17/02/2018

17 février 1772, premier partage de la Pologne

Aujourd'hui, une partie importante de l'opinion publique polonaise se caractérise par un nationalisme sourcilleux qui plonge ses racines dans l'histoire nationale. Au nombre des événements douloureux qui ont façonné l'histoire de la Pologne figure ce que les historiens nomment "le premier partage". Pour mieux comprendre la situation, rembobinons le film des événements. Tout commence  en 1764. A Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski succède au roi à Auguste III sur le trône de Pologne. Sous son règne, le rayonnement culturel et artistique du pays se caractérise par un essor remarquable. En revanche, ce jeune roi qui avait été l’amant de la Grande Catherine devient l’otage du parti pro-russe, ce qui provoque en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise opposée à la Russie réunie en Confédération. Cette insurrection prend le nom de Confédération de Bar, localité située aujourd’hui en Ukraine. La Confédération est écrasée militairement en 1772 suite à l'intervention musclée de l'armée russe. Le 17 février 1772, la Russie, la Prusse et l'Autriche procèdent au premier partage du territoire polonais. Un dépeçage inique qui ampute le royaume du tiers de son territoire et qui ébranle certaines  chancelleries européennes dont la France. C’est pour la Pologne le début d’une lente descente aux enfers qui se traduira par d'autres démembrements en 1793 et 1795 au profit de ces mêmes puissances. Une situation qui conduira purement et simplement à la disparition de l’Etat polonais, rayé de la carte politique du monde. Il faudra attendre 123 ans pour voir la Pologne réapparaître en tant qu'Etat souverain le 11 novembre 1918. Aujourd'hui encore, au même titre que les affres de la Seconde Guerre mondiale et celles de la période communiste qui suivit, les cicatrices laissées par ce drame géopolitique dans la mémoire collective des Polonais  sont mal refermées et permettent d'expliquer – sans les justifier - certaines postures idéologiques et certains ressentiments envers les pays voisins  qui étonnent tant les observateurs politiques étrangers en ce moment.

 partage-1.jpgClaude Bonard

12:59 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

C`est ce qui explique aussi la confiance traditionnelle envers les USA qui n`ont pas pris part au démembrement de la Pologne. Et puisque l`intéret des USA est une Europe faible, la Pologne est en ce moment au premier rang des "quatre de Visegrad" pour mettre des batons dans les roues de l`UE chaque fois que c`est possible. D`ou la situation assez cocasse d`une Pologne grande alliée de la Hongrie contre l`unité de l`UE derriere les leaders allemand et francais, alors meme que la Hongrie est en ce moment le grand allié européen de la Russie. L`homme de la rue en Pologne n`est-il pas un peu perturbé par tous ces mic-macs?

Écrit par : JJ | 17/02/2018

Réponse à JJ. Votre analyse se tient tout à fait. Donald Trump a fait un tabac à Varsovie au début de l'été 2017. Qui plus est, si l'on remonte dans le temps, l'insurrection de Kościuszko de 1794, soulèvement qui avait pour but de libérer la République des Deux Nations (Pologne et Lituanie) de l'occupation russe après le deuxième partage de 1793 est connue aux USA. Aux States en effet, Kosciuszko est un héros national américain depuis ses combats aux côtés de Georges Washington. S'agissant de l'homme de la rue, les opinions sont aujourd'hui partagées. Les gens de condition plutôt modeste, les gens des régions périphériques et des campagnes, les "oubliés de la croissance" souvent très catholiques, patriotes et conservateurs suivent la politique menée actuellement par les autorités les yeux fermés. En revanche, les classes sociales plus favorisées, les gens au bénéfice d'un niveau de formation supérieur et ceux vivant en milieu urbain ne se retrouvent pas forcément dans le modèle politique actuel. Cerise sur le gâteau, 50% du corps électoral n'a pas voté lors des élections de 2015. Qu'en serait-il aujourd'hui, mystère. Et s'agissant de la Hongrie, Viktor Orban a tout compris et joue sur les deux tableaux contrairement à son homologue polonais. Claude Bonard

Écrit par : Bonard | 17/02/2018

Orban peut en principe se permettre de jouer sur les deux tableaux car le Hongrois moyen n`est pas aussi hostile a la Russie que le Polonais moyen. Cela dit, lorsque les Démocrates seront de retour a la Maison Blanche, il ne sera plus possible pour un pays d`Europe Centrale de faire les yeux doux a la fois aux USA et a la Russie, ce qui provoquera probablement l`écroulement du régime Orban. La Pologne, elle, en restant cohérente dans son anti-russianisme et son pro-américanisme échappera alors aux foudres de Washington et en retirera probablement des bénéfices économiques appréciables.

Écrit par : JJ | 17/02/2018

Réponse à JJ. Je suis assez enclin à suivre votre raisonnement.....

Écrit par : Bonard | 17/02/2018

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