14/09/2017

Finances genevoises - une péréquation sous la contrainte en 1477. Genève doit payer aux Suisses une amende astronomique

Lors de la conférence de presse relative au projet de budget du canton, le Conseil d'Etat a rappelé que Genève est désormais le seul canton romand à être contributeur dans la péréquation intercantonale. Ce constat crispant me rappelle un épisode de l'histoire genevoise datant de la période des guerres de Bourgogne. Contrairement à ce que les petits Genevois de mon temps apprenaient à l'école, nous n'avions pas vaincu Charles le Téméraire à Grandson et à Morat car nous étions hélas du mauvais côté de la barrière ! Les guerres de Bourgogne ont en effet constitué un épisode sombre dans  l'histoire des relations entre  Genève et les cantons  suisses puisque l'évêque de Genève, Jean-Louis de Savoie était l'allié du Téméraire. Le retour de manivelle ne s'est pas fait attendre puisque après leur victoire finale contre le duc de Bourgogne, les Suisses punissent Genève et exigent le versement de 28'000 écus, ce qui correspondait à 12% des actifs de la fortune totale des particuliers.  Rien que ça ! Un montant considérable que Genève était dans l'impossibilité de payer vu l'état de ses finances publiques. Imaginons seulement ce qu'un tel pourcentage représenterait aujourd'hui ! 

Les autorités genevoises n’arrivant pas à réunir ce montant et un malheur n’arrivant jamais seul, une bande armée incontrôlée d’environ 1700 hommes provenant notamment d’Uri et de Schwyz fit mouvement spontanément sur Genève pour punir la cité et saisir la part de la rançon non versée. Le 4 mars 1477, grâce à l’intervention et à  une médiation, cette  mauvaise troupe fut stoppée près de Lausanne.  Cette opération punitive est connue en Suisse alémanique sous le nom de « Saubannerzug », (l’expédition du drapeau à la truie). Chez nous, on lui a donné le nom de « l’expédition de la Folle Vie » L’emblème de ces hommes était un drapeau représentant un sanglier et non une truie comme d’anciennes chroniques le laissèrent entendre.  Les Genevois furent donc  obligés de payer immédiatement aux Confédérés le solde de l’amende qui leur avait été infligée. Mais ce n'est pas tout et les  gens du bout du lac durent  boire le calice jusqu'à la lie puisqu'ils furent  contraints de dédommager les soudards et de couvrir  aussi les frais de leur expédition. Ils se consolèrent comme ils purent  en se disant que Genève avait échappé au pire en n'ayant pas été mise à sac. Nécessite oblige, l'idée d’un rapprochement avec les Suisses fit  désormais son chemin. Folle vie.jpgNos bons Genevois n'imaginaient pas alors que 540 ans plus tard, la péréquation intercantonale imaginée par les descendants des vainqueurs du Téméraire  allait à nouveau leur faire les poches ! 

 

Claude Bonard

 

Pour en savoir davantage : http://ge.ch/archives/3-folle-vie-premier-traite-de-combo...

 

Dufour Alfred : Histoire de Genève, Paris, Que sais-je, PUF, 1997, p.34

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