04/11/2017

Les événements genevois du 9 novembre 1932 vus par la presse de la Côte d'Azur

Atmosphère de tensions politiques, de difficultés économiques, de crise et de chômage à Genève au début des années 30. La débâcle de la Banque de Genève et la crise des finances publiques n’arrangèrent pas les choses. Le climat politique genevois devient virulent. C’est ce que l'historien genevois Louis Binz a nommé « le durcissement des extrêmes » aboutissant aux tragiques événements du 9 novembre 1932 faisant 13 morts et 62 blessés puis, un an plus tard, à l’élection du gouvernement de Léon Nicole, le premier Conseil d’Etat à majorité socialiste de Suisse. Mon père résidait alors en France, à Juan-les-Pins. Il avait gardé dans les archives qu'il m'a léguées d'intéressantes coupures de la presse locale et niçoise qui démontrent que sur la Côte d'Azur, on suivait de près les événements de Genève et de Lausanne, ainsi qu'en témoignent les extraits ci-après :

 L'Eclaireur de Nice et du Sud-Est , 10 novembre 1932 :

 A Genève, une Réunion politique dégénère en véritable émeute. Débordée et assaillie par la foule, la police et la troupe ont dû faire usage de mitrailleuses. IL Y A DES BLESSES ET DES MORTS (…) A la suite de l'émeute, le conseil d'Etat de Genève a tenu une séance extraordinaire au cours de laquelle d'importantes décisions ont été prises.”

 L'Eclaireur de Nice et du Sud-Est, mardi 15 novembre 1932 :

 Le calme renaît à Genève. La détente s'est accentuée. Le public, entièrement rassuré, a repris ses occupations. Quelques sections de soldats veillent encore, sur certains points importants. Le mouvement révolutionnaire a avorté, grâce aux mesures énergiques, rapidement prises par les autorités fédérales et régionales (Service spécial P.)”

 Le Petit Niçois : “Lausanne 14 novembre. Tandis que le calme règne à Genève, une bombe éclate à Lausanne. Un engin explosif sur la nature duquel on n'est pas encore fixé, mais qui paraît avoir été chargé de mélinite et qui semble avoir pour auteur un homme de métier, avait été placée hier derrière une des colonnes qui soutiennent le chapiteau d'entrée de l'Hôtel de Ville. Au moment où l'engin fit explosion, 4 jeunes gens et une jeune fille ont été blessés.(...) A Genève, le calme règne, l'ordre de démobilisation du régiment genevois mis sur pied pour maintenir l'ordre à la suite des troubles de mercredi dernier est parvenu à Genève aujourd'hui vers midi. Le régiment, sauf la compagnie I/13 sera licencié dès 17h.”

L'Eclaireur de Nice et du Sud-Est, mercredi 16 novembre 1932 : “Genève, 15 novembre. Hier soir est décédé à l'hôpital cantonal M. Rattaz, âgé de 37 ans, instituteur à Chêne-Bourg, qui avait été atteint d'une balle à la tête au cours de la manifestation du 8 novembre. Ce décès porte à treize le nombre des victimes. On apprend que le Conseil fédéral a rapporté l'ordre de demeurer au piquet pour un certain nombre d'unités militaires.”

  20171104_151355.jpgClaude Bonard

 

 

 

 

15:58 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Personnellement, je croyais qu'on avait fait intervenir des recrues de Savatan pour le service d'ordre et non un régiment genevois (aurait-il accepté de tirer ? J'en doute...). Ils ont tiré sur la manifestation avec des fusils et en aucun cas avec une mitrailleuse (il y aurait eu beaucoup plus de morts...).
J'étais dans le N du Mozambique entre 2000 et 2003. Il y a eu à Pemba une manifestation de la RENAMO ou en tout cas, de gens se réclamant de cette organisation. Des gens armés de machettes sont arrivés de plus en plus près de policiers armés de Kakachnikovs. Il est arrivé ce qui devait arriver, deux morts parmi les manifestants.
A Montepuez, les policiers n'ont pas tiré. Six d'entre eux ont été tués et leurs corps affreusement mutilés. On a vu une femme jouant avec le sexe de l'un d'entre eux comme d'un téléphone portable...
La foule est la même, qu'on soit au Mozambique ou à Genève.

Écrit par : Géo | 04/11/2017

Monsieur, Le régiment genevois a été mobilisé après les événements. Ce sont les recrues de l'ER Inf. de Lausanne qui en étaient à leur sixième semaine d'instruction qui sont arrivées par train spécial à Genève, (662 hommes) en étant dirigées ensuite sur la caserne de Plainpalais et qui se sont trouvées malgré elles au coeur de ces tragiques événements. Le bataillon valaisan 88 est rapidement arrivé après les événements pour garantir l'ordre à Genève, mis sur pied avec à sa suite le régiment genevois.

Écrit par : Bonard | 04/11/2017

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