12/08/2017

Quelques destins polonais en Suisse, partie IV - Ignacy Moscicki - Versoisien d'adoption, citoyen fribourgeois et président de la République de Pologne

Le 1er décembre 1897 naît à proximité de Varsovie Ignacy Moscicki. Découvrons ensemble son étonnant parcours . Moscicki arrive à Fribourg en 1897 pour y poursuivre ses recherches sur l'azote auprès du professeur d'origine polonaise Jozef Wierusz-Kowalski qui occupe la chaire de physique de la Faculté des sciences de l'Université. Inventif, Moscicki fonde en 1903 la « Société de l'acide nitrique ». Il poursuit sur sa lancée et avec l'appui de fonds polonais, il crée la « Société générale des condensateurs électriques » sise à Pérolles. Désireux de s'établir en Suisse, il acquiert la nationalité suisse et devient citoyen de la commune de Chandon dans la Broye, non sans occuper parallèlement en 1913 la chaire d'électro-chimie de l'Université de Lwow.

En 1918, la Pologne  rayée de la carte politique du monde depuis 1795 retrouve son indépendance en vertu des dispositions du Traité de Versailles. Les premiers pas du nouvel Etat se caractérisent d'abord par la guerre polono-bolchévique de 1919-1920 gagnée par la Pologne mais qui affaiblit un pays économiquement et socialement fragile. L' instabilité politique va croissant. Jozef Pilsudski, maréchal de Pologne et père de l'indépendance retrouvée estime que  l'Etat est en danger. Il déclenche un coup d'Etat militaire du 12 au 14 mai 1926 visant à “assainir” les structures politiques du pays. Les autorités sont dissoutes. Pilsudski ne souhaite toutefois pas prendre la tête de l'Etat. Ignacy Moscicki se retrouve un peu malgré lui élu à la présidence de la République le 1er juin 1926 par l'Assemblée nationale. Pilsudski et Moscicki  sont de vieux compagnons de lutte depuis leur première rencontre à Londres en 1894. C'est à Carouge, fief de nombreux Polonais exilés, qu'ils élaborent tous deux avant le Première Guerre mondiale les plans d’action du parti socialiste polonais luttant pour l’indépendance de la Pologne.

Après un premier mandat, Moscicki sera réélu à la présidence de la République en 1933, au moment ou l'Europe centrale sent monter les périls totalitaires. A l'issue de l'agression simultanée du pays par les armées du Reich le 1er septembre 1939 et de l'URSS le 17 septembre, le Président Moscicki et son gouvernement gagnent la Roumanie où ils sont tout bonnement internés .A la suite de démarches délicates, le Conseil fédéral, malgré les protestations du Reich donnera une suite favorable en octobre 1939 à la requête d'Ignacy Moscicki qui aspire à pouvoir résider en Suisse. Après un bref séjour à Fribourg, le président déchu rejoint Genève avant de résider à Versoix où il mènera une vie paisible avec son épouse en tant que « simple citoyen suisse » jusqu’à son décès, le 2 octobre 1946.

Au cours du milieu des années 1980, les autorités polonaises approchèrent à plusieurs reprises les autorités suisse afin de rapatrier en Pologne les dépouilles mortelles du couple Moscicki. Guerre froide oblige, ces requêtes suscitèrent  de nombreuses oppositions. La situation changea au début de l'année 1993 lorsque les autorités démocratiquement élues en Pologne sollicitèrent à nouveau le retour en terre polonaise des restes des époux Moscicki. Le 10 septembre 1993, l'avion présidentiel polonais rapatriant à Varsovie les dépouilles mortelles du défunt président Ignacy Moscicki et de son épouse se posait sur le tarmac de l'aéroport militaire de Varsovie en provenance de Cointrin. L'exhumation solennelle avait eu lieu quelques heures auparavant au cimetière de Versoix en présence des représentants des autorités fédérales, du président du conseil d'Etat genevois, M. Bernard Ziegler, du maire de Versoix, M. Gérard Ramseyer.  L'accueil protocolaire fut grandiose. En présence du Président de la République de Pologne M. Lech Walesa, de l'ensemble des corps constitués et de la délégation genevoise, deux cérémonies eurent lieu en la cathédrale Saint-Jean de Varsovie, puis au Palais royal à l'issue desquelles les dépouilles d'Ignacy Moscicki et de son épouse rejoignirent la Crypte de la cathédrale Saint-Jean. Tel fut le destin tragique  d'Ignacy Moscicki. Afin de lui rendre hommage, la commune de Versoix, en collaboration avec la bibliothèque universitaire de Fribourg a consacré en février 1995 une superbe exposition retraçant le destin de ce versoisien d'adoption à la personnalité si attachante.

Claude Bonard

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Pour en savoir plus : Bonard, Claude. – Ignacy Moscicki, citoyen fribourgeois et président polonais / Claude Bonard. – In: Passé simple : mensuel romand d'histoire et d'archéologie. - Pully. - No 14(avril 2016), p. 29-30.

et :  Gérard Ramseyer, Si Versoix m'était conté, https://www.slatkine.com/fr/editions-slatkine/69242-book-05210673-9782832106730.html

Illustration : Wikipedia (D.R.)

 

 

 

 

 

 

14:47 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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