12/09/2017

Genève était déjà “en marche” en 1814 ! Trente disciples d'Apollon se bagarrent à Versoix, ville française

La nouvelle est tombée hier, un nouveau parti politique a vu le jour à Genève, portant le nom de “Genève en marche”. Et cette nouvelle me donne envie de vous conter une petite historiette datant de 1814, époque où les habitants de Versoix qui étaient encore des sujets du roi de France n'aiment pas tellement les Genevois. Ce n'est que plus tard, en vertu du traité de Paris de 1815 que Versoix sera rattachée au nouveau canton de Genève. Or donc, le 10 juillet 1814, les musiciens de la très officielle Musique de la Garde Genevoise ( notre actuel Corps de musique de Landwehr – Orchestre d'Harmonie de l'Etat de Genève ) ont la bonne idée d'aller célébrer leur fête annuelle hors les murs. “En voiture Simone”, tout ce petit monde, en uniforme, quitte Genève en montant dans un bel attelage pour se rendre à Nyon. Une fois la fête terminée, et probablement de fort joyeuse humeur, nos musiciens en uniforme et portant l'épée au côté sont arrêtés et attaqués à Versoix, sans motif plausible semble-t-il si l'on en croit les propos rapportés dans le journal de Marc-Jules Suès (1782-1845), commerçant puis commis à la Chancellerie d'Etat et aussi  chef du Bureau genevois de l'Etat-civil. Pourtant, l'ancien juge de paix Golay, nous donne une version nettement moins politiquement correcte dans un Bulletin de l'Institut Genevois et qui semble être plus proche de la vérité. Il nous apprend que la Musique Rouge “eut la malencontreuse idée d'aller célébrer sa fête annuelle à Versoix”. Que se passa-t-il alors ? Cette apparition en provenance de la cité du bout du lac agaça les nerfs des gens de la localité déjà mal disposés par les bruits d'annexion à Genève !

Décidément, ces musiciens en uniforme genevois en marche sur Versoix constituaient  une véritable provocation. Quoi ? Des Genevois venant manger le pain des Français ? Une bagarre s'engagea et l'un des habitants de Versoix arracha le long plumet blanc de l'un des musiciens d'un coup de bâton, ce qui amena une bataille générale, où les  épées dégainées jouèrent leur rôle à qui mieux mieux. Heureusement qu'il n'en résulta pas de blessures sérieuses ni graves, sauf pour quelques instruments de musique. Nos pauvres musiciens cabossés purent regagner en bataillant, leur véhicule. Cette rixe donna l'idée à un témoin des événements de composer ces vers :

Trente disciple d'Apollon,

Sur un char de parade,

Prétendant se donner un ton,

A Versoix de bravade,

Pauvres saugrenus,

Vous êtes battus,

Bien juste récompense,

Chacun le dira,

Cela vous apprendra,

D'aller narguer la France”

Manifestement, dans cette affaire, la musique n'a pas adouci les mœurs... Dans les jours qui suivirent, l'affaire de Versoix fit beaucoup de bruit, causant un véritable incident diplomatique entre Genève, les Suisses et la France. Le colonel Girard ( celui qui avait débarqué au Port Noir le 1er juin avec les contingents envoyés par la Diète fédérale) dût faire rapport en Suisse. A Genève, le syndic de la garde fut informé. Finalement, des excuses furent présentée de part et d'autre. Décidément, en marche ou non, les relations entre voisins dans la “Regio Genevensis” méritent mieux que des coups de poing et des algarades. Les trente disciples d'Apollon - non ce n'était pas Jupiter - l'apprirent à leurs dépens.

Claude Bonard

20170912_110513_001.jpgSource : Bonard Claude : Histoire du Corps de Musique de Landwehr 1783-1789-1989, Genève, 1989

Aquarelle  : Richard Gaudet-Blavignac tirée de l'ouvrage de Claude Bonard

11:22 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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