28/09/2017

28 septembre, un jour noir en Pologne, celui du 78e anniversaire du quatrième partage du pays

En Pologne, la date du 28 septembre 1939 laisse un amer souvenir dans les mémoires. En effet, à la suite de l'invasion du pays par les troupes du Reich le 1er septembre, Varsovie capitula le 27, n'ayant pas pu combattre sur deux fronts suite au « coup de poignard dans le dos » que constitua l'attaque soviétique du 17 septembre 1939 sans déclaration de guerre. Le 28 septembre, selon les termes du pacte germano-soviétique, les Allemands et l'Union Soviétique se partageaient le pays. Le Reich récupérait la région de Dantzig, la Prusse occidentale et la Haute-Silésie ainsi que la région de Lodz, deuxième ville du pays et capitale de l'industrie textile Quant aux Soviétiques, ils mettaient la main sur les territoires polonais situés aujourd'hui en Ukraine et en Biélorussie à l'est des rivières Narew et Bug. L'importante cité polonaise de Lwow tomba aussi dans leur escarcelle.

Ce quatrième partage, fait unique en Europe et dans le monde, fut le quatrième dans l'histoire de la Pologne après ceux de 1772, 1793 et 1795, lorsque  le roi de Prusse,  la tsarine de  Russie et l'empereur l'Autriche s'étaient partagés le royaume. Je voudrais dès lors prendre à témoin ce sombre anniversaire pour revenir aux circonstances du premier partage, celui de 1772 qui déclencha la spirale infernale des démembrements successifs du pays et auquel un illustre citoyen de Genève fut mêlé.  En 1764, à Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski avait succédé au roi à Auguste III. Sous son règne, le rayonnement culturel et artistique de la Pologne se caractérisa par un essor remarquable. En revanche, ce jeune roi qui avait été l’amant de la Grande Catherine devint insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoqua en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise réunie en Confédération. Cette insurrection - en France on appellerait ça une fronde - prit le nom de Confédération de Bar, localité située aujourd’hui en Ukraine. La Confédération fut vaincue en 1772 suite à l'intervention musclée de l'armée de la tsarine. C’est dans le contexte de ce soulèvement que notre compatriote Jean-Jacques Rousseau entra en scène. Rousseau fut approché en 1770  à Paris par les Confédérés de Bar et accepta de rédiger à leur intention un projet de nouvelle constitution adaptée à ses yeux à une Pologne purgée de ses vieux démons. Bien que n’étant jamais allé en Pologne, Rousseau identifia les problèmes qui minaient l’Etat polonais. L’une des principales sources de blocage des institutions polonaises de ce temps se caractérisait par le recours au « Liberum veto », du latin, littéralement « j'interdis librement » lors des sessions de la Diète (Sejm). Un seul parlementaire pouvait en faisant usage de cet outil, bloquer tout projet en cours d’examen et n’importe quel vote. Imaginons un peu le principe du « Liberum veto » appliqué à Genève tant au Grand Conseil qu'au Conseil municipal ! Ce serait une belle cacade ! C’est de cette manière que progressivement, la Pologne institutionnelle se paralysa avant de disparaître purement et simplement du paysage politique européen, démembrée par ses puissants voisins. Rousseau reconnaissait que la nation polonaise était « différente de naturel, de gouvernement, de mœurs, de langage, non seulement de celles qui l’avoisinent mais de tout le reste de l’Europe ». Aujourd'hui, 78 ans après le quatrième partage de la Pologne du 28 septembre 1939 , je ne peux m'empêcher de penser que Jean-Jacques Rousseau avait été clairvoyant dans son analyse de la situation politique de la Pologne. Quel diagnostic aurait-il posé aujourd'hui s'il était encore  de ce monde  ?... nul ne le saura jamais mais j'ai ma petite idée  sur ce point.....!

Claude Bonard

 Illustration  :  La Pologne, le gâteau des rois, Wikimedia Commons
Partages 1.jpeg

12:45 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.