : Bonard | 08/08/2017

"Depuis le 1er janvier 1992, la double nationalité est autorisée en Suisse sans aucune restriction"

Je n'ai pas compris ce revirement? Pourquoi demander la nationalité suisse dans ce cas? Pour en tirer des avantages? Lesquels?

Est-ce un procès d'intention que de se poser ces questions?!

Écrit par : Patoucha | 08/08/2017

C'est ne pas le fait d'être binational qui me dérange le plus dans le cas de la candidature de Pierre Maudet au Conseil Fédéral. C'est sa proposition de rendre son passeport français le temps de siéger au CF et le reprendre à la fin de son mandat. Déjà le passeport est un document un "peu" différant d'une carte d'un club qu'on rend et qu'on reprend selon ses souhaits. En plus la nationalité n'est pas une marchandise qu'on rend et qu'on récupère parce que on a changé d'avis. Il me semble aussi qu'en France ce n'est pas le passeport qui certifie la nationalité, mais la carte nationale d'identité.
Je vous souhaite une bonne journée malgré la pluie.
amb

Écrit par : amb | 08/08/2017

Vous êtes historien. J'ai écrit dans le blog de Bugnion : "Je n'arrive pas à comprendre ce qui a motivé les législateurs de modifier la constitution sur ce sujet en 1992. Pensaient-ils que ceux qui étaient avant eux étaient moins intelligents ?" mais je tombe sur un passage du livre du colonel Jaquillard :
"Par contre, une catégorie de nos compatriotes dans laquelle on a recruté plusieurs espions particulièrement dangereux est celle des ressortissants suisses investis de la double nationalité. Ces personnages étaient alternativement Suisses ou Allemands suivant les besoins du moment" (page 80, "La chasse aux espions en Suisse" 1939-1945). Qu'en est-il de l'histoire chez nous de la binationalité ? Je suis sûr d'avoir lu quelque part cette date de 1992...

Écrit par : Géo | 08/08/2017

Cher Monsieur, je vous propose de lire les deux ouvrages remarquables de l'historien Christian Rossé. Ils vous apporteront une réponse précise, objective et circonstanciée s'agissant de la question que vous posez. Le premier s'intitule " Le service de renseignement suisse face à la menace allemande 1939-1945" publié chez Lavauzelle en 2006, le second "Guerre secrète en Suisse 1939-1945, publié chez Nouveau Monde Editions à Paris en 2005. L'auteur y évoque d'ailleurs la personne de mon père, le premier-lieutenant Robert Bonard, qui prit la tête du poste collecteur de renseignements de Genève de notre service de renseignements de 1940 à 1941. Merci de me prêter autant d'attention en me lisant. Bien à vous,. Avec mes respectueux messages,

Écrit par : Bonard | 08/08/2017

Ce parallèle historique avec notre époque me semble dépourvu d'arguments opportuns.

Si je n'en prenais pour preuve que l'absurde développement, destructeur dont pour membres de ma famille genevoise - quant à un prétendu génial développement de la ville, face à propriétaires privés genevois, obligés de se soumettre à déclassement, expropriations de propriétés & parcelles boisées etc pour faire place à élargissement de voies de bus, tram & autres constructions sociales attendues par multis

- quand jusque dans les années nonante, zéro droits n'existait pour les femmes ou pour les suisses en général en Europe, soumis aux quotas & permis de travail liés à permis de séjour ou vice & versa, pas question de reconnaître les formations & diplômes étrangers, pas d'Erasmus

- où le droit social suisse étant ce qu'il était, l'employeur versait les maigres allocations familiales prescrites, à l'époux, le cas échéant; où aucun mariage hors territoire suisse d'une suissesse n'était reconnu, sans déclaration préalable auprès d'une ambassade visant à la conservation de la nationalité suisse décidée par la suissesse. Où aucune obligation de formation n'était imposée aux employeurs, où aucune loi n'obligeait l'employeur à respecter des congés maternité, où la salariée enceinte n'avait aucun droit. etc etc.

Quand jusqu'aux débuts 2000, nous suisses avons travaillé si durement en l'absence de tous acquis social tels que revendiqués par les français travaillant en Suisse, quand jusqu'en ces années nous avons vécu au fil de telles économies de dépenses, faisant de ce pays celui qui vient aujourd'hui se glorifier d'accueillir tous migrants économiques,

votre comparatif historique me paraît obsolète.

Écrit par : divergente | 08/08/2017

Réponse à la personne ayant le pseudo "divergente"
Madame, votre message a retenu toute mon attention. Vous y évoquez notamment des problèmes liés aux permis de travail, au droit de propriété, à l'aménagement du territoire et au droit du travail. Des thèmes qui dépassent largement le cadre de mon blog. Pour recentrer le débat, le fond de mon propos concerne uniquement le regard que l'on porte aujourd'hui sur la manière dont certains jettent l'opprobre sur les binationaux. Il n'est pas question d'avoir deux fois plus de droits ou deux fois moins. D'être riche ou non. D'avoir du "fric ou de ne pas en avoir". Le coeur du débat est ailleurs. Il se situe par rapport à l'émergence d'une démarche qui consiste à instiller le doute et ce faisant, à frapper d'opprobre une personne de nationalité suisse - quelle qu'elle soit, qui aurait deux passeports. Aujourd'hui ce sont deux personnalités politiques qui sont visées. Et demain ? le riche ou le pauvre ? Monsieur et Madame tout le monde ? Prétendre urbi et orbi pouvoir décider qui d'entre-nous est, ou n'est pas un bon suisse n'est pas dans notre culture. Avec mes bonnes salutations.

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

Vous l'aurez compris je l'espère bien que je me sois mal exprimée - je souhaitais aborder l'approche historique que vous faites par votre comparatif, par la lorgnette du statut actuel et de la condition des citoyens suisses confrontés par notre législation ambidextre, à cette Europe.

Écrit par : divergente | 08/08/2017

Réponse à la personne ayant le pseudo "divergente" : Madame, j'ai bien lu votre commentaire qui a retenu toute mon attention. S'agissant de notre relation à l'Europe, elle peut se décliner de plusieurs manières. D'abord de quelle Europe parle-t-on ? L'Europe ne se limite pas à l'Union Européenne. La Suisse entretient des liens multiples avec les pays qui constituent l'Europe. Elle est aussi membre du Conseil de l'Europe depuis le 6 mai 1963 et un grand Genevois, Olivier Reverdin, a présidé en son temps ce Conseil. Je vous l'accorde, l'opinion publique suisse est plutôt critique en ce moment face à ce qu'est l'UE dans sa structure actuelle qui, si elle n'évolue pas, risque de secouer fortement l'édifice de Bruxelles. Mais la Suisse, qu'on le veuille ou non, est au coeur de l'Europe géographique. Nous sommes un petit pays, sachant innover au niveau technologique et économique. Toutefois, n'oublions pas que nos entreprises sont fortement dépendantes des marchés des pays qui nous entourent. Je m'en tiendrai là en vous souhaitant une excellente journée.

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

Divergente aurait pu aussi souligner le côté grand guignol qu'est devenu la notion de "nationalité", quand on voit qu'il suffit de dénicher in the heart of darkness de l'Afrique ou des Balkans des jeunes gens doués pour le football, leur filer en deux temps trois mouvements la nationalité et les faire jouer dans l'équipe nationale...
J'étais dans les profondeurs du Fouta Diallon lors de la Coupe du monde de 1998. La conclusion de tous les Africains que j'ai croisés à ce moment était la même que celle de Jean-Marie le Pen : c'était eux qui avaient gagné la Coupe, pas la France. Ceci méritait d'être dit...
Est-ce qu'il est admissible aujourd'hui de faire des compétitions mettant en jeu des équipes nationales ou des athlètes représentant un pays à l'heure où tout le monde peut avoir la nationalité de tout le monde ?

Écrit par : Géo | 09/08/2017

Géo le facho qui pose des questions fondamentales....

Woaw !

On en serait à nouveau là alors, a un nationalisme obtu et belliqueux qui semblait pourtant appartenir à un passé bien douloureux....

Aux secours !

Écrit par : Vincent | 09/08/2017

Réponse à M. Vincent,
Monsieur, merci d'avoir pris la peine de lire bon blog et de publier un commentaire écrit en réaction à la personne qui signe avec le pseudonyme de "Géo". Je voudrais toutefois attirer votre attention sur le fait que les règles de publication des blogs exigent que l'on reste courtois dans les interventions et j'y tiens tout particulièrement. Ce qui ne me paraît pas être le cas lorsque vous écrivez "Géo le facho". Je ne connais pas la personne qui utilise le pseudo "Géo". On peut partager son avis, ou au contraire y être opposé voire totalement opposé . Mais sur mon blog, j'aimerais que la courtoisie règne et qu'on évite les invectives et les anathèmes, faute de quoi je me verrais hélas au regret de ne pas publier les commentaires qui pourraient être désobligeants. Pour moi, qui suis de la vieille école, ce n'est pas de la censure, mais le simple respect de la politesse. Avec mes cordiaux messages. Claude bonard

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

"Géo le facho qui pose des questions fondamentales...."

Traiter un internaute de facho relève du pénal!

Écrit par : Patoucha | 09/08/2017

Merci d'avoir posté ces commentaires.

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

Réponse à la personne dont le pseudonyme est "Patoucha".
Madame, tout d'abord, j'aimerais rappeler cette phrase de Talleyrand : Tout ce qui est excessif est insignifiant. Donc, mon blog n'est pas fait pour que l'on se jette des insultes de part et d'autre à la figure, ce qui serait un triste reflet de notre société. J'ai réagi cet après-midi à la publication de la personne au pseudonyme "Vincent" que vous incriminez. J'ai attiré son attention sur le fait que les règles de publication des blogs exigent que l'on reste courtois dans les interventions Ce qui n'a pas été le cas lorsque cette personne écrit "Géo le facho". Je ne connais pas la personne qui utilise le pseudo "Géo". On peut partager son avis, ou au contraire y être opposé voire totalement opposé . Mais sur mon blog, j'aimerais que la courtoisie règne et qu'on évite les invectives et les insultes, faute de quoi je me verrais hélas au regret de ne pas publier les commentaires qui pourraient être désobligeants et/ou attentatoires à l'honneur d'une personne. Comme vous pouvez le lire en consultant les commentaires de mon blog, la personne au pseudo "Vincent" a accepté ma remarque. Je considère donc pour ma part avoir fait ce que je devais faire et je ne vais pas me laisser entraîner dans une polémique qui n'a pas lieu d'être entre gens bien élevés. Avec mes cordiaux messages.

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

Merci d'avoir posté ces commentaires.

Écrit par : Bonard | 09/08/2017

Lu et entendu M.Bonard. Merci d'avoir tout de même choisi de publier ma réaction.

Écrit par : Vincent | 09/08/2017

Il serait agréable de pouvoir savoir à qui l'on s'adresse lorsqu'il s'agit d'une personne camouflée ou masquée par un pseudonyme et, par expérie3nce, en l'occurrence, si je tenais un blog je ne publierais jamais une personne en insultant d'autres ne signant pas de ses prénom et nom de famille.
Jamais.
J'ai proposé à certaine personne qui se cache derrière un pseudonyme de faire l'expérience de ses réponses à trois questions chaque fois par le pseudo puis par ses prénom et nom de famille afin d'observer la différence de ses lignes.

N'est-il pas consternant de permettre à de ... courageux anonymes de faire à leur gré et fantaisie de certains blogs de véritables dépotoirs?

Un manque d'expérience appelant de la part des personnes agressées réponses détaillées sans réaction des teneurs de blogs dont on se demande s'ils prennent la peine de lire les commentaires à eux adressés.

Ces lignes parce que j'ai noté et particulièrement apprécié vos nuances concernant les personnes qui s'expriment sous pseudonyme.

Bonne soirée, Monsieur Bonard.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/08/2017

Bonjour Madame Belakovsky, Je vous remercie d'avoir pris la peine de lire mon blog et de réagir par votre commentaire. Lorsqu'on surfe sur les réseaux sociaux, ou lorsque l'on prend connaissance des commentaires publiés sur internet suite à la publication de certains articles de journaux, il est rare que les internautes s'expriment en signant de leur nom. Un signe des temps sans doute. Et des pratiques qui changent. Peut-être une question de génération aussi. Pour ma part, j'estime que si j'ai quelque chose à dire, je le fais à visage découvert. Je vous souhaite une belle journée.

Écrit par : Bonard | 10/08/2017

Monsieur Claude Bonard,

Permettez-moi de vous faire part de trois remarques.

Concernant Ulrich Ochsenbein conseiller fédéral: il ne vous aura pas échappé comme vous l'écrivez qu'il a été conseiller fédéral de 1848 à 1854 et n'a obtenu la nationalité française qu'en 1860 et donc qu'il n'avait pas une seconde nationalité durant son mandat de conseiller fédéral.

Concernant Ulrich Ochsenbein général au service de la France: vous souvient-il du sort des Suisses qui ont participé à la guerre d'Espagne au côté des républicains une fois de retour en Suisse? Vous parlez d'une fantasmagorique "oppobre" pour Ochsenbein. Mais comment alors comment allez-vous qualifier ce qui est arrivé aux combattants suisses de la guerre d'Espagne immédiatement après leur retour?

Pour rappel:
https://www.swissinfo.ch/fre/les-volontaires-de-la-guerre-d-espagne-r%C3%A9habilit%C3%A9s/7271196

Concernant les doubles nationalités: je présume que "La Déclaration universelle des droits de l'homme" ne vous est pas inconnue:
http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/index.html

Je cite (c'est moi qui souligne avec des caractères majuscules):

"Préambule
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs DROITS EGAUX et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la JUSTICE et de la PAIX dans le monde.
[...]
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans L'EGALITE DES DROITS des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande."

Puis:

"Article premier
Tous les êtres humains naissent libres et EGAUX en dignité et EN DROITS. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."

"Article 7
Tous sont EGAUX devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection EGALE contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination."

"Article 15
1. Tout individu a droit à UNE nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de SA nationalité, ni du droit de changer de nationalité [SINGULIER]."

Vous remarquerez:
- il n'existe dans cette déclaration aucun droit à une double nationalité;
- changer de nationalité ne signifie pas acquérir une seconde nationalité, mais en abandonné une pour une autre; dans le cas contraire la déclaration porterait "privé des SES nationalités";
- le fait de posséder deux nationalités est un non respect de l'égalité des DROITS telle qu'exigée par la déclaration;
- certains pays interdisent la double nationalité et ils ne sont pas en infraction par rapport à cette déclaration.

Il suffit de prendre connaissance, à titre d'exemple, de la condamnation de Laurent Ségalat pour comprendre en quoi cet individu a plus de droits qu'un citoyen qui ne possède pas une seconde nationalité. Vous n'êtes pas sans savoir que posséder deux passeports offre plus de droits qu'aux détenteurs d'un seul passeport, mais pas davantage de devoirs.

Je présume que vous êtes en faveur de l'égalité des droits de TOUS les êtres humains et en faveur de la JUSTICE. Je vous laisse en tirer la conclusion.

Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une belle journée.

Écrit par : Daniel | 10/08/2017

Réponse à la personne dont le pseudonyme est Daniel : Monsieur, merci d'avoir pris la peine de poster un commentaire sur mon blog après m'avoir lu. Vous développez des éléments intéressants et je vous en remercient. S'agissant des Suisses qui se sont battus au cours de la Guerre civile espagnole, fort heureusement que les mentalités ont changé depuis et heureusement qu'ils ont été réhabilités aujourd'hui. Sur ce point, je suis d'accord avec vous. Ceci étant reconnu, les points que vous développez dépassent toutefois largement mon propos. Pour recentrer le débat, mon texte concerne uniquement le regard porté sur sur la manière dont un certain parti politique jette un regard suspicieux sur les binationaux. Prétendre pouvoir décider qui d'entre-nous est, ou n'est pas un bon suisse n'est pas dans notre culture. Avec mes bonnes salutations. Je vous souhaite une excellente journée.

Écrit par : Bonard | 10/08/2017

Monsieur Bonard, merci.

En effet, "prétendre pouvoir décider qui d'entre nous est ou n'est pas un bon suisse n'est pas dans notre culture: "Ne jugez pas!" /les évangiles.

A ce sujet concernant les suisses responsables donc "bons suisses" (et suissesses): qui vote qui ne vote pas?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/08/2017

À propos de "Ne jugez pas!" (Luc 6:37), voici l'histoire telle qu'elle ressort des Évangiles:

Un jour Jésus, s’adressant à des pharisiens (Jean 8:13) qui lui cherchaient des poux (Jean 8:40), leur affirma: “moi, je ne juge personne” (Jean 8:15*). L’instant d’après, il était déjà moins catégorique: “Et si j’en venais à juger quelqu’un (...)” (Jean 8:16). Un peu plus tard, il fit savoir à ses adversaires: “J’ai sur vous beaucoup de choses à dire et de jugements à porter” (Jean 8:26). La suite? Une série interminable de jugements et de condamnations prononcées par Jésus contre les pharisiens et contre les scribes (lire •Matthieu 12:34 et 23:1- 39, •Marc 12:38-40 et •Luc 11:39-52 et 20:45-47). Avec, à la clé, cette affirmation magistrale: “Je juge d'après ce que j'entends et mon jugement est juste” (Jean 5:30).

Finalement, Dieu trouva que son rejeton jugeait et condamnait si bien qu’il décida de lui confier rien moins que... le Jugement dernier. • “Le Père (...) a remis au Fils le Jugement tout entier” (Jean 5:22); • “Il [le Père] lui a donné [au Fils] le pouvoir d’exercer le Jugement” (Jean 5:27).

Ce qui fit dire à Jésus: • “Personne ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire; et moi, je le ressusciterai au dernier jour” (Jean 6:44); •“Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour” (Jean 6:54).

Et l’apôtre Paul d’annoncer fièrement: “Dieu jugera par Jésus-Christ” (Romains 2:16), avant de préciser par ailleurs: “Car il nous faut tous comparaître devant le Tribunal de Christ” (II Corinthiens 5:10).

Sur la question de savoir si Jésus était binational, voilà ce qu'on peut dire. Comme il était à la fois citoyen du Monde et du Ciel, il possédait certainement deux passeports. On doit le considérer comme un immigré venu du Ciel qui est finalement retourné dans sa patrie d'origine. La question n'a toutefois pas grande importance au regard du sujet abordé par M. Claude Bonard puisque Jésus n'a jamais sollicité ni exercé de charge publique, même si Ponce Pilate voyait en lui le roi des juifs.

* Conforté par Jean 12:47 : “Je ne suis pas venu pour juger le monde” (là encore, c’est Jésus qui parle). Et comme si le quatrième évangéliste devinait la moue sceptique de certains lecteurs, il insiste: “Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde” (Jean 3:17).

Écrit par : Mario Jelmini | 10/08/2017

Merci M. Jelmini, d'avoir pris le temps de participer aux échanges induits par mon blog dont je ne pouvais pas imaginer qu'il suscite autant d'intérêt et d'interprétations aussi diverses que multiples. Bien à vous et excellente journée.

Écrit par : Bonard | 10/08/2017

Réponse au dernier commentaire de M. Vuilliomenet. Monsieur, je vous remercie d'intervenir encore une fois sur mon blog. S'agissant de votre choix de voter pour tel ou tel parti, je ne me permettrais pas de me demander pourquoi vous faites tel choix plutôt que tel autre. Le choix de se déterminer politiquement en son âme et conscience est un choix strictement personnel et je m'abstiendrai donc de tout commentaire personnel, par respect pour vous. S'agissant de la citation que j'ai faite du regretté Pierre Dac et qui vous a heurté, elle me paraît illustrer hélas tout à fait la tendance du parti que j'ai cité qui vise à frapper de sanction morale une personne, qui qu'elle soit d'ailleurs, qui aurait pour seul tort d'être binational. C'est mon point de vue et je le maintiens. Et ce serait faire injure à Pierre Dac de dire que ces propos, dont la citation que j'ai mise en évidence, sont des propos haineux. Je rappelle juste que André Isaac, dit Pierre Dac, fut non seulement humoriste et comédien mais surtout, pendant la Seconde Guerre mondiale, une figure de la Résistance contre l'occupation de la France par l'Allemagne nazie grâce à ses interventions sur Radio Londres. Après la guerre, il constitua un fameux duo humoristique avec Francis Blanche, et anima les populaires séries radiophoniques Signé Furax et Bons baisers de partout. Je ne vois donc nulle haine dans ses propos et si vous deviez avoir été offensé par ma citation, ce serait regrettable. Voilà pour l'essentiel. Pour me part, si ce blog était à réécrire je le récrirais de la même manière. Ces échanges, sur ce modeste blog durent maintenant depuis deux jours. Je m'en félicite et c'est un signe de santé pour notre débat démocratique. Mais tout ayant une fin, vous me permettrez de terminer par une autre citation, que l'on doit à un écrivain Genevois, Henri-Frédéric Amiel : " À préluder sans fin, l'œuvre ne vient jamais." Ne serait-ce que pour rédiger un autre blog, que vous me ferez je l'espère l'honneur de lire aussi, je mets fin à la discussion sur mon texte consacré à la figure étonnante d'Ulrich Ochsenbein. Je vous souhaite une belle journée.

Écrit par : Bonard | 10/08/2017

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