14/06/2017

Fonds européens en Pologne ? Pas seulement ! La Suisse est bien présente

 La Pologne  la Hongrie et la République tchèque sont depuis hier dans la ligne de mire des instances de l'Union européenne du fait de leur manque de solidarité à l'égard de la politique adoptée par les instances directrices de l'UE en matière d'accueil de migrants. Les réactions polonaises ont fusé avec la rapidité de l'éclair et les autorités au pouvoir à Varsovie sont excédées par ce qui est considéré comme des  “menaces”  et une "ingérence" dans les affaires de l'Etat.  Une certaine partie de l'opinion publique qui partage le point de vue souverainiste exprimé par le gouvernement polonais affiche de plus en plus ouvertement une intolérance marquée envers Bruxelles. Pourtant, comment oublier que la Pologne est l'un des principaux bénéficiaire de fonds européens depuis son entrée au sein de l'UE le 1er mai 2004  ? Pour la période 2014-2020 par exemple, elle reçoit pour divers programmes de développement 82,5 milliards d'Euros. Une ballade dans les rues de Varsovie de Poznan de Wroclaw en témoigne. A de nombreux endroits, sur les façades de châteaux magnifiquement restaurés, ou au fronton  de superbes infrastructures techniques commerciales ou culturelles, on  découvre des plaques épigraphiques indiquant : “construit – ou restauré – avec le concours des fonds européens”. En tant que Genevois séjournant une partie de l'année à Varsovie je m'abstiens de toute analyse de nature politique s'agissant de la situation polonaise actuelle et de  l'entente de moins en moins cordiale qui caractérise les liens entre l'UE et Varsovie. En revanche, dans ce blog qui s'intitule “Point de vue entre Rhône et Vistule”, j'aimerais rappeler que  l'UE n'est pas le seuil bailleur de fonds important  de la Pologne. La Suisse joue aussi un rôle significatif. Le 26 novembre 2006, le peuple suisse était appelé aux urnes. Il s'agissait notamment de voter sur l’acceptation ou le rejet de la loi fédérale sur la coopération avec les Etats d’Europe de l’Est. Cette loi avait été attaquée par voie de référendum en raison notamment des coûts engendrés par cette opération et vu le contexte de la position de la Suisse envers l’UE.  L’objectif visé par cette loi visait à soutenir la transition démocratique en Europe de l’Est ainsi que d’encourager le développement d’une économie sociale de marché dans le cadre d’un développement durable au sein de ces Etats. La loi soumise au vote du peuple prévoyait un engagement financier de 200 millions par année sur cinq ans, et une période de réalisation des projets de près de dix ans. Dans sa prise de position avant la votation, le gouvernement suisse, le Conseil fédéral s’adressait ainsi au corps électoral : « Le Conseil fédéral et le Parlement entendent maintenir la solidarité traditionnelle de la Suisse avec l’Europe de l’Est. C’est aussi dans l’intérêt de notre pays, qui investit ainsi dans la voie bilatérale et dans ses bonnes relations avec l’UE. En développant des partenariats commerciaux, il contribuera à atténuer la pression migratoire et les atteintes à l’environnement. ». Le Conseil fédéral et le Parlement fédéral recommandaient l’acceptation de la loi. Les autorités fédérales estimaient que la coopération avec l’Est de l’Europe constituait un instrument politique important en regard des intérêts de notre pays pays à l’égard de l’Europe, sans parler du potentiel économique induit par la mise en œuvre d’une telle démarche. Le 26 novembre 2006, la loi était adoptée par 1’158442 OUI, soit 53,4% des votants, contre 1’010255 non, le taux de participation au vote étant de 44,3%.

Pour la Pologne, les effets du vote du peuple du peuple suisse ont été massifs puisque les montants destinés à financer des projets de développement dans ce pays ont représenté 489 millions de francs suisses à investir en coopération étroite avec le Ministère polonais du développement régional. 40% du total de la contribution suisse visait à soutenir plus particulièrement les régions suivantes : Malopolskie, Lubelskie, Podkarpackie et Swietokrzyskie pour lesquelles les indicateurs de développement sont inférieurs à la moyenne nationale. La mise en oeuvre de cet ambitieux programme en voie d'achèvement aujourd'hui a été le fruit d’une fructueuse et efficace coopération entre le Service national de coordination du Ministère polonais du développement régional et le « Bureau pour la réalisation de la contribution suisse à l’élargissement », constitué au sein de l’Ambassade de Suisse en Pologne. Sur un plan plus large  outre ce programme spécifique, la Suisse est bien présente  économiquement en Pologne. A la fin de l'année 2014, les investissements de notre pays en Pologne ont atteint le volume significatif de  six milliards de CHF et un un "Swiss Business Hub"  performant Suisse-Pologne Pin.jpgexiste  au sein de notre Ambassade  à Varsovie.  Ce n'est pas rien ? Qu'en pensez-vous ?

Claude Bonard

Pour en savoir plus :

https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/representations-et-conseils-aux-voyageurs/pologne/suisse-pologne.html

www. programszwajcarski.gov.pl

www. swiss-contribution.admin.ch/poland

www.contribution-enlargment.admin.ch

http://www.berno.msz.gov.pl/fr/cooperation_bilaterale/cooperation_economique/

 http://euro-blogs.eu/post/2016/03/24/Enjeux-et-perspectives-des-fonds-européens-en-Pologne

15:21 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

12/06/2017

Elections législatives françaises : “Godillots or not Godillots that is the question” ?

 Suite au premier tour des élections législatives françaises, on a entendu hier soir sur les ondes des chaînes de TV plusieurs commentateurs et politicien(ne)s évoquer le risque d'avoir à Paris une "chambre Godillot" vu l'ampleur prévisible du nombre de sièges qui devraient être attribués à La République en Marche en fonction du résultat du second tour dimanche prochain. Ces journalistes ont utilisé le terme de “chambre Godillot” à dessein. Ce néologisme désigne péjorativement les parlementaires qui suivent sans discuter les consignes de vote de leur parti n'est pas nouveau. En France, au cours des grandes années de la présidence du général de Gaulle, le Canard Enchaîné avait même publié un “Dictionnaire des godillots” qui fit fureur à l'époque. Pour ma part, je trouve que c'est un mauvais procès d'intention que l'on fait là aux futurs parlementaires de La République en Marche avant même qu'ait lieu le second tour des élections.

Mais d'où vient donc le terme de “Godillot” ?

On doit ce nom au brave Monsieur Alexis Godillot qui possédait une manufacture de chaussures militaires pour l'armée française lorsque débuta la guerre de Crimée en 1853. Ces brodequins furent très vite surnommés "Godillots" par les soldats. Alexis Godillot était soucieux du confort du soldat puisqu'on lui doit une amélioration notable au niveau de la conception des chaussures, celle de la différenciation entre le pied droit et le pied gauche ! De son vivant, Alexis Godillot n'a certainement jamais pensé qu'il passerait à la postérité en donnant son nom à un néologisme à usage politique. Une situation proche de celle du préfet de la Seine Monsieur Eugène-René Poubelle quelques années plus tard, dont le nom sera donné aux récipients à ordure qu'il ordonna de confectionner et dont l'usage permit d'améliorer l'hygiène des rues parisiennes.

Ce sera tout pour aujourd'hui !

Claude Bonard

Godillot.jpegLire : Les Godillots : Manifeste pour une histoire marchée. Antoine De Baecque. Éditeur :anamosa. http://anamosa.fr/produit/les-godillots/

Illustration : Huile de Vincent van Gogh 1886, (wikipedia D.R.)

 

 

22:11 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

09/06/2017

Elections législatives françaises du 18 juin 2017 – Uchronies et histoire contrefactuelle

« Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin ». (Pierre Dac).

La réécriture de l'Histoire à partir de la modification d’un événement du passé, voire l'élaboration d'une Histoire « contrefactuelle » revient à la mode. Ces derniers temps, nous avons pu nous familiariser avec ce que les anglo-saxons appellent des « fake news » ou des « hoax ». J'ai choisi aujourd'hui d'en rire et de vous inviter à cheminer avec moi sur le chemin des uchronies dans le contexte des élections législatives françaises. En effet, dans moins de deux semaines le résultat de ces élections sera connu. Les hasards du calendrier font tomber cette importante échéance électorale sur la date du 18 juin ! Fichtre ! que voici une date phare dans l'histoire de France ! A ce propos, l'éditorialiste réputé Jacques Julliard a rédigé un superbe éditorial intitulé "Macron face aux deux populismes" dans un récent numéro de Marianne (No du 9 au 18 mai). Il écrivait : « A quel nouveau système politique viennent-ils ( les Français) de donner naissance ? Ils ne le sauront eux-mêmes qu'au soir du 18 juin, au vu de l'Assemblée qu'ils auront élue ». A propos de ce fameux 18 juin, Jacques Julliard  relève qu'il s'agit d'une date « qui est comme on sait à la fois la date de l'appel du général de Gaulle en 1940 ( l'espoir) et de la bataille de Waterloo en 1815 (le désastre)».

Et pourtant..... prenons Waterloo. Le 18 juin 1815 consacre la défaite de Napoléon 1er à Waterloo près de Bruxelles face aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher. Une défaite militaire sans appel qui provoquera la chute de l’Empire napoléonien et  va replacer les Bourbons sur le le trône de France. Mais laissons voguer notre imagination … parfois, la défaite d'hier peut s'avérer être la victoire d'aujourd'hui..... Deux cent deux ans après Waterloo, en ce 18 juin 2017, en lieu et place d'un Empire qui s'écroule, on risque bien d'assister à la victoire d'une République en Marche qui, s'associant aux lointains coreligionnaire de Blücher donnera une nouvelle vigueur  à l'Europe de Bruxelles au grand dam des descendants   de Wellington empêtrés dans leur Brexit. Et que dire de cet autre 18 juin, hautement symbolique pour nos amis français, celui de 1940, année terrible. Le général de Gaulle, depuis Londres, redonne l'espoir au peuple de France. Dans son texte déclamé sur les ondes de la BBC, il met en évidence d'une part l'incompétence de ceux qui ont conduit la France à perdre une bataille, mais il insiste d'autre part sur les atouts d'une France régénérée et sur une victoire en ligne de mire qui permette de redonner un nouveau souffle au pays. Soixante-dix-sept ans plus tard, en ce 18 juin 2017, le  résultat des urnes donnera-t-il la victoire aux troupes de ce  nouveau président de la République, qui, sans être général et partant de rien, a déjà remporté une belle bataille?  Ce nouvel "Appel du 18 juin" sera-t-il celui mettant fin à une guerre de tranchées entre partis politiques qui n'a que trop duré, un appel pacificateur incitant  à travailler ensemble, à chasser le doute et l'incertitude, un appel qui puisse être celui de la restauration de la cohésion nationale et de la confiance ? Bref, un appel symbole de  ce renouveau que de Gaulle appelait déjà de ses voeux depuis Londres en 1940 ?

Uchronie encore : le 18 juin, c'est aussi l'anniversaire de la bataille de Patay. En 1429 la campagne de la Loire conduite par Jeanne d'Arc s'achève avec la libération de la ville d'Orléans assiégée. Au cours de son procès, Jeanne à qui l'on reprochait la présence de son étendard lors du sacre de Reims eut cette réplique : «  il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l' honneur". Pourtant, depuis de nombreuses années, force est de constater que c'est notamment le Front national qui brandit l'étendard de Jeanne. Essayons dès lors d'imaginer Jeanne d'Arc au soir du 18 juin 2017. Peut-être serait-elle heureuse du haut des cieux de voir ses encombrants héritiers spirituels plutôt « à la peine plutôt qu'à l'honneur ».

Uchromie enfin : Catherine de Médicis (1519-1589) au soir du 18 juin prochain, une fois le résultat des élections connu pourrait s'adresser ainsi au président Macron : « C'est bien taillé, mon fils; maintenant il faut coudre ». En d'autres termes, tu as bien assuré ton élection présidentielle, et aussi ces législatives; maintenant il faut songer à redonner de la cohésion au pays. Et le président de la République Emmanuel Macron endossant le costume du roi Philippe VI de Valois (1328-1350) pourrait  alors s'exclamer « Qui m'aime me suive ! ». Certes, Marie de Médicis s'adressait à son fils, le roi Henri III suite à l'assassinat du duc de Guise non pas un 18 juin mais en décembre 1588... toutefois on peut se risquer à tirer une conclusion de ce geste quelle que soit la date... en politique, il faut toujours se méfier des poignards ! Pour conclure, essayons d'imaginer  l'Insoumise Madame de Pompadour (1721-1764) sortant du quartier général de certains partis politiques au soir du 18 juin prochain. Peut-être pourrait-elle réécrire une nouvelle version d'un "Souvenir de (la rue de)  Solférino" et s'exclamer comme elle le fit du temps du roi Louis XV : « Après nous le déluge ! »

Il ne reste qu'à attendre le verdict des urnes le 18 juin au soir pour connaître la vraie fin de l'histoire. Comme j'ai débuté mon propos par une citation de Pierre Dac, je le laisse terminer  avec cette définition de la géométrie politique : « Géométrie politique : le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes. » 

Claude Bonard

Uchromie.jpgPour en savoir plus sur le 18 juin :

https://notre-siecle.com/ephemeride-ca-sest-passe-un-18-juin/#MCybvEP8Z87oQd3L.99

http://www.histoire-pour-tous.fr/forum/18-juin-1429-patay-ou-la-revanche-d-azincourt-t9985.html

https://www.herodote.net/18_juin_1429-evenement-14290618.php

 

13:39 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |