04/09/2018

En marge du Jeûne genevois, les destins croisés de Genève et Lyon

Plusieurs auteurs de qualité dont Catherine Santschi, Olivier Fatio et Benjamin Chaix ont publié des textes à propos de l'origine du Jeûne genevois et de la tarte aux pruneaux que l'on déguste traditionnellement le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Ils ne m'en voudront pas, je l'espère, de me référer à leurs écrits dans ce court article. Généralement, il est d'usage de faire remonter l'origine du premier Jeûne documenté à Genève à l'année 1567 en signe de solidarité avec les protestants de Lyon victimes de répression. Si l'hypothèse des persécutions lyonnaises de 1567 contre les réformés est défendable quant à l'origine de notre Jeûne genevois, ce n'est pas la seule. Le professeur Olivier Fatio est nettement plus nuancé : « Il ne fut ni le premier ni le seul. Le jeûne est une ancienne célébration dont les premières manifestations remontent, à Genève, a début de la Réforme. (…) comme le dit Calvin : « quand le ventre est plein, l'esprit ne se peut pas si bien eslver à Dieu pour être incité d'une affection ardente à prières.” 

Telle est donc l'origine des jeûnes qui consistent à “offrir sa faim au profit d'une cause”. Mais l'estomac ayant tout de même ses exigences, il fallait tout de même prendre quelques forces. C'est ainsi que l'on prit l'habitude de confectionner des tartes aux fruits la veille de la date prévue pour le jeûne. ! Et quoi de mieux comme fruit que de cueillir des pruneaux cultivés dans nos régions d'août à septembre ! Ceci étant rappelé, je vous propose Sac de Lyon par les Calvinistes.jpgde nous intéresser à ce qui s'est passé à Lyon en 1567, ne serait-ce que parce qu'il se pourrait que les Genevois aient indirectement contribué aux événements qui, par ricochet, ont conduit à la répression catholique contre les protestants lyonnais en 1567 et en 1572. En effet, en 1562, Lyon est convoitée par les protestants. Les Genevois mettent alors à la disposition du baron des Adrets, une escouade de 50 cavaliers afin de renforcer son armée qui marche sur Lyon. Un homme redoutable et cruel que ce François de Beaumont, baron des Adrets qui sert tout d'abord le parti protestant avant de mettre son épée au service du parti catholique. Partout où il passe, c'est la désolation. A Lyon, son armée à laquelle est vraisemblablement rattaché le détachement de la cavalerie genevoise met la ville à sac. L'occupation « musclée » de Lyon par les protestants prendra fin le 15 juin 1563. En 1567, c'est l'explosion. Les protestants tentent un coup de force armé pour reprendre le pouvoir. L'affaire est manquée et la répression du parti catholique s'abat sur leur communauté. Beaucoup perdent la vie ou tentent de fuir la cité. C'est le cas de la famille du potier d'étain Pierre Royaume qui séjourne à Genève une première fois en 1569 pour s'y établir définitivement avec son épouse, Catherine Cheynel en 1572, point culminant de la violence envers les protestants dans la capitale des Gaules. En effet, quatre jours après la Saint-Barthélémy parisienne, des centaines de protestants sont massacrés à Lyon. Claude Goudimel, harmonisateur des psaumes de la Réforme dont le célèbre psaume 124 bien connu des Genevois, chanté chaque année à Saint-Pierre à l'occasion de la commémoration de l'Escalade, est au nombre des victimes. On le voit, l'hypothèse d'un jeûne institué à Genève en 1567 en témoignage de solidarité avec les protestants lyonnais peut s'expliquer vu la proximité qui existe entre les deux villes. Quant au Jeûne fédéral, c'est en 1832 seulement qu'il sera instauré et fixé au troisième dimanche de septembre sur proposition du canton d'Argovie en tant que jour d’action de grâces et de  pénitence pour toute la Confédération, à l'exception de Genève qui garda son Jeûne genevois le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Tiens... déjà une Genferei !

 

Claude Bonard

 

 

 


11:19 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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