04/10/2017

Catalogne : A quoi sert l'histoire, sinon à relier les unes aux autres les générations qui passent et à représenter la continuité de l'effort humain ?

Ce qui se passe actuellement en Catalogne, en Ecosse, et aussi de manière pour l'instant plus ou moins feutrée avec des aspirations à plus d'autonomie sans nécessairement aspirer à l'indépendance en d'autres régions européennes, par exemple en Irlande du Nord, en Lombardo-Vénétie, au Tyrol, en Corse, en Bretagne, dans les Flandres, au Pays Basque ou en Savoie, doit rendre humbles en regard du temps long de l'histoire. Certaines revendications ne doivent pas être reçues avec mépris voire condescendance par les pouvoirs centraux issus des Etats-Nation qui sont un pur produit du 19e siècle. En d'autres termes, dans les Etats dont « confortablement »  la communauté politique assure la légitimité de l'Etat , nous correspondons à cette définition de l'UNESCO qui veut que nos Etats représentent « une entité au sein de laquelle les frontières culturelles se confondent avec les frontières politiques ». C'est confortable, mais comme tout confort, le dérangement n'est pas loin. Pour nous Suisses, avec nos quatre cultures, notre aventure collective qui remonte à 726 ans de vie commune fut semée d'embûches, fut tourmentée et souvent violente. On ignore par exemple que la Confédération des treize cantons qui s'écroula en 1798 n'était constituée que de cantons alémaniques. ! Kappel.jpegPlus tard, ce fut souvent dans la douleur que nous avons accouché d'une communauté d'individus qui partageaient, du moins nous le croyons aujourd'hui, un certain nombre de valeurs et surtout qui croyaient à ce qu'ils entreprenaient. C'est à coup de mues profondes, au cours de crises, de convulsions, et de compromis pas toujours glorieux mais réalistes que la Confédération est arrivée à maturation. Elle s'est déchirée au cours de la Première Guerre mondiale mais les coutures étaient assez solides pour tenir. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la cohésion nationale s'est renforcée et l'essentiel a été sauvegardé et la Confédération en est ressortie fortifiée. Ce processus, qu'on le veuille ou non, n'est pas terminé, ni chez nous, ni au sein des pays qui nous entourent. Il est évolutif.  S'agissant de la "question jurassienne", le récent vote de Moutier nous le confirme. En d'autres termes, l'histoire d'un pays, d'une région, d'un peuple est constituée de phases évolutives et de tensions comparables à ces événements que les géologues appellent un  « processus de sédimentation ». Ce qui se passe en ce moment à l' quelques centaines de kilomètres de Genève au sud de l'Europe me rappelle ces sages paroles de l''historien Jean-Rodolphe de Salis qui, dans ses « Réflexions sur l'étude de l'histoire » publiées en 1936 au moment de la montée des périls totalitaires en Europe s'interrogeait  : « A quoi sert l'histoire, sinon à relier les unes aux autres les générations qui passent, et à représenter la continuité de l'effort humain ? Tant qu'il y a une histoire, nous resterons en possession de l'héritage que nos devanciers nous ont légués. Si vous l'abolissez, nous ne serions bientôt que de lamentables dépossédés qui retomberaient en barbarie. Nous cesserions en effet de comprendre le monde qui nous entoure, et, ne le comprenant plus, il serait comme un arbre à qui on a coupé ses racines ».

Ne soyons pas des arbres coupés de nos racines ! Je vous laisse méditer les propos de Jean-Rodolphe von Salis qui n'ont pas pris une ride. Et sachons, les uns et les autres, ici et ailleurs, ne pas sombrer dans la barbarie. Notre monde actuel que ce soit de l'autre côté de la mer Méditerranée ou  encore plus près de nous à l'Est de l'Europe aux confins de l'Ukraine  sans parler des côtes de la "grande bleue" nous montre que c'est toujours possible. 

Claude Bonard

18:48 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.