05/04/2018

La haine politique au pays de Frédéric Chopin

La RTS a consacré tout récemment plusieurs sujets à la Pologne. Dans le prolongement de ces émissions et en tant qu'observateur régulier de la vie politique polonaise, je voudrais mettre en évidence l'un des effets pervers découlant du processus ayant conduit depuis 2015 à l'établissement d'une « démocratie illibérale » dans le pays de Chopin et de Marie Marie Skłodowska-Curie, à savoir la haine politique. L'idée de traiter ce sujet m'est venue le 10 mars dernier alors que je participais par un temps maussade au Chapitre de printemps de l'Académie du Cep à Peissy. Quel lien y-a-t-il me direz-vous entre la célébration de la vigne et des vins du terroir genevois et la haine en politique sur les bords de la Vistule  ? Eh bien je vais vous le dire. Le spectacle auquel j'ai assisté à Peissy dans une ambiance chaleureuse et conviviale est tout simplement inimaginable en Pologne. Le soleil était dans les coeurs. Voir dix-huit candidats aux élections cantonales, tant pour le Conseil d'Etat que pour le Parlement genevois, issus de tous les courants politiques de la gauche à la droite en passant par le centre, intronisés, voire distingués pour leur talent de dégustateur,   fraternisant dans une ambiance chaleureuse et posant ensemble pour la photo de groupe dans un esprit potache, ayant tous en commun une seule chose en ce samedi pluvieux :  l'amour du vin genevois !  Certes, au cours des semaines qui suivirent, la campagne fut moins joyeuse et se caractérisa par plusieurs rebondissements et aussi par quelques boules puantes. En Pologne, un tel événement est impensable. En effet, la vie politique actuelle  se caractérise dans l'espace public et aussi dans les lieux où se déroule la vie institutionnelle du pays par une dureté inouïe, par une mise à l'index individuelle et collective  par le parti dominant, des élites assimilée à des castes "ayant profité  du peuple", par un mépris  sarcastique envers tous ceux qui ne partagent pas ses vues, par un nationalisme sourcilleux, par un rejet de "l'autre" d'où qu'il vienne. Dans les débats à la radio et à la télévision, les dérapages verbaux sont nombreux, attisant souvent la haine par la vulgarités des propos. Du côté des tenants de la « démocratie illibérale », de tels propos assénés avec une force inouïe sont érigés en système et ça marche, auprès d'un électorat catholique - conservateur  et plutôt nationaliste qui avait, il faut le dire, été laissé sur le bord du chemin par les précédents gouvernements au moment  de la marche vers la croissance à partir de l'indépendance pleinement retrouvée en  1989. Cette haine se retrouve aussi sur les réseaux sociaux. Elle effraie le citoyen suisse que je suis habitué à une vie politique plus sereine. Les clivages sont irrémédiables. Chez nous, la plupart du temps, - pas toujours il est vrai lorsque je pense à un certain verre d'eau - après s'être écharpés verbalement au Grand Conseil ou au Conseil municipal, les députés et conseillers se retrouvent à la buvette ou dans l'un ou l'autre estaminet de la vieille ville. Impensable sur les bords de la Vistule où chacun reste droit dans ses bottes, muré dans ses propres certitudes et protégé par les machicoulis de sa propre forteresse partisane. La chaîne de télévision privée TVN24 diffuse chaque jour un débat télévisé de vingt minutes sur un thème politique d'actualité au cours duquel deux députés ou sénateurs, l'un du parti au pouvoir, l'autre d'un parti d'opposition sont interviewés. Je suis toujours surpris de voir que le plus souvent, ils ne se saluent même pas en début d'émission, ne se regardent pas pendant l'émission et une fois le débat terminé, se lèvent et partent chacun de leur côté, mâchoire serrée sans se saluer ni même échanger ne serait-ce qu'un regard. Je me prends alors à rêver … pourquoi n'existe-t-il pas dans le beau pays de l'aigle blanc, une Académie de la vodka destinée à célébrer les produits du terroir polonais organisant des chapitres conviviaux autour d'une bonne table et réunissant dans un esprit chaleureux et festif des représentants de tous les partis politiques que compte le pays, unis autour d'une seule cause, celle du respect, de la promotion du produit local  et de l'amitié ?... je sais... je rêve.....

Claude Bonard

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Commentaires

Merci pour ce billet très instructif quand à la haine malheureusement elle devient de plus en plus perceptible même envers ceux n'étant pas esclaves des réseaux sociaux
Bonne soirée Monsieur Bonard

Écrit par : lovejoie | 05/04/2018

Avec la possibilité d`émigrer dans l`Union Européenne, les populations capables de pensée critique dans les pays centre-européens aux mains de gouvernements "illibéralement démocratiques" comme la Pologne ou la Hongrie (Ou je vis en ce moment) fichent le camp en Europe de l`Ouest. En conséquence, la proportion des électeurs incapables de pensée critique et donc facilement manipulables ne fait qu`augmenter dans ces pays et le lavage de cerveau a base d`exclusion, peur et haine devient l`instrument privilégié d`une propagande national-populiste. La religion elle-meme en vient a etre utilisée comme instrument de manipulation idéologique. Dans certains pays européens de l`ancien bloc soviétique, on est donc passé d`une autocratie mensongere (le communisme) a une autre autocratie mensongere (la démocratie illibérale) avec, dans les deux cas, l`utilisation intensive de la propagande et du lavage de cerveau. Encore heureux que ce nouveau mensonge idéologique ne puisse déboucher sur le meme totalitarisme que le précédent car, cette fois, les populations prises en otage ont la possibilité de fuir en Europe de l`Ouest et elles ne s`en privent pas.

Écrit par : Jean Jarogh | 06/04/2018

Petit rappel pour tous les politiciens national-populistes, la recette du POUVOIR:

Trouvez un ennemi de la nation bien méchant (la mode en ce moment est a l`Europe, les migrants, l`islam, les "libéraux" et Soros) et plantez une graine de pétoche dans la cervelle de vos électeurs. Secouez et... sitot que la petite graine de peur commence a pousser sous forme de grosse colere contre l`ennemi imaginaire, criez bien fort que, par la grace du Tout-Puissant, vous seul etes capable de mener la nation a la victoire contre ce diabolique ennemi. Pendant tout ce temps, n`oubliez pas de traiter vos adversaires politiques de vendus et de traitres a la nation. Si vous avez bien respecté la recette, un nouveau César est né, a vous le POUVOIR!

Écrit par : Le Pouvoir pour les Nuls | 07/04/2018

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