13/11/2017

Les joueurs de flûte de Hamelin sur les bords de la Vistule. Grimm revisité

Un peu partout en Europe, et notamment, en Europe orientale, au coeur de pays ayant retrouvé leur indépendance il y a un peu plus d'un quart de siècle, refleurissent des mouvements constitués de gens qui n'ont rien appris et qui, pour le surplus, se complaisent souvent dans le révisionnisme de l'histoire. Le 11 novembre, date de l'indépendance retrouvée de la Pologne 123 ans après avoir été rayée de la carte politique de l'Europe après son troisième partage de 1795 entre la Prusse, la Russie et l'Autriche, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé à Varsovie à la « Marche de l'indépendance » dont le thème cette année était « Nous voulons Dieu ». Un slogan qui n'était pas pour déplaire à la frange la plus conservatrice du clergé catholique polonais. Cet impressionnant défilé coloré par de nombreux fumigènes rougeoyants se déroule chaque 11 novembre. La participation a battu tous les records cette année à la grande satisfaction des autorités, aucun incident grave n'ayant été à déplorer contrairement à ce qui fut le cas par le passé. Si de nombreux participants étaient  simplement là pour célébrer joyeusement ce jour de fête nationale en famille ou entre amis en affichant leur fierté d'être Polonais, un peu comme nous nous réunissons à Genève pour fêter l'Escalade, ce ne fut cependant pas le cas de tout le monde. A y regarder de plus près, on s'aperçoit que cet imposant défilé est organisée par un cartel d'organisations patriotiques dont certaines sont ce que l'on qualifierait chez nous des groupes nationalistes, voire de la droite la plus extrême. Les slogans et les banderoles étaient éloquents : « pour une Pologne pure et blanche », « réfugiés hors de Pologne », « pour Dieu, l'honneur et la patrie », « gloire à nos héros ». Une marche aussi, dont la renommée dépasse les frontières nationales puisque des délégations de plusieurs mouvements d'extrême droite européens ayant pignon sur rue s'y associent désormais ouvertement. Cette marche symbolique est regardée avec bienveillance par les autorités. En effet, si elle se veut une démonstration populaire destinée à célébrer le patriotisme polonais, son but est aussi d'affirmer haut et fort la posture qui caractérise aujourd'hui le pays. Elle constitue ainsi un signal envoyé à quiconque voudrait chercher des noises à la Pologne, qu'il s'agisse de l'Union européenne ou des pays qui l'entourent. J'ai le sentiment désagréable qu'autour de moi, au coeur de cette Europe qui se cherche et vacille, de funestes musiciens, dignes du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, tentent de charmer les opinions publiques avec des mélodies aux sons pervers. Si nous n'y prenons pas garde, j'ai bien peur que nos sociétés ne ressemblent plus tôt que tard aux créatures Grünewald.jpgdémoniaques telles que celles peintes par Matthias Grünewald ( 1512-1516), visibles sur le retable d'Unterlinden à Colmar.

Claude Bonard

 

 

 

 

 

 

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