17/01/2018

Un triste et étonnant spectacle le 20 janvier 1941 à la gare de Satigny

Le 19 juin 1940 le 45e Corps d'Armée français  demandait à se faire interner en Suisse après avoir affronté les Allemands au cours de violents combats dans un périmètre allant de Belfort à la frontière suisse. Parmi les troupes internées figurait le 7e Régiment de Spahis Algériens. Après s'être regroupés à Montfaucon, les Spahis  prendront leurs quartiers dans le Seeland et dans les régions d'Estavayer et de d'Yvonand.  Le 20 janvier 1941, ils quittent la Suisse pour rejoindre la zone libre française via Veyrier. 525 hommes et 311 chevaux sont acheminés au moyen de deux trains jusqu'à la gare de Satigny. A leur arrivée, plusieurs officiels et officiers suisses les accueillent et gèrent cette situation exceptionnelle. Mon père, le premier-lieutenant Robert Bonard, était de la partie. Il m'a laissé un témoignage dont je vous livre quelques extraits aujourd'hui :

Par un matin de janvier 1941 sombre et gris, je me trouvais sur le quai de débarquement d'une gare du Mandement genevois. Il avait neigé les jours précédents et l'on pataugeait dans les flaques de neige fondante. Sur ce quai de gare et aux alentours du bâtiment lui-même régnait une activité inhabituelle pour cette petite bourgade bien tranquille et bien assise dans son vignoble. C'était là en effet la dernière halte sur territoire suisse d'un train duquel descendirent les Spahis internés du 45e corps français du général Daille. Sur le quai, un va-et-vient incessant de groupes de spahis tenant leurs chevaux par le licol, les menant à l'abreuvoir ou en revenant ; je crois me souvenir que le long du quai il y avait un camion avec du fourrage. Les Spahis allaient et venaient, s'occupant davantage de leurs bêtes que d'eux-mêmes. En les regardant, en examinant leur visage, leur allure, leur habillement, des d'images remontaient du fond de ma mémoire.(…) Mais en ce jour de janvier 1941, que reste-t-il de leur panache ? Des hommes transis, vêtus d'une capote kaki, de pantalons bouffants, portant en bandoulière une besace à la couleur délavée mais arborant toujours le chèche. Au milieu de tout ce mouvement, arpentant le quai, je remarque un groupe d'officiers et de civils, Français et Suisses. Parmi ceux-ci, le général Daille, commandant du 45ème C.A. Français. Il m'a laissé une impression de calme dignité. Grand, mince, il avait un visage d'ascète me faisant penser à celui d'un autre officier, écrivain celui-là, André Maurois. Son regard était empreint d'austérité et ce jour-là également de tristesse. (...) Les hommes et les chevaux sont maintenant tous débarqués. Le ciel est toujours gris et bas, il pleut et il règne une atmosphère de regrets et de tristesse. Que sont-ils devenus aujourd'hui, ces hommes au regard alors lourd et triste mais toujours fier ?...”

Les Spahis prendront la route à pied, chevaux à la main, pour rallier Veyrier en passant par Lancy, Plan-les-Ouates, le Bachet- de-Pesay, Drize et Troinex. A Veyrier, ils franchiront la frontière en présence des autorités suisses et genevoises.

Claude Bonard

Spahis Daille.jpgPhoto Plt Robert Bonard

Pour en savoir davantage, lire mon blog du 18 juin 2017 : http://claudebonard.blog.tdg.ch/archive/2017/06/18/il-y-a-77-ans-le-19-juin-1940-les-spahis-algeriens-et-les-so-284719.html#.WUaBRvrOOHA.google_plusone_share

14:04 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.