29/12/2017

Schwarzenberg, Prokesh et l'Aiglon

Lorsque le lieutenant genevois Joseph Pinon se lance à la recherche des canons genevois réquisitionnés par les Autrichiens le 3 février 1814, il finit par arriver à Vienne où il obtient en juillet deux audiences auprès du prince de Schwarzenberg. Pinon fait comprendre au prince que l'Autriche doit rendre ses canons à Genève. Comme nous l'apprend l'article consacré à Schwarzenberg dans le Dictionnaire Historique de la Suisse : “ Le 21 décembre 1813, son armée franchit le Rhin entre Bâle et Schaffhouse, encerclant la défense française du Rhin à partir du territoire suisse. Les troupes fédérales commandées par Niklaus Rudolf von Wattenwyl se replièrent au-delà de l'Aar. En agissant comme il le fit, Schwarzenberg passait outre à la déclaration de neutralité de la Diète extraordinaire de novembre 1813. Il considérait la Suisse comme vassale de la France et non comme un Etat souverain”. Le comte Ferdinand De Bubna et Littitz  qui arrive devant Genève avec ses troupes le 30 décembre 1813 est l'un de ses subordonnés.

A propos de Schwarzenberg, j'ai retrouvé  cette hagiographie écrite par le jeune “Oberlieutenant im kais. Östreich. Generalstabe.” Anton comte de Prokesch-Osten, né le 10 décembre 1795 à Graz et mort le 26 octobre 1876 à Vienne.  Ironie de l'histoire, Prokesch est connu  non comme écrivain, mais pour avoir été le seul ami et confident du fils de Napoléon 1er, roi de Rome à sa naissance, résidant  après la défaite de son père, loin de la France une une cage dorée à Vienne en portant le titre de duc de Reichstadt. Le romancier Edmond Rostand a immortalisé la figure de Prokesh dans son roman L'Aiglon :

Schwarzenberg.jpgPROKESCH Vous souffrez ? LE DUC Jusqu'aux moelles !... Mais ça s'en va quand je galope ! Et les étoiles Scintillent comme des mollettes d'éperons, Et voici les chevaux ! et nous galoperons ! Prokesch! Embrassons-nous ! PROKESCH L'émotion m'étrangle... LE DUC Mon frère... mon ami... PROKESCH Monseigneur.

Claude Bonard

Sources : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F41519.php
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k405679v/f6.image

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28/12/2017

Genève le 31 décembre 1813 et 1er janvier 1814 , ce n'était pas la joie !

En 1869, un témoin oculaire des événements de la Restauration genevoise,  Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy a écrit un ouvrage sur un ton alerte et plein d'humour publié chez Georg à Genève dans lequel il raconte notamment ses souvenirs des jours au cours desquels Genève a recouvré son indépendance après quinze ans d'occupation française. C'est une narration très vivante des événements du 1er janvier et non 31 décembre au matin contrairement à la croyance générale, vu que l'Autrichien Bubna avait voulu voir le projet de proclamation du Conseil d'Etat provisoire ( ainsi le nomme Pictet de Sergy) et avait exigé plusieurs modifications. Dans l'état d'improvisation et de fébrilité du moment, les rédacteurs genevois oublièrent de changer la date du texte, qui resta celle du 31 décembre alors que le manifeste sera porté à la connaissance de la population le 1er janvier 1814 au matin. Je vous propose de découvrir la narration de cet épisode par Pictet de Sergy :

 Vers midi – toutes les mesures nécessaires ayant été prises dans le plus grand secret,- une vingtaine d'hommes en habits noirs, précédés de quelques huissiers et escortés de deux pelotons de la garde nationale, sortent sans bruit de l'Hôtel-de-Ville et s'avancent sur la petite place qui en entoure l'angle. Cette place, fort obstruée alors par le large bassin de fontaine qui en a disparu depuis peu, est en ouvre encombrée, au moment dont nous parlons, par une foule bigarrée et confuse qui assiège les abords de l'Hôtel de ville.(...) Le groupe des hommes vêtus de noir n'est remarqué des arrivants préoccupés que comme une entrave à la circulation. Ceux-ci n'écoutent point ses paroles et s'ils les entendent, ils ne les comprennent pas. Du sein de la foulée parviennent même jusqu'aux Magistrats qui s'avancent des témoignages de méfiance et presque d'improbation. - “Que signifie cette démarche inattendue ?” demandent quelques-uns. - “C'est trop tôt,- Napoléon est encore là, à deux pas....N'y a-t-il pas une inconcevable imprudence... ? N'aurait-on pas mieux fait de consulter la population, que l'on compromet ainsi tout entière ?” (…) affrontant à la fois, sur cette place de l'Hôtel de ville, les sarcasmes de leurs amis et la vengeance de leur ancien maître- le ridicule et le martyre, - les champions de Genève renaissante s'arrêtent, se groupent, et donnent à haute voix lecture d'une proclamation...séditieuse ! (…) Bientôt la colonne est au bas de la Cité – A Bel-Air, elle s'arrête. On lit de nouveau (…) A Rive, - au Bourg de Four. La sympathie va toujours croissant. Dans sa dernière étape, enfin, qui le ramène à l'Hôtel de Ville, l'enthousiasme est à son comble, la population enivrée suit tout entière les pas de l'humble groupe. La cause de l'indépendance est à jamais gagnée.”

Et le narrateur de conclure son propos par cette phrase magnifique : “Au ridicule dont menaçait le départ, a succédé le sublime du retour ! Genève est ressuscitée !” A la lecture de ce texte on voit que les Genevois étaient plutôt inquiets nerveux et pessimistes en voyant agir les nouveaux “Magnifiques et Très Honorés Seigneurs Syndics et Conseils Provisoires” en perruques poudrées L'ambiance était, du moins au début, tout sauf festive !

Pour les curieux, le “large bassin de fontaine” dont parle Pictet de Sergy se trouvait alors à l'angle de la rue de l'Hôtel de Ville actuelle et de la rue Henri Fazy, là où le Père Glôzu régale ses clients en terrasse chaque été ! La fontaine a été déplacée en 1852 à la Place du Port où elle se trouve toujours. Le bassin initial a alors été modifié.

Restauration Proclamation.jpgClaude Bonard

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27/12/2017

Savez-vous quelle est l'origine de la commémoration de la Restauration genevoise ?

Il faut remonter à 1883 pour voir  les officiers genevois rejoindre les étudiants de la Société de Zofingue afin de commémorer  la Restauration sous l'impulsion d'un comité présidé par M. Gustave Pictet. Depuis 1887, c’est la Société Militaire du Canton de Genève qui organise la belle cérémonie qui se déroule  chaque  30 décembre au soir à 17h00 devant la Tour Baudet. Le 30 décembre 1863, à l’occasion du 50e anniversaire de la Restauration de la république, une plaque commémorative avait été scellée dans le mur de la Tour Baudet. A partir de  1934, un orateur est invité à s’exprimer publiquement, en présence des corps constitués. Dès 1969, la participation de la Compagnie des Vieux-Grenadiers et de sa musique de marche donne un lustre tout particulier à la manifestation à l’issue de laquelle la population est invitée à partager un verre de vin chaud servi sur la promenade de la Treille avec les hôtes de la Société Militaire. Les invités se retrouvent ensuite au local de la Société Militaire dans une ambiance festive et patriotique.

A partir de 2007, le Conseil d’Etat  innove et invite la population genevoise à s'associer le 31 décembre au matin à la commémoration officielle de la Restauration au pied de la Tour Baudet. A 08h00 ont lieu les traditionnels tirs de salves exécutés par la Société d'artillerie de Genève sur la Promenade de la Treille, à Saint-Antoine et à la Rotonde des Pâquis. Ces tirs sont suivis chaque année par un public nombreux toutes générations confondues. C'est un beau moment de convivialité où l'on échange des voeux à l'occasion de la nouvelle année alors qu'une aubade est donnée par  la Landwehr, Harmonie officielle de l'Etat de Genève. Puis, à l'issue d'une cérémonie officielle sobre et bien ordonnée au cours de laquelle le Président du Conseil d'Etat rappelle les événements de 1813 et présente ses voeux, une collation est offerte à la population sous l'ancien arsenal. Plus tard, les autorités et la population se rendent en cortège à la cathédrale Saint-Pierre pour le traditionnel culte de la Restauration.

Claude Bonard


Restauration 2013 Vautravers.jpgSource : Notice historique sur la Société Militaire du Canton de Genève, Genève, Société militaire du Canton de Genève, 1975.

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