20/04/2018

Il y a 57 ans - Alger - le putsch des "soldats perdus" des 21 - 22 avril 1961

Les gens de ma génération ont certainement encore en mémoire les événements d'Alger de la nuit du 21 au 22 avril 1961 et des jours qui suivirent. Je me souviens avoir écouté, l'oreille collée au poste de radio sur l'antenne de Sottens et  sur la RTF,  les récits plutôt fragmentaires  et alarmistes qui nous parvenaient d'Alger et de Paris Dans le cadre de mes travaux  historiques du début des années 1970, j'ai été amené à correspondre très brièvement avec quelques acteurs des événements d'Alger du 13 mai 1958 et du putsch des généraux du 21 avril 1961. Des destins d'officiers qui avaient servi leur pays  au cours de la Seconde Guerre mondiale, en Indochine de 1945 à 1954, à Suez en 1956 et en Algérie dès 1957 avec honneur et fidélité. Soudain, pour eux, tout va basculer. Un putsch est déclenché par les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller qui se sentaient trahis  par le général de Gaulle dont la politique visait à leurs yeux  à abandonner l'Algérie française et à sacrifier les Français d'Algérie. L'armée qui croyait tenir sa victoire sur le terrain face aux fellagas du Front de libération nationale ( FLN)  ne voulait pas “se la faire voler” par de Gaulle et  les politiciens de la Métropole.  Peu après le putsch, alors que la panique s'empare  de Paris, Charles de Gaulle calme les esprits dans une allocution télévisée restée fameuse, au cours de laquelle il évoque la tentative avortée de ce  “quarteron de généraux en retraite”. Désormais, c'est le temps des « soldats perdus »  qui va prévaloir pour les quatre généraux et aussi pour  tous les officiers, sous-officiers et soldats qui les ont suivis. Des "soldats perdus", dignes héritiers pour leur malheur, des "enfants perdus" des champs de bataille du Moyen-Âge et des “demi-solde”, du premier Empire mis en non-activité lors de la Restauration, symboles du mécontentement d'une partie de l'armée ne se reconnaissant plus dans le régime. En Algérie, en ce funeste mois d'avril 1961, le glas sonne pour ces militaires qui avaient été embarqués dès 1945 dans un conflit maudit, celui d'Indochine, se battant pour la France  et risquant leur vie et celle de leurs hommes dans  le Haut Pays Méo, les marais du Tonkin  ou les roselières du delta du Mékong dans l'indifférence générale d'une population française qui, en Métropole, n'aspirait qu'à l'insouciance au début des Trente Glorieuses. Des généraux et colonels dont certaines figures marquent les esprits jusqu'à aujourd'hui, certes dans des registres différents, pour ne citer qu' Hélie Denoix de Saint Marc ou Antoine Argoud. Après l'échec du Putsch, le général Raoul Salan prendra  la tête de l'OAS, organisation secrète créée le 11 février 1961 pour la défense de l'Algérie française par tous les moyens, y compris le terrorisme le plus odieux. Terrible passage que celui du camp de l'honneur à celui de l'opprobre. Quant au général Jacques Massu, l'un des libérateurs de Paris en  août 1944 et figure de proue des événements du 13 mai 1958 à Alger, il ne participa pas au putsch des généraux , ayant été rappelé en France en 1960. Quelques années plus tard, il se verra assigner un commandement en Allemagne. C'est lui que le général de Gaulle viendra rencontrer à Baden-Baden alors que les événements de mai 1968 secouaient la France. Dans un contexte plus grave, le nom du général Massu reviendra sur le devant de la scène au tournant des années 2000 à propos du débat sur l'utilisation de la torture par l'armée française en Algérie. Il lui sera reproché d'avoir  couvert ses subordonnés en toute connaissance de cause lors de la “Bataille d'Alger”. A n'en pas douter, les conséquences du putsch des généraux du 21 avril 1961 constituent  des pages tragiques et douloureuses de l'histoire de  l'armée française. Des blessures qui furent  longues à cicatriser.  

Claude Bonard

Illustration : Signature autographe du général Raoul Salan, coll. CB 

 

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Commentaires

Bonsoir Monsieur Bonard,

"Désormais, c'est le temps des « soldats perdus » ... dignes héritiers pour leur malheur, des "enfants perdus" des champs de bataille du Moyen-Âge et des “demi-solde”, ..."

"En Algérie, en ce funeste mois d'avril 1961, le glas sonne pour ces militaires qui avaient été embarqués dès 1945 dans un conflit maudit, celui d'Indochine, ..."


http://www.liberation.fr/planete/2014/03/05/indochine-la-legion-des-inconnus-de-la-wehrmacht_984735

"... En revanche, il est avéré que la présence de combattants allemands a été déterminante en Indochine. Ces derniers ont été très présents parmi les instructeurs et l’encadrement de la Légion, ce qui ne posait guère de problème puisque 70% des légionnaires servant en Indochine étaient germanophones. C’est que les képis blancs ont eu une forte culture germanique dès la création du corps en 1831 : trois des sept bataillons initiaux étaient constitués uniquement d’Allemands. ..."


https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2010-1-page-81.htm


"... Répondant au vœu du commandement, comme un démenti des prévisions pessimistes de certains officiers, la Légion retrouve sa physionomie de l’après Seconde Guerre mondiale avec une proportion élevée d’Allemands, 50 % au plus fort de la guerre d’Algérie ..."

Écrit par : Chuck Jones | 20/04/2018

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