28/08/2017

Genève, une histoire de ponts. A quand le prochain ?

Dès l'Antiquité, Genève connaît deux ponts, permettant de franchir l'Arve et le Rhône. L'antique Pont d'Arve était vraisemblablement situé en aval de l'actuel pout des Acacias. En 58 avant J.-C., le pont le plus important, sur le Rhône, est mentionné par César dans son ouvrage De bello gallico / la guerre des Gaules. Ce pont permettait de relier la Genava major ( la cité de la rive gauche) à la Genava minor ( qui devait devenir le bourg de Saint-Gervais). Le pont était divisé en deux tronçons distincts, l'un franchissant le brase gauche du fleuve au courant atténué, l'autre le bras droit au débit plus vif. Le quartier se développe ensuite puisque des moulins sont attestés dès le 12e siècle en aval du pont. Des habitations sont bâties sur pilotis en l'Île.

Au début du 15e siècle, le pont sur le Rhône est doublé. Il a été vraisemblablement construit en amont de la grande île. Perfectionné, le pont médiéval portera le nom de Pont bâti, appelé aussi Grand Pont. Il constitue le prolongement de l'artère marchande des Rues Basses en direction de la rue commerçante de Coutance. Ce pont est détruit par le grand incendie de 1670. Reconstruit, il devient le Pont Neuf puis le Pont des Trois Rois. Au cours des siècles, son appellation se modifiera encore puisqu'on lui donne successivement les noms de Pont des Anes et de Pont des Frises. Il est refait en 1740.

En 1816, le pont de Carouge est terminé. Sa construction fut dirigée par Dufour. Sa conception date de 1810 pendant l'occupation française de Genève. Dufour a le souci de différencier le trafic des voitures à chevaux de celui des piétons. Notre ingénieur cantonal et futur général est ainsi l'inventeur des trottoirs à Genève.

Dufour est également l'initiateur de la construction du pont suspendu en fil de fer de Saint-Antoine permettant de franchir le fossé des fortifications pour atteindre le nouveau quartier résidentiel des Tranchées. Le pont est inauguré le 1er août 1823. Large de 2 mètres et long de 82 mètres, il pèse 8'000 kg et peut supporter 160 personnes. Il sera suivi de deux autres constructions analogues qui disparaitront en 1855 et 1860 suite à la destruction des fortifications.

En 1825, un pont suspendu est projeté sur le Rhône à la Coulouvrenière pour remédier à l'isolement relatif des habitants de Saint-Jean. Il sera réalisé en 1837.

Le 9 mai 1834, le Pont des Bergues est inauguré, qui permet d'établir la communication entre le nouveau quartier des Bergues et l'extrémité occidentale du Grand Quai. Un nouveau pont remplace l'ouvrage initial en 1881.

De 1840 à 1843, le pont de la machine est construit. La nouvelle machine hydraulique doit permettre d'améliorer l'approvisionnement de la ville en eau potable. Le bâtiment est construit de manière isolée, à mi-distance des deux rives du Rhône pour prévenir tout risque d'incendie. Le bâtiment de la machine est relié à l'île par une passerelle.

En 1844, c'est au tour du pont de Sierne d'être construit, mi-maçonnerie, mi-charpente. Il assure une communication indispensable permettant de relier les communes riveraines de l'Arve rattachées au canton après la Restauration.

En 1854, le pont de Peney est construit. Il remplace l'ancien bac sur le Rhône.

Il en va de même en 1857 avec la construction du pont d'Avully qui remplace aussi un bac.

En 1857, à l'initiative de James Fazy, un pont de pierre succède à l'ancien pont suspendu de la Coulouvrenière datant de 1837. Il a pour objectif de relier le nouveau quartier de Plainpalais en pleine extension au quartier industriel de la Coulouvrenière.

Le 29 décembre 1862 voit l'inauguration du Pont du Mont-Blanc, de 16 mètres de large répartis en 9 mètres de chaussée et 7 mètres de trottoir. Sa construction aura duré moins d'un an ! Commencé à fin 1861 il est achevé en novembre 1862. Son rôle premier est de faciliter la communication entre les quartiers très populeux des Pâquis et des Eaux-Vives. Son tablier sera rénové en 1903-1904 pour supporter le poids des tramways électriques. Il sera une nouvelle fois adapté au trafic croissant en 1922 avant sa transformation de 1965 qui lui a donné sa physionomie actuelle.

En 1891, le nouveau Pont Sous-Terre relie le quartier de Saint-Jean au nouveau quartier industriel de la Jonction. Un nouvel ouvrage lui succède en 1968.

En 1896, un nouveau pont monumental est ouvert à la circulation à la Coulouvrenière. L''inauguration a lieu le 27 avril 1896 à l'occasion de l'Exposition nationale. Les tramways l'empruntent depuis la gare de Cornavin pour se rendre sur le site de l'exposition à Plainpalais. Le pont sera élargi à six voies en 1969-1970.

En 1922, c'est au tour du Pont Butin de voir le jour. Il sera élargi entre 1968 et 1969.

En 1945, le Pont de la Jonction est construit, appelé aussi “Pont du raccordement” en raison du projet visant à raccorder le réseau ferroviaire de Cornavin à la Praille puis à la gare des Eaux-Vives. Le CEVA est encore bien loin !

Plus près de nous, on assiste à la construction du pont des Acacias en 1956 puis à l'édification du Pont de Saint-Georges en 1969.

Récapitulons :

Sur l'Arve on dénombre outre les ponts du Val d'Arve et de Vessy, celui de Carouge, le pont des Acacias et celui de Saint-Georges sans oublier le Pont Wilsdorf, anciennement passerelle de l'Ecole-de-Médecine et la passerelle du Bois-de-la-Bâtie.

Sur le Rhône, on dénombre le Pont du Mont-Blanc, le Pont des Bergues, ceux de la Machine et de l'Île, le Pont de la Coulouvrenière, le Pont Sous-Terre, celui de la Jonction ou du “Raccordement” et le pont Butin.

Question : Nos ancêtres ont bien travaillé ! Alors bonnes gens, à quand le prochain pont à Genève ?

Claude Bonard

Sources :20170828_161919.jpg

Au Pays Genevois, DIP, 1954,

La Genève sur l'eau, DTPE 1994,

Berli Conrad André : Rues Basses et Molard, Georg 1983

Lescaze Bernard et Lochner Barbara : Genève 1842-1942, Payot, 1976,

Catalogue de l'exposition consacrée à “G.H. Dufour, l'homme, l'oeuvre, la légende”, 1987-1988, pp.92-111.

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Commentaires

Cher Monsieur Bonard,

Ce message est hors sujet, mais je me permets de vous l'adresser car vous êtes un historien et un amoureux de Genève dont j'apprécie énormément les articles, en espérant que grâce à votre blog et/ou vos relations vous pourrez contribuer à informer la population genevoise pour qu'elle signe notre pétition et nous aide à sauver de la destruction ce petit bijou architetural qu'est le Jeu de l'Arc.

Ce superbe bâtiment fait partie de notre patrimoine, de notre culture et de nos racines et il faut absolument le sauvegarder. Il ne nous appartient pas, mais nous a été confié par nos ancêtres pour le transmettre à nos descendants.

Merci par avance d’en parler autour de vous et de faire tout ce que vous pouvez pour nous aider, car il est bien difficile de lutter seul contre le rouleau compresseur qui s'en prend désormais à notre patrimoine architectural:

https://www.change.org/p/antonio-hodgers-sauvons-le-jeu-de-l-arc-des-d%C3%A9molisseurs?source_location=minibar

et aussi:

https://www.facebook.com/contrelenlaidissement

Chaleureuses Salutations!

Écrit par : Arthur | 29/08/2017

Merci pour ce très intéressant récapitulatif historique, qui nous rappelle qu'à Genève, il y avait des hommes capables de génie urbain.

Arthur, ne vous en déplaise, le jeu de l'arc n'est pas une survivance de nos ancêtres, ne fait pas partie de notre culture ni de nos racines:

En effet, ce petit hôtel haussmannien du 19e siècle fut construit par et pour l'usage exclusif d'une élite anglaise, aux fortunes amassées grâce à ses colonies dans le monde entier, par l'exploitation outrancière des richesses de pays (des Indes à Singapore en passant par la Birmanie, sans parler de l'Afrique orientale) sous le joug de la Couronne britannique.

Cette bâtisse genevoise, dont l'existence ne servait qu'au plaisir de quelques anglais "privilégiés", gros conso-touristes de nos bains thermaux & sports d'hiver

n'est en aucun cas symbole de nos racines et de notre culture.

Écrit par : divergente | 29/08/2017

Par honnêteté, correction cf. "jeu de l'arc": il s'agit d'une construction anglaise (et non genevoise comme je l'ai rapidement mentionné) et ce, sur "droits spéciaux" accordés par la ville, fin 18e siècle, à un anglais.

Écrit par : divergente | 29/08/2017

Pour répondre aux commentaires des personnes ayant le pseudonyme "Arthur" et "divergente"
il m'apparaît utile de préciser, voire de corriger : A Genève, depuis le temps de la période de la Genève savoyarde, des compagnies d’archers ont été formées pour défendre la cité. Dès l'émergence de la Commune de Genève, il est vraisemblable qu'une compagnie d’archers, a été chargée constituée pour assurer la défense de la Ville. On a là l'émergence du Noble Exercice de l’Arc dont l'origine remonte à 1444 et non au 19e siècle, correspondant ainsi à la plus ancienne trace mentionnant son existence. Le Noble Exercice de l'Arc est dès lors la plus ancienne confrérie à caractère militaire de Genève puisqu’elle existe depuis plus de 560 ans. Il en va de même s'agissant de la société dite « Exercice de l’Arquebuse » qui fusionna avec celle de « la Navigation » au cours du XIXème. Dans son merveilleux retable peint justement en 1444, l'artiste Konrad Witz représente sur la droite, le Château de l’Ile, l’actuelle place Bel-Air. On y distingue aussi des archers s'entraînant au tir dans ce qui est aujourd'hui le quartier des Eaux-Vives. S'agissant du débat actuel sur la préservation ou non de l'Hôtel du Jeu de l'Arc, mes lecteurs et lectrices comprendront que je suis lié par le devoir de réserve qu'imposent mes fonctions passées de vice-chancelier du canton jusqu'en février 2010. Je m'abstiendrai dès lors de prendre position, quoi que je puisse en penser à titre personnel. Avec mes cordiaux messages et mes remerciements adressés à celles et ceux qui ont pris la peine de lire mon blog.

Écrit par : Bonard | 29/08/2017

Faudrait savoir S'il s'agit de distinguer la valeur d'un immeuble construit par des anglais par obtention d'un droit contre droits en vigueur,

ou s'il s'agit de souligner la valeur historique de cet art plus que millénaire qu'est le jeu de l'arbalète, un mode de combat des suisses contre envahisseurs.

Écrit par : divergente | 29/08/2017

Réponse à la personne portant le pseudonyme "divergente" :

Pour remettre les choses en perspective : En 1771, Charles Stanhope, vicomte de Mahon remporte le traditionnel concours de tir à l'arc de la confrérie du Jeu de l'Arc datant de 1444. La bourgeoisie de Genève est octroyée à sa famille à cette époque, laquelle contribue financièrement à la construction de l'édifice du Jeu de l'Arc situé au Pré-l'Evêque aujourd'hui démoli mais dont une rue rappelle le souvenir. C'est en 1900 que la confrérie du Jeu de l'Arc, institution bien genevoise s'il en est, fait construire à la route de Chêne la villa dont on parle beaucoup dans la presse ces jours. L'histoire des bâtiments de la confrérie n'est dès lors pas dissociable de celle de l'origine de la vocation militaire tout d'abord, puis sportive plus près de nous, du tir à l'arc à Genève. Cette précision étant donnée, je m'abstiendrai comme je l'ai déjà écrit de tout commentaire supplémentaire s'agissant du débat actuel, quoi que je puisse en penser à titre personnel, vu le devoir de réserve qu'imposent mes fonctions passées d'ancien vice-chancelier de notre République et Canton. Ce d'autant que, pour le surplus, le texte de mon blog est consacré... aux ponts de Genève ! Avec mes remerciements adressés à celles et ceux qui ont pris la peine de lire mon blog.

Source : http://www.notrehistoire.ch/medias/89034

Écrit par : Bonard | 29/08/2017

@Monsieur Bonnard:

Un très grand merci pour vos informations comme toujours si intéressantes qui nous démontrent clairement que le Jeu de l'Arc est bel et bien une instituion genevoise, n'en déplaise à "divergente."

@divergente:

Vous mettez tant de hargne à convaincre les gens qu'il faut détruire ce magnifique bâtiment du Jeu de l'Arc qu'on en vient à être convaincu que vous avez un intérêt financier ou politique dans l'affaire. Cela va même de soi, car sinon pourquoi tant d'acharnement? Je vous ai vu tenir les mêmes propos en pire sur d'autres blogs où les lecteurs ont su vous remettre à votre place. voir par exemple les blogs de Mr. Thomann:

http://a-thomann.blog.tdg.ch/archive/2017/08/27/halte-aux-destructions-massives-285891.html

et celui de Mr. Jenni:

http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2017/08/05/la-verite-meme-si-je-mens-285487.html

Seriez-vous donc payé par Mr. Hodgers pour faire cette propagande nauséabonde? Personne n'est dupe!

De plus vos arguments qui transpirent l'idéologie stalinienne, la "haine des riches," l'endoctrinement et la xénophobie ne tiennent pas la route, comme vient de le démontrer brillamment Mr. Bonard.

Ce bâtiment est superbe et c'est ce qui compte. Ce n'est ni votre haine, ni le fait qu'il ait été construit par des Anglais qui vous déplaisent qui y changera quelque chose.

Les pyramides d'Egypte ont été construites à coups de fouet sur le dos du petit peuple: rasons donc ces symboles du pouvoir des élites.

Dans les temples aztèques et mayas on pratiquait les sacrifices humains, rasons-les donc aussi.

Et de même rasons Versailles, comme le propose d’ailleurs Apathie, un journaliste dont vous partager les idées:

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/11/13/97001-20161113FILWWW00018-raser-versaillesdes-propos-d-apathie-font-polemique.php

Et que dire du Victoria Hall qui lui aussi a été construit par un anglais de l'ère Victorienne que vous détestez tant, rasons-le donc aussi.

Et pourquoi pas également le Monument Brunswick construit pour un étranger?

Et l’église russe?

Et Chillon construit par les Savoyards?

Et que dire des ruines romaines, témoins d’une invasion étrangère. Elles n’ont rien à faire en Helvétie!

On pourrait continuer la liste à l'infini!

Que vous le vouliez ou non tous ces bâtiments font effectivement partie du patrimoine suisse et/ou genevois, au même titre que la Maison Tavel.

Non le patrimoine d'une ville ne se limite pas comme vous le dites aux seuls monuments construits par les autochtones. Il faut être XÉNOPHOBE comme vous pour le penser! Alors gardez votre haine et votre xénophobie pour vous seul.

J'engage donc tout me monde à sauver ce petit bijou en signant la pétition. Et un très grand merci à Monsieur Bonard!

https://www.change.org/p/antonio-hodgers-sauvons-le-jeu-de-l-arc-des-d%C3%A9molisseurs?source_location=minibar

Écrit par : Jean | 31/08/2017

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