27/11/2017

Varsovie - Bruxelles et Targowica, une douteuse instrumentalisation de l'Histoire

Il y a quelques jours, le parlement européen a exprimé une nouvelle fois sa préoccupation s'agissant du respect de l'Etat de droit en Pologne. Au cours de leurs interventions, les parlementaires  polonais  issus  de l'opposition  qui siègent à Bruxelles ont fait part de leurs craintes, suscitant ainsi de vives réactions au sein des députés issus de la majorité. A Varsovie, le gouvernement  unanime n'a pas caché sa profonde irritation suite à ces déclarations qualifiées d'irresponsables. Depuis lors, dans toute la Pologne, les députés "félons" sont affublés du sobriquet de “disciples de Targowica”. Et ce dernier week-end, dans une ville polonaise que je ne citerai pas par décence, un mouvement ultra-nationaliste a organisé une manifestation publique au cours de laquelle les portraits encadrés des députés “félons” ont été pendus à des gibets de bois. Pour mieux comprendre à la fois le sobriquet de “Targowica” et la douteuse mise en scène de cette  pendaison symbolique, il faut faire un peu d'histoire : En 1764, à Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski succède à Auguste III. Sous son règne, le rayonnement culturel de la Pologne se caractérise par un essor remarquable. En revanche, le roi, qui avait été l’amant de la Grande Catherine devient insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoque en 1768 une  révolte. Quelques années plus tard et après un premier partage amputant le pays, les réformateurs polonais font adopter le 3 mai 1791 par la Grande Diète une Constitution inspirée des principes libéraux de la Révolution française. Une partie de la grande noblesse polonaise craignant de perdre ses privilèges n'accepte pas la nouvelle constitution et sollicite l'intervention de la Grande Catherine et de l'armée russe pour « mettre fin à l'anarchie » qui règne en Pologne. Cet appel prend le nom, de Confédération de Targowica, (Ukraine). L'armée russe entre en Pologne le 18 mai 1792 et le roi est contraint de reconnaître la Confédération. En signe de réprobation, les patriotes défenseurs de la Constitution du 3 mai 1791 dressent des gibets et pendent symboliquement des portraits du roi  Poniatowski. Un peintre français au service de la noble  famille Czartoryski,  Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine, a immortalisé la scène dans un tableau désormais célèbre en Pologne. Le pays plonge alors dans le désordre. Finalement, l'intervention militaire de la Prusse aux côtés de la Russie va aboutir au second partage de la Pologne en 1793. Aujourd'hui, sur les bords de la Vistule, traiter quelqu'un de Targowica est l'injure suprême synonyme de collabo. Vous l'aurez compris, les parlementaires européens polonais de l'opposition qui ont exprimés leurs craintes  à propos du respect de l'Etat de droit sont assimilés aux collabos de Targowica et le parlement européen symbolise l'ours russe de 1792 prêt à se jeter sur la Pologne. Quant à la sinistre pendaison mise en scène ce week-end, elle puise sa source dans le  tableau "patriotique" de Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine.  Un un mot comme en cent, toute cette affaire a l'arrière-goût d'une douteuse  instrumentalisation de l'Histoire.

Claude Bonard

Targowica.jpgIllustration : tableau de Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine.





 



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Commentaires

Ca a encore plus le gout de totalitarisme. Quand on commence a accrocher la pancarte de "traitre a la patrie" au cou de ceux qui osent critiquer un régime en place et a les pendre symboliquement sur la place publique, la dictature -fut-ce celle du peuple- n`est pas tres loin, on a déja vu ca.

Écrit par : JJ | 27/11/2017

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