25/12/2017

La Restauration genevoise vue de Paris par le Journal de l'Empire

Alors que les Genevois avaient l'impression d'être le centre du monde en vivant les péripéties de la restauration de la République, cet événement n'en est qu'un parmi d'autres si l'on feuillette l'édition du vendredi 7 janvier 1814 du Journal de l'Empire à Paris. Au fil des rubriques, en Italie, on rapporte de Vérone que le front est calme depuis l'attaque des Autrichiens à Castagnaro. A Colmar, les cosaques ont pillé Saint-Amarin. On lit que le prince de Schwarzenberg est arrivé à Bâle. A Chambéry, le journal rapporte que “M. le comte Dessaix, général de division, est arrivé ici au moment où les nouvelles qui nous venoient de Genève nous causoient de vives alarmes”. A la rubrique Variétés, le journal annonce au  Théâtre Français la première représentation de “Fouquet”, comédie en cinq actes et au Théâtre de l'Impératrice, on joue “Les Amans de Philadelphie”. Pourtant, à y regarder de plus près, les nouvelles rapportées par le Journal de l'Empire sont annonciatrices de lendemains qui déchantent. De quoi inquiéter le lecteur parisien et les financiers puisque le cours de la bourse n'est pas mirifique.C'est sous la rubrique Paris... et non pas Genève, que l'on découvre une dépêche du 6 janvier qui relate les événements de Genève : “Une avant-garde de 3000 hommes sous les ordres du général Bubna, s'est présentée devant la ville de Genève le 30 décembre. La garde nationale armée avoit été requise par le prefet, et formoit 1800 hommes. Le général Jordy, qui commandoit la place, l'avoit fait mettre en etat de defense ; il avoit 14 pièces de canon. La garnison etoit de 1500 hommes : 1800 hommes partis de Grenoble, arrivaient pour la renforcer ; ce qui suffisoit pour que la ville fut à l'abri d'un coup de main. Par une sorte de fatalite, le général Jordy a été frappé d'une attaque d'apoplexie le matin du jour où l'ennemi a paru. L'officier qui commandait sous lui s'est laissé persuader par la bourgeoisie, et la garnison a quitté la ville. Le préfet l'avoit abandonnée, de sorte que, depuis trois jours, la bourgeoisie s'est constituée, et avoit pris l'autorité. La garnison étant sortie, les bourgeois ont ouvert les portes. Si le préfet avait fait son devoir, s'il n'avoit pas quitté Genève, s'il eut été assuré des sentimens qui règlent la conduite des préfets du Mont-Blanc et du Doubs, cette importante place auroit été en sûreté. Les préfets ne sont pas de simples intendans de finances, ils ont la Haute police. Quant le chef-lieu de leur departement est une place forte, ils devoient y organiser les moyens de résistance que peut offrir le zèle des habitans, et les faire concourir à la défense. (…) S.M. a rendu, le 4 janvier, le décret suivant : NAPOLEON, Par la Grâce de Dieu et les Constitutions, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, Considérant que le préfet du Léman a quitté la ville de Genève plusieurs jours avant que les avant postes ennemis se présentassent aux portes : Que le préfet n'a pris aucune mesure pour requérir et animer la garde nationale (…) Que, premier magistrat du département, il devait sortir le dernier (…) Que cet oubli à ses devoirs a été la cause que la garnison, ne se sentant pas secondée par les gardes nationales, se voyant abandonnée par les magistrats, a évacué la place(,,,), Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Art 1er Le baron Capelle, préfet du département du Léman est suspendu. Art. 2 Il sera traduit pardevant une commission d'enquête. Art.3. Notre ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret. Signé NAPOLEON. Par l'Empereur, Le ministre secrétaire d'Etat, Signé le duc de Bassano”.

Rassurez-vous ! L'infortuné préfet du Léman, le baron Guillaume-Antoine-Benoît Capelle ne sera pas inquiété bien longtemps car la chute de Napoléon mettra fin à ses ennuis. Sous Louis XVIII, il acceptera la préfecture de l'Ain. Il sera même promu Conseiller d'Etat de 1816 à 1828 avant de devenir ministre des travaux publics dans le gouvernement Polignac. Pourtant, nouveau coup du sort, la révolution de Juillet 1830 l'obligera à se réfugier à l'étranger. Il reviendra pourtant en France et décédera à Montpellier le 25 octobre 1843.

** orthographe telle que figurant dans le journal

Claude Bonard20171225_115642.jpg

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Commentaires

La bourgeoisie de Geneve n`avait guere envie d`irriter la grande coalition anti-Napoléonienne en tentant de résister (probablement en vain) a l`armée de Bubna alors que l`ere Napoléonienne était manifestement en train de tourner de l`oeil. Les Genevois ont toujours fait des choix tres sensés quand le temps était a l`orage et c`est admirable.

Écrit par : JJ | 25/12/2017

En effet, le temps était à l'orage, c'est le moins qu'on puisse dire....

Écrit par : Bonard | 25/12/2017

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