18/09/2017

Si l'huissier portant couleurs est là, le magistrat n'est pas loin !

A chaque manifestation officielle à Genève, dans nos cantons ou sous la coupole fédérale, les photos de presse nous montrent nos magistrat(e)s flanqué(e)s d'un huissier ou d'une huissière  portant les couleurs de la République, de la Ville, des cantons ou  de la Confédération  et coiffés du bicorne porté  "en bataille".  Au Palais fédéral lors de chaque prestation de serment d'un(e) membre du Conseil fédéral, ils figurent sur la photo.  Je souhaite dès lors vous entretenir de cette tradition "bien de chez nous" qui étonne les étrangers. Je me souviens d'un moment mémorable il y a quelques années où le Président du Conseil d'Etat devant participer à une cérémonie sur sol français. Il devait , conformément à l'usage, être accompagné de son huissier. Mais comment expliquer cette coutume à nos chers voisins français  ?  Quel était donc cet étrange "drapeau vivant"  ? Huissier 1.pngL'affaire passa protocolairement par la préfecture, puis, vu une certaine perplexité,  monta à Paris au ministère des affaires étrangères avant d'aboutir sur la table du premier-ministre. Celui-ci ayant à l'époque une bonne connaissance des us et coutumes de notre pays  donna son accord à ce qu'un huissier portant couleurs accompagne le premier magistrat du canton. Pour éclairer nos concitoyens et concitoyennes qui sont parfois perplexes en découvrant ces imposants personnages en livrée et bicorne, je voudrais rappeler que les livrées aux couleurs d'une ville, d'un canton ou de la Confédération  ont une longue histoire.

A Genève, l’emploi des couleurs de la République pour les vêtements fournis par l’Etat à certains fonctionnaires remonte pour le moins à 1509, s’agissant notamment des Guets portant des manteaux noir et gris alors que les huissiers portaient des manteaux noir et violet. De telles tenues sont visibles lors du cortège de l'Escalade organisé année après année par la Compagnie de 1602. Plus tard, selon l'historien J.-D. Blavignac,  la Constitution de 1794-1796 stipula que les syndics, le procureur général et les présidents de la Cour de justice criminelle et de l’Audience soient suivis d’un huissier qui prirent le manteau aux couleurs de la Clef et de l’Aigle. Le port du manteau à ces couleurs au lieu du manteau noir et violet avait d’ailleurs déjà été prescrit, toujours selon Blavignac, en 1699 sur décision du Conseil mais cette décision n’a pas eu de suite. (Déjà à l’époque… !!!). Le manteau des huissiers est ensuite décrit dans un arrêté du 1er mars 1816 ; je cite toujours Blavignac : «  ce manteau, d’abord rouge, jaune et noir, est aujourd’hui mi-parti rouge et jaune avec le collet rouge ». Les plaques de métal aux armes de la République portées sur le manteau datent de 1835. La tradition veut que les plaques portées aujourdhui par les huissiers du Conseil d’Etat aient été offertes par Gustave Ador en 1891 à l’occasion du 600e anniversaire de la fondation de la Confédération. Comme à Genève on ne fait rien comme les autres, l'observateur attentif remarquera que les huissiers de la ville portent le manteau, mais avec l’agencement des couleurs différent de celui des manteaux des huissiers de l’Etat.

Quel sera l'heureux élu qui sera encadré  par deux huissiers/ères aux couleurs de la Confédération à Berne dans deux jours ?  

Nul ne le sait aujourd'hui, mais j'aimerais bien que notre huissier/ère  aux couleurs genevoises ne soit pas loin ! 

 Claude Bonard

 

Source : Blavignac J.-D. : Armorial genevois, Genève, chapitre IV. Des officiers portant la livrée de l’Etat, chez les principaux libraires et chez l’auteur, Plainpalais 396, MDCCCXLIX, 204ss.

 

18:59 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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