24/01/2018

Pologne - un réveil tardif mais bienvenu face à à la montée des idéologies totalitaires

Il y a quelques jours, le magazine « Superwizjer », de l'excellente chaîne privée polonaise TVN diffusait un reportage filmé en caméra cachée montrant un groupe important de néo-nazis polonais vêtus d'uniformes SS et de la Wehrmacht, célébrant au cœur d'une forêt de Silésie décorée d'oriflammes nazis, une grand-messe, avec force « Sieg Heil, » croix gammées, fumigènes et chants glorifiant le Führer. L'onde de choc produite par ce reportage se propage aujourd'hui jusqu'au cœur des institutions où les autorités semblent enfin prendre conscience du danger. Ce n'est pas trop tôt car depuis deux ans environ alors que les signes annonciateurs d'une montée en puissance des groupes d'extrême-droite se sont multipliés, les pouvoirs publics ont fermé les yeux et tenus des propos lénifiants en parlant de « marginaux »  et de "non événements" à chaque fois qu'ils étaient interrogés sur le sujet. Cette attitude de déni semblait être la règle  dans un pays pourtant marqué par une histoire tragique et au sein duquel les jeunes générations confondent de ce fait souvent patriotisme avec nationalisme. Les édiles semblaient frappés de cette sorte de cécité se caractérisant par le fait d'être dépourvus d'une  acuité visuelle suffisante pour distinguer ne serait-ce  que des ombres. Or ces ombres sont bel et bien visibles. Elles ont pour nom "Camp national-radical (ONR)", "Jeunesse de la Grande Pologne" ou "Mouvement National"  pour ne citer que ces quelques  factions. Leur point commun est qu'elles  se fédèrent autour d'un discours visant un ennemi intérieur — les migrants, les Juifs, les tenants de la démocratie libérale, les élites forcément corrompues, et aussi d'un ennemi extérieur - la Russie, l'Islam, l'Union Européenne, les étrangers etc. Le 11 novembre 2017, suite à la « Marche de l'indépendance », au cours d'un interview télévisé, le leader de la droite extrême de la ville de Poznan traitait ouvertement l'épouse du Président de la république de « Juive », ce qui provoqua on s'en doute, une réaction immédiate et appropriée du chef de l'Etat. Plus récemment, encore, alors que le parlement européen  exprimait une nouvelle fois sa préoccupation s'agissant du respect de l'Etat de droit en Pologne, six parlementaires  issus  de de la Plateforme civique (PO, centriste, opposition) qui firent part de leurs craintes, furent pendus en effigie  lors d'une manifestation organisée par le Camp national-radical dans une grande ville du pays avec une réaction plutôt modeste de la part de la police et des autorités. Grâce aux réactions provoquées par la diffusion du magazine  de TVN « Superwizjer », les pouvoirs publics du pays sortent enfin de la torpeur dont ils étaient frappés. A la léthargie succède désormais une détermination  de bon aloi. Vraisemblablement, l'Etat s'apprête à « délégaliser » le Camp national-radical (ONR), à la grande satisfaction des démocrates qui sont nombreux dans le pays quoi que l'on puisse en penser vu de l'extérieur. En revanche, et c'est nettement plus préoccupant, un sondage réalisé hier pour le compte de TVN indique que 38% de jeunes Polonais seraient opposés à cette interdiction. Reste à savoir qui sont ces « jeunes Polonais » et quelle est la tranche d'âge concernée. On ne peut dès lors que saluer les déclarations publiques dénuées de toute ambiguïté du Président de la République, M. Andrzej Duda, et du Premier ministre M. Mateusz Morawiecki qui tous deux viennent publiquement de réaffirmer que le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme et le culte des idéologies totalitaires n'ont pas leur place en Pologne. Un bon point même si la route semble encore longue jusqu'au réveil de toutes les consciences. Il serait bon que la jeunesse de Pologne notamment, s'approprie cette citation de Charles de Gaulle si populaire en Pologne depuis 1919 : « le patriotisme, c'est aimer son pays, le nationalisme, c'est détester celui des autres. »

Claude BonardAigle blog.jpg



14:50 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"néo-nazis polonais vêtus d'uniformes SS et de la Wehrmacht"

Comme si la Pologne n'avait pas déjà fait l'expérience du vrai nazisme, et des vrais nazis. Si l'on avait dit à Hans Frank que cela se produirait un jour, il aurait éclaté de rire...

Écrit par : Leszko | 24/01/2018

Les commentaires sont fermés.