30/08/2017

Lorsque les fausses prononciations et les légendes urbaines façonnent les noms de lieux à Genève et à Londres

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L'Histoire est riche de curiosités et à des incongruités s'agissant de l'étymologie des lieux. J'en veux pour preuve les trois exemples qui suivent, les deux premiers à Genève, le troisième à Londres.

Premier exemple à Genève avec la rue Kléberg D'où vient ce nom ? Pour avoir la réponse, il nous faut remonter à la périodes des foires de Lyon, à qui l'on doit hélas le déclin des foires de Genève en raison de la politique économique conduite dès 1462 par le roi de France Louis XI. Dès cette époque, le développement des foires de Lyon est spectaculaire. Parmi les banquiers et marchands qui font la fortune de Lyon, on trouve un certain Hans Kleberger né le 6 février 1485 à Nuremberg et décédé le 6 septembre 1546 à Lyon. Ce personnage a d'ailleurs sa statue à Lyon, sur la rive droite de la Saône, au quai Pierre Scize. Travaillant pour le compte de la banque allemande Imhoff et une fois fortune faite, notre bon Allemand acheta des terres à Genève en 1539 à proximité du Rhône. Les Genevois, de même que les Lyonnais d'ailleurs, toujours en délicatesse avec la langue allemande prononçaient son nom Kleberger, Kleeberger, Cleberge ou Cleber. Malgré la construction de sa maison à Genève, c'est pourtant à Lyon que reviendra le « bon Allemand » qui accédera même à la charge enviée de Conseiller. A Genève, son souvenir demeure à proximité de l'endroit où Hans Kleberger avait sa propriété, là où se trouvent aujourd'hui  les (Klé)Bergues et la rue Kléberg.

Second exemple de défaut linguistique, l'origine de la rue de Coutance, qui tire son nom de la cité de Constance. C'est en effet à Constance que Sigismond de Luxembourg, futur Empereur romain germanique convoque en 1414 le concile qui va durer quatre ans et qui aboutira à la réunification de l'église catholique romaine qui comptait jusqu'ici trois papes se disputant la tiare pontificale ! L'histoire – ou la légende - veut que Le 10 juillet 1415 Sigismond revenant de Constance accompagné de l'évêque de Genève Jean de Bertrand entre dans la cité du bout du lac par la porte de Cornavin et chemine par la rue menant au Pont Bâti franchissant le Rhône en l'Île. Les Genevois massés sur le chemin pour voir passer l'Empereur, donnèrent à la rue le nom de « Coutance » plutôt que Constance. A noter aussi que le concile a eu pour président le cardinal Jean de Brogny. Le même qui a fait construire la superbe chapelle des Macchabées à Saint-Pierre entre 1405 et 1406.

Troisième exemple de fausse prononciation à Londres, conforté par une légende urbaine. Lors de vos visites sur les bords de la Tamise, vous avez peut-être été surpris par le nom d'un grand carrefour au sud de Londres et aussi d'une station de métro portant le nom de « Elephant & Castle». Que viennent faire ici ce pachyderme et ce château.... Est-ce une référence au passé colonial d'Albion et à l'Empire des Indes ? Une légende urbaine veut que "Elephant and Castle » soit une déformation phonétique des mots «  Infanta de Castilla » . En effet la première épouse du terrible roi Henri VIII était Catherine d'Aragon, infante de Castille, reine consort d'Angleterre avant d'être répudiée. Il est de ce fait imaginable que les Anglais, peut portés sur la langue espagnole et citant son nom, aient prononcé « Elephant and Castle ». Pourtant, vérification faite,  la réalité est plus prosaïque et moins romantique. « Elephant and Castle » tire son nom de l'échoppe d'un forgeron-coutelier membre de la corporation du même nom ayant pour armoiries un blason  décoré d’un éléphant et un château. Ce symbole héraldique de l'éléphant portant un  château sur son dos symbolise la force et fut utilisé  depuis les temps les plus reculés par plusieurs pays dont l'Angleterre. D'antiques textes signalent pour le surplus que des éléphants de guerre portant des tourelles avaient été utilisés par les Romains lors de la conquête de la Bretagne (l'Angleterre)  en 43 après J.-C. Pas étonnant dès lors que l'image de l'imposant éléphant portant un château sur son dos ait traversé les siècles et marqué les esprits à Londres.

Ce sera tout pour aujourd'hui. Si vous avez d'autres exemples, je suis preneur et je vous en remercie par avance !

Claude Bonard

 

Source : http://www.aucoeurdelyon.fr/jean-kleberger-bon-allemand-h...

Illustration : Hans Kleberger, portrait par Dürer, cliché Wikipedia (D.R.)

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Commentaires

D'autres exemples ? Je me pose beaucoup de questions sur l'étymologie "officielle" du Chablais, de caput laci, tête du lac, tsapo lai en patois. Ancien nom de Villeneuve. Qui aurait donné son nom à tout le Chablais ?
https://randoevasionweekend.wordpress.com/2014/01/31/a-la-decouverte-du-chablais/
Alors que si l'on parcourt les forêts qui bordent la plaine du Rhône, on trouve des chables à peu près partout. Les chables sont les pipe-lines de l'époque, pour transporter le bois, longtemps seule source d'énergie et matériau de construction.
Particulièrement surexploité par les Salines de Bex, qui évaporaient l'eau salée.
Les Celtes utilisaient l'écriture grecque, visible sur leur monnaie. Jules César a parlé du catalogue des Helvètes s'inscrivant pour leur grand départ. Ecrit en grec...
Mon prof de grec nous avait suggéré que le patois "bouélée" pouvait provenir de "boè", le cri en grec...
Un autre prof de grec pense que "chable" pourrait provenir de kataballein, jeter en bas...
Cette étymologie me paraît plus vraisemblable que caput laci. Surtout en regardant la carte.

Écrit par : Géo | 30/08/2017

En réponse à Géo : Grand merci S'agissant de l'étymologie du Chablais, je n'ai aucune certitude mais plusieurs auteurs ont écrit en relevant que la région dans les temps anciens était peuplée par les "Chalbici", soit
peuple du Chablais, appartenant à la confédération allobroge.

Lire : https://books.google.ch/books?id=m2si1jHSa8gC&pg=PA20&lpg=PA20&dq=Chablais+%C3%A9tymologie&source=bl&ots=Vn3kz_xCUF&sig=v53pTBSQiqQlrK2NjE1rrwm46bI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjz6KCDkYHWAhVNZ1AKHZztA_sQ6AEIVzAJ#v=onepage&q=Chablais%20%C3%A9tymologie&f=false

Écrit par : Bonard | 31/08/2017

En réponse à Géo : Grand merci S'agissant de l'étymologie du Chablais, je n'ai aucune certitude mais plusieurs auteurs ont écrit en relevant que la région dans les temps anciens était peuplée par les "Chalbici", soit
peuple du Chablais, appartenant à la confédération allobroge.

Lire : https://books.google.ch/books?id=m2si1jHSa8gC&pg=PA20&lpg=PA20&dq=Chablais+%C3%A9tymologie&source=bl&ots=Vn3kz_xCUF&sig=v53pTBSQiqQlrK2NjE1rrwm46bI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjz6KCDkYHWAhVNZ1AKHZztA_sQ6AEIVzAJ#v=onepage&q=Chablais%20%C3%A9tymologie&f=false

Écrit par : Bonard | 31/08/2017

L'étymologie est décidément une science bien pittoresque : on trouve souvent autant d'interprétations que d'auteurs...

Écrit par : Géo | 31/08/2017

"L'étymologie est décidément une science bien pittoresque : on trouve souvent autant d'interprétations que d'auteurs..." (Géo)

Oui, mais que de jolies histoires à lire, ... et de jolis mots à prononcer pour la première fois dans sa tête et dans sa bouche, ... et à faire résonner pour la première fois dans sa tête et dans ses oreilles.

Un délice de vous lire Monsieur Bonard !

Écrit par : Achille Idiophon | 31/08/2017

Mon commentaire était à comprendre dans son contexte. Et je persiste et signe : il m'est arrivé souvent de trouver une interprétation par auteur consulté...
Il n'y a pas de marqueur ou d'indicateur sur les mots ou les sons. Et il y a des convergences de faciès qui induisent à la confusion, comme les baleines et les dauphins qui ressemblent aux poissons. Et Chablais à Tsapo lai. A ce propos, j'ai oublié de citer le fait qu'il existe "chablis" et que ce terme n'a rien à voir avec la tête du lac...

Écrit par : Géo | 01/09/2017

Les forestiers s'occupent des chablis (arbres déracinés) quand ils ne chablent pas (envoyer les billes de sapins ou autres dévaler les pentes jusqu'à la route). Et comme on peut encore chabler des fruits.
Cela corrobore l'idée d'une racine étymologique grecque "kataballein".
Comme la tête du lac est une jonction plane qui relie les pentes montagneuses au lac qui permet de véhiculer le bois ... Ça chablait pas mal dans le coin.

Écrit par : aoki | 01/09/2017

Au passage, je m'était passionné pour cet ouvrage de Jean François Kister
"Des mégalithes, des légendes et des dieux"

Il applique l'étude des toponymies celtes de la région élargie.
De Nantua (la lignée de ceux qui viennent du vallon) à Lugano (les eaux de Lug).
Ca se laisse lire et c'est captivant de redécouvrir les lieux connus sous c'est angle là !

Écrit par : aoki | 01/09/2017

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