19/06/2018

Il y a 78 ans, 13'000 Polonais sont internés en Suisse

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Le 19 juin 1940, près de 13'000 militaires polonais appartenant à la 2e Division de chasseurs du  45e C.A. de l'Armée française franchissent  la frontière suisse. A l’issue de combats retardateurs menés contre les troupes allemandes à Maîche et au Clos du Doubs, le général Bronislaw Prugar-Ketling se trouve dans une situation intenable. Il prend la décision de se faire interner en Suisse. Les Polonais passent la frontière à Goumois et gagnent Saignelégier. Ils resteront en Suisse jusqu'en 1945. A leur retour en Pologne, ils seront accueillis comme des parias par le nouveau régime inféodé aux Soviétiques. Leur chef, le général Prugar-Ketling, rejoindra aussi la Pologne, mais périra mystérieusement en 1948. Malgré la défaite et l’internement, ces militaires impressionnèrent la population des Franches-Montagnes par leur tenue et leur discipline. Au cours des années de »Mob », la population suisse manifesta  la plupart du temps à leur égard des sentiments empreints de sympathie et de bienveillance et l’on assista même à plusieurs mariages. Les Polonais internés en Suisse ont joué un rôle significatif au profit de la Suisse notamment dans le cadre de la mise en oeuvre du plan Wahlen. Entre 1940 et 1945, ils effectueront 8,3 millions de jours de travail, dont 1,4 million dans le Réduit. 845 ha de marais seront drainés et asséchés, 160ha de terrain seront nivelés et nettoyés de leurs pierriers, sans parler des travaux forestiers où 23000m3 de bois de construction seront mis à disposition de notre économie. Ils construiront aussi 282km de nouvelles routes et chemins et remettront en service de nombreuses mines de charbon désaffectées depuis la première guerre mondiale. Au cours des années de guerre 1940/1945, les universités suisses accueillent de nombreux « militaires-étudiants ». 466 d'entre-eux obtiendront un diplôme universitaire parmi lesquels il faut mentionner 123 thèses de doctorat et 2 habilitations. Partout en Suisse, divers monuments rappellent la présence des internés polonais, par exemple à Locarno, à Wiesendangen, Büren, Melchnau, Giswil, Madiswil, Alpnach, Losone ou encore Melchnau et Saint-Blaise pour n’en citer que quelques uns. 

 Claude Bonard

 

11:09 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le livre "Montbovon" de Christian Campiche m'a fait découvrir ce bout d'histoire important pour la Suisse - et pour la Pologne !

Écrit par : Carol Scheller | 19/06/2018

Les Polonais, les grands cocus de la Deuxième Guerre mondiale, les dindons de la farce des accords non respectés de Téhéran et Yalta... Ces internés n'ont pas été les plus mal lotis si l'on songe aux pilotes incorporés dans la RAF et combattant lors de la Bataille d'Angleterre ou aux fantassins sacrifiés lors de la prise du verrou du Mont-Cassin. C'est vrai qu'eux se battaient... On ne parle même pas du tribut payé par la population civile, minorité juive exterminée, civils polonais "slaves sous-hommes" déportés, exploités et massacrés...

Écrit par : Gislebert | 19/06/2018

Notre papa a traversé le territoire français occupé sous les balles nazies avec un vhc de ravitaillement en essence; a reçu la croix de guerre française que je possède, avant de venir en Suisse!

Écrit par : Kruczek alexandre | 19/06/2018

Drôle de commentaire, Gislebert. Les pilotes de la RAF, certes. Les fantassins sacrifiés au Monte Cassino, certes. Et les autres dizaines de millions d'autres ? Les Russes (ou plutôt l'URSS) ont perdu 27 millions de personnes, la Chine 20*. Le chiffre de 50 millions de morts pour la WW II est donc largement sous-estimé...

Malgré cela, cela n'a presque aucun effet sur l'EFFROYABLE courbe de croissance démographique des humains, mais c'est une autre histoire...

* Source : émission sur la WW II de la chaîne "Toute l'histoire". Où il est relevé que les conséquences traumatisantes de ce gigantesque massacre n'ont jamais été abordées, alors qu'aujourd'hui en Suisse, une cohorte de psychologues est mobilisée pour calmer les angoisses des enfants si un moineau est trouvé mort dans la cour de l'école...

Écrit par : Géo | 22/06/2018

Drôle ? Pas tellement, il n'était question que des Polonais et de leur pays qui a subi les pertes relativement les plus importantes des pays européens, hors Urss. Ma liste des cocus ne se voulait pas exhaustive...

Quant à votre remarque sur la démographie, elle est pertinente : rien n'infléchit la courbe, l'espèce humaine est décidément collectivement increvable... Le seul moment où la population s'est trouvée en déclin, c'est au XIVe siècle suite à la Grande Peste des années 1350 : "La tierce partie de la poulation mourut" d'après Froissart (pour la France d'alors de vingt millions d'habitants). Il faut attendre le début du 17e pour retrouver ce chiffre.

Écrit par : Gislebert | 22/06/2018

Eurêka ! Les pilotes de la RAF = Polonais, les fantassins du Mte Cassino = Polonais ! Ce n'était pas clair dans votre formulation, déjà parce que dans les deux cas, il n'y avait pas qu'eux en cause...

Écrit par : Géo | 22/06/2018

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