19/12/2018

Décembre 1813 et janvier 1814, deux mois cruciaux pour Genève

Le 4 janvier 1814, à Paris, l’Empereur Napoléon 1er signe un décret par lequel il suspend le baron Capelle, préfet du département du Léman et ordonne que ce magistrat soit traduit par devant une commission d’enquête pour abandon de poste. Pas de doute ! A Genève, depuis quelques jours, la Restauration de la République est bel et bien en marche ! Le 30 décembre 1813, avec le départ des troupes françaises, le destin de Genève bascule une nouvelle fois quinze ans après la perte d’une indépendance de plusieurs siècles. Pourtant, la renaissance de la République conduira à une limitation des droits démocratiques des Genevois. Ce n’est pas rabaisser les grands mérites des acteurs de la Restauration, soucieux de l’intérêt commun, courageux et déterminés et qui risqueront leur vie et leurs biens dans cette périlleuse aventure, que de rappeler que leur objectif ne pouvait être que le retour à l’ordre ancien qui prévalait avant la Révolution genevoise, celui des Patriciens. Joseph des Arts, chef de file et instigateur de la première « Commission de Gouvernement » secrète du 24 décembre1813, avec Ami Lullin et Abraham-Auguste Saladin de Budé n’écrivait-t-il pas 18 ans plus tôt, en 1795 que « les hommes naissent et demeurent inégaux en droit » ou encore que « la souveraineté du peuple est une chose détestable ». D’ailleurs, après la chute du régime impérial en France voisine après Waterloo, on assistera dans toute l’Europe au retour du conservatisme le plus étroit sous l’égide de la Sainte-Alliance. Une fois la Restauration accomplie, Genève allait rapidement se doter d’une nouvelle constitution. Elle sera adoptée le 24 août 1814. La nouvelle charte fondamentale de la jeune République, et ce n’est pas une surprise vu l’air du temps, écartera la majeure partie des Genevois de toute participation à la vie publique.

 Témoin avisé de cette époque, l’avocat et écrivain Amédée Pierre Jules Pictet de Sergy – qui n’était pourtant pas un révolutionnaire - écrira 55 ans après les événements, en 1869 que «  … La constitution de 1814 était   un travail improvisé dans de mauvaises conditions d’étude et de réflexions, et qu’elle a vécu ce que vivent les constitutions ». Et d’ajouter cette phrase superbe : … « Elle est descendue dans le gouffre qui engloutit les œuvres usées et vaincues. Nous sommes loin de songer à l’en exhumer. » Avouez que comme exécution, on ne fait pas mieux !

 Depuis cet instant, une chose est claire : la mèche de la bombe qui provoquera 27 ans plus tard le réveil démocratique de 1841 est allumée. Une nouvelle constitution verra le jour en 1842. Quatre ans plus tard, La révolution radicale de 1846 parachèvera avec éclat le renouveau de Genève.

Claude BonardPerruque des Arts.jpeg

12:52 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Assez peu de révolutionnaires effectivement dans l'arbre généalogique des Pictet, depuis l'ancêtre paysan obtenant la bourgeoisie de Genève en 1474. A noter que le Pictet de Sergy dont vous parlez a pour beau-père feu Charles Pictet de Rochemont, le grand diplomate de la République, ordonnateur du rattachement du Canton à la Confédération aux Congrès de Vienne et Paris. Il épouse en deuxième mariage la fille cadette de ce dernier Anne. Ces gens avaient conscience de leur rang, certes, et cultivaient l'entre-soi (là, rien n'a vraiment changé), mais aussi de leurs devoirs au service de l'Etat.
It was another time.

Écrit par : Gislebert | 20/12/2018

Les commentaires sont fermés.