24/08/2017

Une "Genferei" politique entre radicaux et indépendants (libéraux) qui tourne mal le 22 août 1864, bilan 3 morts et 8 blessés

En 1864, politiquement parlant, les Genevois se distinguent déjà par une première « Genferei» à caractère politique qui aura hélas des suites tragiques. Le 12 juillet 1864, le conseiller d'Etat radical genevois Jean-Jacques Challet-Venel est élu au Conseil fédéral. A Genève, une élection complémentaire est organisée pour repourvoir le poste laissé vacant. Elle a lieu le dimanche 21 août et oppose James Fazy à l'indépendant Arthur Chenevière (“libéral”) qui, à la surprise générale, remporte le siège. C’est un « Grand Bureau » de 17 commissaires électoraux désignés par le Conseil d'Etat qui valide cette élection non sans problèmes. Une fois le résultat connu, les esprits s'échauffent. Le 22 août, les Radicaux n’acceptant pas la défaite et vont forcer les portes de l'arsenal du Grand-Pré. Ils marchent sur Chantepoulet et tiennent par les armes le secteur du pont de l’Ile, du pont de la Machine, des Bergues et surtout la tête du tout nouveau pont du Mont-Blanc construit  en moins d'un an et inauguré le 29 décembre 1862. Les Indépendants parcourent aussi  la cité en cortège et c'est au bas de Chantepoulet, devant l'imposant bâtiment de l'arsenal de Chantepoulet que les les deux groupes se font face. La où se situe aujourd'hui l'immeuble du Plaza. La tension monte. On se bouscule, on s'invective. Soudain, des coups de feu claquent, des corps s'affaissent. C'est la panique. Déstabilisés, les Indépendants  traversent le pont du Mont-Blanc et marchent sur la colline de Saint-Pierre. Ils se rendent à l’Hôtel de Ville, où, ironie de l'histoire doit se dérouler le même soir la signature solennelle de l’acte fondateur de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés dans la Salle qui deviendra plus tard celle de l’Alabama ! Les Indépendants dressent des échelles contre le mur de l’Arsenal (aujourd'hui bâtiment des Archives d’Etat) et se saisissent d’armes à feu et de munitions. Le Conseil d’Etat est fait prisonnier à l’hôtel de ville par l’orfèvre Antoine Vettiner. Il est assez rapidement libéré par des troupes en service, venues au pas de charge depuis le camp de Plan-les-Ouates.

Au final, l'émeute de Chantepoulet aura fait trois morts et huit blessés, sans compter la prise en otage du Conseil d’Etat à l’Hôtel de Ville ! Les autorités fédérales prennent une décision rapide et c’est un Valaisan, le colonel Barman, qui prend le commandement de la brigade d’intervention qui rétablit l’ordre à Genève. L’occupation militaire de Genève par des bataillons de Berne, d’Argovie et de Vaud durera jusqu’au 12 janvier 1865. Vraiment, on est fort à Genève et cette “Genferei” politique mériterait rétrospectivement un prix !chantepoulet.jpg

 Claude Bonard

 

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