30/05/2018

C'est le 1er juin. Tous au Port Noir !

Le mercredi 1er juin 1814, la population genevoise, dans une joyeuse  effervescence, assiste au débarquement pacifique des contingents de Fribourg et Soleure au Port Noir, lieu situé aujourd'hui sur le territoire de la commune de Cologny. Mis sur pied pour le 24 mai, à Fribourg, à peu près complet le 25, le détachement fribourgeois s'était mis en route le matin du 26 mai. Le lieutenant-colonel Louis Girard avait été désigné par la Diète pour commander l’ensemble de la troupe suisse envoyée à Genève. Le contingent fribourgeois passa la nuit du 26 mai à Payerne, le 27 il était à Moudon, les 28 et 29 à Lausanne, le 30 à Rolle, le 31 à Nyon. Le 1er juin, à Genève, au Port Noir, la liesse est totale, sauf pour les autorités genevoises qui ont le sourire un peu crispé et qui font contre mauvaise fortune bon cœur. En effet, les Magnifiques et Très honorés Seigneurs Syndics de Genève viennent d'avoir connaissance d'une mauvaise nouvelle. Le professeur Paul Guichonnet nous en a décrit la teneur  dans sa Nouvelle histoire de la Savoie : “le 30 mai 1814, le Premier traité de Paris apporta une désillusion aux partisans de la Suisse. La Savoie y fut partagée entre la France et la Sardaigne. L’avant-pays était laissé a au roi de France Louis XVIII, avec Chambéry, Annecy et Rumilly, et la partie orientale étant restituée au Piémont”. Cette situation était donc très défavorable pour Genève et laissait en suspens le statut des provinces septentrionales sur lesquelles Genève avait des visées. A la suite du débarquement du 1er juin 1814, la situation politique évolua pourtant rapidement avec le vote de la Diète fédérale du 12 septembre 1814 et le traité d’adhésion de Genève à la Suisse du 19 mai 1815. Cette période fut surtout marquée par l’intense activité diplomatique conduite en 1815 - 1816 avec plus ou moins de succès par les négociateurs genevois Pictet de Rochemont d’Ivernois et Eynard. Des négociations qui donnèrent au canton ses frontières actuelles non sans l’amer regret de ne pas avoir obtenu les territoires espérés allant de la Valserine au Rhône et au Fier.

Après avoir perdu de son éclat depuis 1964, la commémoration du 1er Juin a retrouvé du panache dès les années 1990-2000 grâce à l'initiative du Conseil d'Etat et de sa Chancellerie, sous l'impulsion déterminante de Mme Martine Brunschwig Graf, magistrate originaire du même canton que le lieutenant-colonel Louis Girard. La commémoration du 1er juin a regagné en visibilité. Tradition et modernité font désormais bon ménage. L'organisation d'un tel événement ne se fait pas sans  de multiples bonnes volontés. Merci dès lors à toutes celles et ceux qui oeuvrent bénévolement au sein des sociétés historiques, patriotiques et militaires genevoises, notamment nos Vieux-Grenadiers et nos Artilleurs, les contingents amis de Fribourg et parfois de Soleure, l'équipage de la Neptune et les musiciens et musiciennes de l'Orchestre d'Harmonie de l'Etat de Genève (OHGe-Landwehr). Sans oublier la Police genevoise,   les sociétés d'étudiants, la Fédération Cantonale du Costume Genevois, les divers groupes folkloriques et tous les représentants des sociétés amies avec leur banneret.  Que celles et ceux que je n'ai pas cités me pardonnent. Ensemble, ils donnent à la commémoration du 1er juin le lustre qu'elle mérite, en présence des représentants des Corps constitués. Alors, un seul mot d'ordre : Tous au Port Noir le 1er Juin ! Fribourg Girard 1er juin Genève Elzingre.jpeg

Claude Bonard

15:43 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

CÉRÉMONIE DU PORT NOIR.

Le 1er juin 2018 comme à leur habitude les corps constitués ont pris congé tôt et se réunissent par une belle fin d’après-midi au bord du lac. La commémoration a désormais toujours lieu un jour de semaine, ainsi le peuple en reste éloigné.

Il faut dire que c’est très bien organisé. Le citoyen qui voudrait y participer devrait avoir eu le temps au préalable de se rendre à la mairie de Cologny pour y retirer une invitation, pour peu qu’il en reste, les places étant limitées. Muni de sa carte d’invitation, si par hypothèse il habitât à Satigny, il faudrait qu’il ait quitté son travail à 15.30 pour être sûr d’arriver au Port Noir avant 17.35, ouverture de la cérémonie.

En 2018 et depuis quelques années déjà, la cérémonie était en réalité devenu une coterie, c’est-à-dire une association entre certains groupes d’individus unis par un intérêt commun qui favorisent ceux qui font partie de leur compagnie et cabalent contre ceux qui n’en sont pas.

Un enfant qui passait par là, et à qui son père donnât cette définition en déambulant entre le flot criard et discontinu du trafic motorisé et les barrières repoussantes du chantier de la nouvelle plage, demandât à son père en quoi il s’agissait d’une coterie qui cabale.

- C’est bien simple lui dit-il. Tout cela est un arrangement, la plupart des gens des corps constitués sont venus là pour obtenir à bon compte une étiquette de patriote. De plus un apéritif leur sera servi. Ils feront de grands discours sur notre démocratie, sur notre peuple et notre pays. Mais la plupart sont membres de partis politiques qui maintenant il y a plus d’une année, en décembre 2016, ont confisqué les votes de près d’un million et demi de Suisses. Une partie d’entre eux a même participé à ce coup d’Etat qui est encore en cours, et tous les autres font semblant qu’il ne s’est jamais rien passé.

L’enfant se retourna alors pour regarder l’enceinte qui entourait le lieu de la cérémonie, et il se dit en lui-même : oui, une coterie.

Écrit par : Michel Piccand | 30/05/2018

On fête le départ des Français et l'arrivées des Suisses. Genève enfin libérée de la France et de son système centralisé et castrateur. Quand est-ce que les Savoyards pourront-ils également fêter la libération de leur pays, la Savoie du carcan français et le retour à leur indépendance perdue frauduleusement il y a 158 ans, tout comme les Genevois le font avec une liesse bien justifiée?

Écrit par : Mescolles | 01/06/2018

Réponse à la personne ayant le pseudo "Mescolles" Monsieur, merci d'avoir pris la peine de commenter mon blog. Je vous donne une précision : le 1er juin marque effectivement l'arrivée des Suisses mais pas le départ des Français qui avait eu lieu le 30 décembre 1813 au matin. Le même jour, le Comte autrichien Ferdinand de Bubna et Littitz et ses troupes entrèrent dans la cité, ce qui va engendrer de nombreuses difficultés pour les Genevois. Au total, jusqu’au 30 juin 1815, grâce aux recherches effectuées par Monsieur David Foldi, publiées par le Musée Militaire Genevois, nous savons que ce sont des troupes issues de 17 régiments d’infanterie et 5 régiments de cavalerie qui vont se succéder et prendre leurs quartiers à Genève pendant dix-huit longs mois. Dans les rues de la cité, les Genevois croiseront des Wallons, des Galiciens (Ruthènes et Polonais), des Hongrois, des Moraviens, des Bohêmiens et des Silésiens. La population supportera avec une curiosité mêlée de crainte la présence de ces soldats issus de toutes les composantes de l’Empire autrichien, de ces « Kaiserliks », comme elle les appelait.

Les réquisitions, les nuisances, les atteintes à la propriété et autres inconvénients seront le lot du quotidien. L’artillerie genevoise sera saisie et convoyée en Autriche. Des vivres et fourrages seront réquisitionnés jour après jour pour les hommes et les chevaux. Les arbres de nos parcs et de nos campagnes seront abattus en grand nombre afin de pourvoir les feux et les campements autrichiens. Les finances de Genève s’en ressentiront aussi car des impôts extraordinaires seront levés pour faire face à cette occupation militaire qui, même pacifique, reste une occupation. L’hôpital général surpeuplé aura à soigner en nombre les militaires autrichiens accidentés ou atteints de maladies diverses.

Laissant son armée sur place, Bubna quittera Genève le 23 mars 1814.

Écrit par : Bonard | 01/06/2018

Les commentaires sont fermés.