20/12/2017

Décembre 1813, Genève aux prises avec les « Estomacs d'Autriche »

Dans son ouvrage publié en 1911 intitulé « 1814 - roman historique genevois » Théodore Aubert nous brosse le portrait savoureux de madame Rosine, l'épouse de Narcisse, le tenancier de l'hôtellerie du Lion d'Or à Nyon dont le désespoir est perceptible après le passage de la soldatesque autrichienne en marche sur Genève  : « Ces affamés, ces assoiffés payaient avec de jurons, accaparaient tout ce qui pouvait être englouti et saccageaient la salle à boire en poussant des hurlements incompréhensibles. Ces soudards m'ont ruinée ! glapissait-elle après le départ des soudards ! » Un autre auteur genevois, Louis Dumur, à la plume facétieuse publia un roman en 1913 sous forme d'un feuilleton au titre évocateur “Un estomac d'Autriche” qui évoque aussi Genève au moment de l'arrivée des régiments “libérateurs” du comte Ferdinand von Bubna et Littitz. Un ouvrage judicieusement réédité chez Infolio en 2014.

Avec l'arrivée des Autrichiens, d'énormes quantités de vivres, de boissons et de fourrages sont réquisitionnés jour après jour pour ravitailler les hommes et les chevaux. Un casse-tête pour la population genevoise. Les gens de Piogre effarés affublèrent les Autrichiens du sobriquet d' “Estomacs d'Autriche” . Et il y avait de quoi lorsque l'on découvre la liste des troupes ayant passé par Genève et qui y ont pris leurs quartiers. Des milliers de bouches à nourrir alors que la situation du ravitaillement laissait à désirer  : Du 30 décembre au 30 janvier 1814, les régiments Reuss Greitz, Bohême, Wenzel Kaunitz, Silésie, Vogelsang, Bohême, Wenzel Colloredo, Moravie, Albert Gyulay, Bohême. Du 1er février 1814 au 27 mars 1814, les régiments Archiduc Charles, Autriche inférieure, Hohenlohe - Bartenstein, Carinthie, Chasteler, Autriche inférieure, Bianchi, Galicie. Du 28 mars au 31 décembre 1814 : les régiments Kaiser Franz, Moravie, Zach, Bohême, Freihlich, Bohême, Prince de Ligne, Wallonie, Simbschen, Autriche inférieure, Josef Colloredo, Bohême. Enfin, du 1er janvier 1815 au 30 juin 1815, les régiments régiments Archiduc Ludwig, Moravie, Lusignan, Moravie.

Excusez du peu ! On comprend mieux pourquoi c'est avec un soulagement non dissimulé que Madame Rosine à Nyon et les Genevois  ont vu partir ces encombrants “Estomacs d'Autriche”  après dix-huit longs mois d'une présence encombrante.

Claude Bonard

Source : David Foldi in : Le Brécaillon, Bulletin de l'Association du Musée Militaire Genevois, No 9, février 1988, pp. 34-40.

Illustration : le bivouac des Autrichiens à la place de la Fusterie par Edouard Elzingre

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15:57 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

L`Autriche a-t-elle oublié de payer son ardoise ou il n`en fut meme pas question?

Écrit par : JJ | 20/12/2017

Réponse à JJ : A ma connaissance, l'Autriche n'a rien payé. En revanche, ayant rendu à Genève en décembre 1814 grâce à l'énergie déployée par le lieutenant genevois Joseph Pinon les canons qu'ils avaient pris en à l'arsenal de Genève en février 1814, les Autrichiens jouèrent les grands seigneurs. Metternich offrira en sus aux Genevois 3'000 fusils, charge à eux d'aller les chercher à à Milan. Et si l'on compte tous les canons rendus, l'historien Jean-Jacques Langendorf nous dit que les Autrichiens ont rendu plus de canons qu'ils n'en avaient pris ! Une manière de payer leur dette peut-être !

Écrit par : Bonard | 20/12/2017

Considérant le nombre de pétoires petites et grandes que les armées autrichiennes ont pu ramasser a gauche et a droite au crépuscule de l`empire napoléonien, ce fut une maniere habilement économique de payer leur dette et Madame Rosine en fut donc pour ses frais mais elle put se consoler en se disant que son garde-manger contribua a sauvegarder les bonnes relations diplomatiques avec l`Autriche et, a ce titre, ces descendants mériteraient peut-etre meme une lettre de remerciements officielle.

Écrit par : JJ | 20/12/2017

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