17/12/2017

Démocratie, moi j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange....

Chacun de nous se souvient de la tirade de Louis Jouvet dans le film Drôle de Drame de Marcel Carné sur des dialogues de Jacques Prévert :

Oui, vous regardez votre couteau et vous dîtes bizarre,bizarre. Alors je croyais que ...
- Moi, j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais je dit bizarre, bizarre ?

Je vous propose de remplacer le mot couteau par celui de démocratie. Moi qui croyais naïvement que Le terme démocratie  désigne un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir, je suis de plus en plus perplexe car à y regarder de plus près, la démocratie, c'est un peu comme le catalogue de La Redoute ou des 3 Suisses. Chacun peut faire son choix  entre la démocratie directe, la semi-directe, la libérale, la représentative ou même la sinistre démocratie populaire. On peut y ajouter aujourd'hui des modèles très en vogue entre Danube et Baltique qui ont pour nom démocratie autoritaire, démocratie illibérale et nec plus ultra dont j'ai entendu parler il y a quelques jours à la radio – accrochez vos ceintures - la démocratie nationale (iste), patriote et catholique. Autour de moi, je suis stupéfait d'entendre dire que cette démocratie nationaliste et catholique ne signifie pas un rejet des valeurs démocratiques mais seulement un juste retour du politique pour corriger les excès du libéralisme ! "Pan sur le bec ! dirait le Canard Enchaîné....

Bref, l' embarras du choix. On est loin de ce qu'écrivait notre compatriote Jean-Jacques Rousseau  dans le Contrat Social. Lui pour qui le système devait s'articuler autour d'une idée simple : chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, la notion de souveraineté du peuple devant être indissociable de celle d’un système politique qui soit au service de l’intérêt général. Pris de vertige et n'arrivant plus à m'y retrouver, j'ai été surfer sur la toile. Selon le site internet www.la-democratie.fr plusieurs définitions sont données. L'écrivain et officier français Georges Buis estime que la démocratie,  “c'est avant tout le libre choix des gouvernants par la totalité des citoyens. » Pour l'écrivain Philippe Sollers, «  la démocratie, c'est d'abord la parole.  » et pour le politologue et économiste autrichien Joseph Schumpeter, «  (C'est) plusieurs partis ( qui) rivalisent pour le pouvoir tout en maintenant les droits des individus.  » N'en jetez plus.... entre Baltique et Danube, j'ai plutôt l'impression que la définition de la démocratie, c'est celle d'un parti qui, ayant démocratiquement pris le pouvoir, entend tisser sa toile en modelant les institutions à sa guise afin de “canaliser” les droits des citoyens. Ce modèle « démocratique » repose sur des fondamentaux qui se déclinent ainsi : promotion appuyée du rôle social de la famille, mise en place de mesures sociales intéressées destinées aux oubliés de la croissance et aux région périphériques, ingérence calculée  et souhaitée de l'église catholique dans le champ du politique, glorification outrancière d'un passé tragique mâtiné d'un révisionnisme historique éhonté, mise à l'index des élites assimilée à des castes perverties "ayant profité  du peuple", mépris  sarcastique envers tous ceux qui ne partagent pas les vues du pouvoir, pressions insidieuses sur les médias d'opposition, bienveillance à l'égard des mouvements nationalistes, rejet de "l'autre" d'où qu'il vienne, euroscepticisme érigé en doctrine, l'UE étant considérée comme un organe  néo-colonialiste, qu'il s'agisse de Bruxelles ou de Strasbourg, mais tout en souhaitant obtenir un maximum de fonds européens. Cherchez l'erreur...  Tout ça me fait penser à ces lignes de Rousseau  : « Le peuple (…) pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l‘élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde ».

Democratie.jpeg- Moi, j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais je dit bizarre, bizarre ?

Claude Bonard








« «  Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement. Sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien.  »

 

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement. Sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien.  »

 

JEAN-JACQUES ROUSSEAU



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