10/09/2018

Vienne, la victoire de Jean Sobieski contre Kara Mustafa donne lieu à une polémique étrange 335 ans après la bataille

Le 12 septembre prochain marquera le 335e anniversaire de la bataille de Vienne. C'est en effet au Kahlenberg, colline située aux portes de la capitale autrichienne que le roi de Pologne Jean Sobieski et son armée appuyant l'armée impériale du duc Charles V de Lorraine battit l'armée turque en 1683. Le siège de Vienne par les 130'000 Ottomans de Kara Mustafa pendant deux mois avait en effet menacé le cœur même de l'Empire et l'empereur Léopold 1er s'est mis en lieu sûr. La vista tactique de Sobieski a fait alors merveille. La charge de ses hussards cuirassés a tout emporté sur son passage. Ce fut “une belle cacade” pour les Ottomans qui, culbutés, abandonnèrent la partie et se replièrent. Cette victoire stoppa net l'expansion de l'empire ottoman en Europe. Pour tous les princes chrétiens et la papauté, Jean Sobieski fut désormais considéré comme   le “sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale”. 335 ans après, le roi Jean Sobieski se retrouve au cœur de l'actualité et ce n''est pas forcément pour la bonne cause. Une polémique pour le moins étrange secoue actuellement le Landerneau viennois du fait que les autorités de la capitale autrichienne auraient dit-on refusé quelques semaines seulement avant son inauguration, un monument à la gloire de Jean Sobieski sur le lieu même de ses exploits au Kahlenberg. Selon la municipalité de Vienne, le monument réalisé par le sculpteur polonais Czesław Dźwigaj serait par trop martial et guerrier et son auteur aurait été prié de le reprendre.  Depuis lors, des voix laisseraient entendre que ce recul serait le fait de la mairie de Vienne aux mains de la gauche, (parti social-démocrate - SPÖ). Une mairie désireuse de ne pas offenser la communauté turque établie en Autriche. Cette rumeur a été récemment reprise par le journal populaire « Krone Zeitung » et l'information circule aussi sur certains sites internet proches de la nébuleuse d'extrême-droite.  Plusieurs médias polonais ont aussi publié l'information. La polémique ne cesse d'enfler, Siemiginowski_John_III_Sobieski_with_his_son.jpgce d'autant que le socle du monument, érigé il y a quelques années avait déjà été maculé de slogans hostiles. Alors... intox,  fake news ou feu de paille ? L'avenir le dira. La mairie se défend de toute mauvaise intention et laisse entendre que l'érection d'un monument rappelant la victoire du roi Jean Sobieski reste d'actualité vu le rôle capital joué par le souverain polonais dans l'histoire de la capitale autrichienne. Malheureusement, cette péripétie s'ajoute à l'atmosphère qui règne depuis environ trois ans en Europe centrale et plus particulièrement sur les bords de la Vistule au sein des milieux ultra-nationalistes qui instrumentalisent la figure de Sobieski. Le valeureux roi  fait désormais figure de modèle à suivre en tant que “sauveur de la civilisation occidentale face aux hordes musulmanes désireuses d'envahir l'Europe chrétienne”. Le rappel de sa victoire de Vienne contre les Ottomans en 1683 figurait sur plusieurs calicots brandis par des groupuscules lors de la marche de l'indépendance du 11 novembre 2017 à Varsovie où les T-shirts noirs à l'effigie de Jean Sobieski sont très tendance. La mémoire du roi Jean mériterait mieux que d'être plus de trois siècles après sa victoire viennoise, au centre d'une polémique courtelinesque dans la capitale autrichienne. On pourrait en rire si le fond de l'histoire n'était pas si nauséabond, sans même parler de la récupération de son nom et de son portrait par des milieux au sein desquels on confond  en Pologne un patriotisme tout à fait honorable avec un nationalisme rétrograde et pernicieux.

 

Claude Bonard

14:13 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Monsieur, c'est au moins la troisième fois que vous évoquez Jean Sobieski, et je me rends compte qu'en fait ce n'est qu'un prétexte pour hurler avec les loups mondialistes contre les "sales populistes, ultra-nationalistes" aux idées "nauséabondes." Bref, votre vision toute manichéenne des choses et votre usage ad nauseam de la novlangue et des ses mots trompeurs, subliminaux, marqueurs et sidérants, si chers aux bienpensants, ferait de vous un excellent "journaliste" des médias mainstream. Au lieu de vous plier servilement aux règles et à la propagande du "camp du bien" autoproclamé, pourquoi ne posez-vous pas les vraies questions: à savoir les raisons profondes de ce regain de nationalisme partout en Europe? La vérité serait-elle donc trop difficle à affronter?

Écrit par : Marianne B. | 13/09/2018

Réponse à Mme Marianne B : Si j'évoque pour la seconde fois sauf erreur la figure de Jean Sobieski, c'est tout simplement du fait qu'au moment du 335e anniversaire de la bataille de Vienne, c'est-à-dire hier, cet anniversaire donne lieu à la polémique qui agite Vienne en ce moment à propos du monument qui devait être érigé au Kahlenberg et dont l'oeuvre a été refusée par la municipalité de la capitale autrichienne. Cette affaire - et c'est mon opinion - donne lieu à un curieux débat politicien dans la capitale autrichienne, débat que je décris dans mon blog. Et s'agissant de la Pologne où je passe pas mal de mon temps, vous n'auriez eu qu'à venir à Varsovie, ce qui fut mon cas, le 11 novembre dernier, pour assister au grand défilé dit "Marche de l'indépendance" au sein duquel on pouvait voir en bonne place de groupes confondant patriotisme et nationalisme portant pour certains des T shirt noirs, dont beaucoup à la figure de Sobieski et scandant des slogans reproduits sur ces calicots dont la teneur ne laissait place à aucune interprétation. J'en cite également un dans mon blog. C'est ainsi et je n'y peux hélas rien. Pour le reste, je suis libre de mes propos et si ils ne vous plaisent pas, ce que je peux aisément comprendre, vous n'avez pas besoin de les lire. Enfin, soyez certaine que je n'écris que sur la base de faits vérifiés. Et pour répondre à votre question s'agissant de la vérité, je la vois hélas tous les jours lors de mes séjours en Europe centrale. Bien à vous.

Écrit par : Bonard | 13/09/2018

Marianne B s’est arrêtée au titre sans lire le billet..... Cela est certain! Des excuses seraient bienvenues. Non?

Écrit par : Patoucha | 13/09/2018

Il ne faut pas confondre "histoire" et "ré-écriture de l'histoire". Monsieur Claude Bonard nous parle (courageusement et professionnellement) d'histoire et de son utilisation malhonnête par les milieux ultra-nationalistes, hélas très actifs en Pologne.

Pour ma part, je continuerai à m'intéresser (avec circonspection) à l'action du roi Jean Sobieski. Je continuerai également à boire (avec modération) la vodka qui porte son nom et que l'on trouve dans nos commerces!

Merci à Monsieur Claude Bonard de nous sortir des sentiers battus!

Écrit par : chabloz | 15/09/2018

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