22/11/2017

Second milliard de cohésion destiné aux pays de l'Europe de l'Est. Halte au feu !

Si j'en juge la carte des pays concernés par le second milliard de cohésion destiné aux pays de l'Europe de l'Est, je m'interroge, car à voir ce que je vois, ce sont les mêmes pays qui ont bénéficié du premier milliard de cohésion en 2006 qui sont concernés. Lors de la votation de 2006 j'ai voté OUI avec enthousiasme. Mais aujourd'hui, 11 ans après, je m'interroge et je suis plus que dubitatif. Que vois-je en effet dans certains de ces pays ? Sur les bords des grands fleuves de l'Europe de l'Est, suivez mon regard, de funestes musiciens, dignes du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, tentent de charmer les opinions publiques avec des mélodies aux sons pervers.  Je vois aussi que de belliqueux aigles noirs tournoient dans le ciel.

Jean de La Fontaine (1621-1695) a écrit cette belle fable intitulée L'oiseleur, l'autour et l'alouette. Rappelez-vous :

Les injustices des pervers
Servent souvent d'excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l'Univers :
Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres.
Un manant au miroir prenait des oisillons.
Le fantôme brillant attire une Alouette :
Aussitôt un Autour, planant sur les sillons,
Descend des airs, fond et se jette
Sur celle qui chantait, quoique près du tombeau.
Elle avait évité la fatale machine,

Alors, lorsque je vois ce qui se passe dans deux des principaux pays bénéficiaires du premier milliard "de cohésion" et potentiels bénéficiaires du second, je suis révolté  car je me demande où sont désormais les injustices et qui sont les pervers de la fable ? Et qui sont ceux qui sont aux manettes à l'Est de l'Europe et de cette fatale machine dont parle La Fontaine... Je ne souhaite pas que notre pays soit comme l'alouette de la fable, attirée par un fantôme qui à défaut d'être brillant serait   en l'occurence plutôt pitoyable. Lorsque je vois le viol des consciences assumé, et aussi celui des valeurs de l'Europe qui fait florès à deux heures d'avion de Genève, je me dis que trop c'est trop ; ce qui me fait saigner le cœur pour l'Européen convaincu que je suis. Alors évitons de fournir clés en mains de nouveaux instruments de musique aux  néfastes disciples du joueur de flute de Hamelin pour éviter qu'ils ne diffusent à nos dépens leur sinistre musique. La Suisse n'a rien à gagner à promouvoir les idées de l'extrême droite ultra-conservatrice et nationaliste à l'Est de l'Europe.

Oiseleur.jpgClaude Bonard

 

 

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21/11/2017

En 1927 la commémoration de l'Escalade de 1602 provoque un incident diplomatique à la SDN

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Depuis l’annexion de Vilnius par la Pologne le 9 octobre 1920, les relations entre les deux pays sont exécrables. Le 5 septembre 1920 déjà, la Pologne saisissait le Conseil de la Société des Nations (SdN) afin de trouver une solution diplomatique au conflit. En 1927, la situation se dégrade encore plus et la Lituanie est quasiment en état de guerre avec la Pologne. Elle saisit la SdN et porte plainte contre la Pologne. A son tour, Varsovie adresse une note diplomatique aux principales puissances membres de la SdN réfutant le 29 novembre 1927, la thèse de l’agression et du complot. Afin d’apaiser les tensions, le maréchal Pilsudski, le père de l'indépendance polonaise décide de se rendre à la mi-décembre à Genève où le différend polono-lituanien fait l’objet des discussions du Conseil de la S.d.N. C’est alors qu’un événement de l’histoire genevoise provoque involontairement un incident diplomatique qui met le feu aux poudres. Le Conseil décide en effet d’ajourner ses travaux en raison de la commémoration de l'Escalade. Il convient de rappeler que la Compagnie de 1602 avait été créée un an auparavant, en 1926, donnant une ampleur nouvelle à la célébration de l'Escalade. Cette décision irrite Pilsudski  au plus haut point. Le maréchal veut quitter Genève et rentrer à Varsovie. Le Conseil de la S.d.N. Fait marche arrière et une séance extraordinaire est convoquée dans l’urgence pour éteindre l’incendie diplomatique causé par l'Escalade. C’est au cours de cette session qu’est élaboré un compromis qui apaise pour un temps la crise entre la Pologne et la Liutanie. Cette décision ne  constituera qu’un répit de courte durée car en 1935, au moment de la mort de Pilsudski, le contentieux entre les deux nations sera toujours aussi aigu.

Claude Bonard

 

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17/11/2017

Jean Sobieski “sauveur de la civilisation occidentale” ou l'histoire instrumentalisée

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Jean Sobieski fut ce noble polonais, fin lettré qui étudia la philosophie à l'université jagellone de Cracovie mais qui se sentait plus à l'aise sur les champs de bataille que dans les auditoires. Jean Sobieski fut   roi de Pologne de 1674 à 1696. C'est sa victoire du 12 septembre 1683 contre l'armée turque sur les hauteurs du Kahlenberg près de Vienne qui va le faire passer à la postérité. Sobieski y commande les 80'000 hommes de la coalition formée par l'armée impériale de Charles V de Lorraine et l'armée polonaise. Le siège de Vienne par les 130'000 Ottomans de Kara Mustafa rend alors la situation critique pour la capitale de l'Empire et l'empereur Léopold 1er s'est mis en lieu sûr. La vista tactique de Sobieski va faire merveille. La charge des imposants hussards ailés polonais va mettre les Turcs en déroute. Les cavaliers de Sobieski emportent tout sur leur passage. C'est “une belle cacade” pour les Ottomans qui abandonnent la partie et se replient. Cette victoire connaît un grand retentissement en Europe et Sobieski va être pour les princes chrétiens et toute la papauté   le “sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale”. Très francophile, Jean Sobieski avait épousé en 1656 une princesse de Nevers, veuve du prince Zamoyski, la charmante Marie Casimire Louise de la Grange d'Arquien à laquelle il voua une admiration sans bornes. Marie Casimire Louise était dévote et farouchement opposée à toute tolérance religieuse en Pologne. Mais pourquoi vous parler aujourd'hui de cette histoire ? Tout simplement par ce que dans la Pologne d'aujourd'hui, et plus particulièrement au sein des milieux ultra-nationalistes et d'extrême droite, on instrumentalise la figure de Jean Sobieski. Le valeureux roi  fait désormais figure de modèle à suivre, 334 ans après sa victoire de Vienne en tant que “sauveur de la civilisation occidentale” face aux “hordes musulmanes” désireuses d'envahir l'Europe chrétienne. Le rappel de la victoire de Vienne contre les Ottomans en 1683 figura sur plusieurs calicots brandis par des groupuscules peu recommandables lors de la marche de l'indépendance du 11 novembre dernier à Varsovie et les T-shirts noirs à l'effigie de Jean Sobieski sont très tendance en ce moment. Dans leur tombe, le bon roi Jean et sa charmante épouse française princesse de la Grange d'Arquien auraient une autre raison de se lamenter en constatant aussi que jamais les relations entre la Pologne et la France n'ont été aussi tendues et dégradées qu'en ce moment, alors que depuis le temps d'Henri de Valois roi de Pologne devenu Henri III roi de France en 1574, la France a toujours été la meilleure et plus fidèle alliée de la Pologne. Mais ça c'est une autre histoire.

Claude Bonard

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