08/07/2017

Jean de La Fontaine et le G 20

Ce 8 juillet marque la naissance, en 1621, de Jean de La Fontaine et je me plais à rêver en assistant aux turpitudes qui caractérisent notre pauvre monde. Tenez, à Hambourg par exemple depuis hier, la ville est à feu et à sang. Police et manifestants opposés à la tenue du G 20 s'affrontent et jouent à cache-cache alors que les Grands de ce monde discutent de l'avenir de la planète et écoutent sagement   la neuvième symphonie de Beethoven à la Philharmonie. Drôle de monde me direz vous... Alors si depuis son paradis des poètes Jean de La Fontaine regarde les événements de Hambourg, il y trouverait certainement quelques ressemblances avec sa fable "Les animaux malades de la peste" que voici. Et s'il vivait aujourd'hui en étant chroniqueur politique envoyé à Hambourg pour couvrir le G 20, il aurait certainement trouvé l'inspiration pour écrire cette fable. Bon anniversaire Monsieur de la Fontaine  !

Les Animaux malades de la peste :

La Fontaine.jpeg
"Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux Animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
À chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie ;
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? nulle offense ;
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi ;
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Et bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d’honneur ;
Et quant au berger, l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples Mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Âne vint à son tour, et dit : « J’ai souvenance
Qu’en un pré de moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ;
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »
À ces mots, on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait. On le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."
 
 

14:40 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/07/2017

En marge de la visite du président américain à Varsovie. Pourquoi les Polonais aiment tant les Américains  et vice-versa ?

La Pologne accueille dès ce soir le président américain Donald Trump pour une visite officielle dont le point culminant aura un caractère très symbolique avec une allocution publique le 6 juillet devant le monument de l'insurrection de Varsovie de 1944. Cette visite fortement médiatisée par les autorités et les médias polonais mobilise toutes les énergies à Varsovie. Ce n'est pas la première fois qu'un président américain fait le voyage de Varsovie. On se souviendra des accueils enthousiastes réservés en son temps à Richard Nixon,  George Bush senior ou encore  à Barak Obama.

Cette relation privilégiée avec les USA s'est déjà exprimée l'an dernier vu que c'est à Varsovie qu'a eu lieu les 8 et 9 juillet 2016 le sommet de l'OTAN. Une OTAN qui a notablement renforcé sa présence militaire à l'Est de l'Europe afin de faire face à toute menace potentielle en raison du conflit larvé en Ukraine. Les Polonais ressentent une attirance profonde et une admiration qui ne s'est jamais démentie envers les Etats-Unis d'Amérique. Ces sentiments ne s'expriment pas seulement depuis la crise ukrainienne ou la fin du communisme. Elle remonte bien plus loin dans l'histoire et s'explique par différents facteurs historiques. Alors que la Pologne n'existait plus en tant qu'état indépendant depuis 1795, partagée qu'elle était entre la Russie tsariste, la Prusse et l'Autriche, on assista dès le début des années 1820 à l'émigration de nombreux polonais vers les Etats-Unis et le Canada. Ces vagues d'émigration s'amplifièrent dès les années 1870 et les historiens estiment à près de quatre millions, le nombre de Polonais ayant quitté leur pays pour rejoindre le nouveau monde. Aujourd'hui, chaque Polonais sait que la plus grande ville polonaise après Varsovie est... Chicago. Quant aux Américains, ils portent une affection toute particulière à la Pologne car deux figures polonaises mythiques sont devenues des héros en Amérique, à savoir Tadeusz Kosciuszko (1746-1817) et Casimir Pulaski. (1745-1779). On trouve aux USA de nombreux monuments qui rappellent leur mémoire  : à West Point, à New York, à Chicago, dans le Minnesota pour ne citer que ces quelques exemples. Il y a aussi un Kosciuszko Bridge à New York, une Kosciuszko Way à Los Angeles, une Kosciuszko street à Nanticoke. Une ville porte son nom dans le Mississippi. Il en va de même s'agissant du général Casimir Pulaski. Des villes, des rues, des ponts, des places et des jardins publics portent son nom. Pulaski a même sa statue équestre à Washington à la Freedom Plaza, 13th Street / Pennsylvania  Pour les passionnés de “House of Cards”, je signale que l'on aperçoit brièvement sa statue sur les images du générique de la série télévisée. Si Casimir Pulaski n'avait pas d'attaches avec la Suisse, il n'en va pas de même s'agissant de Tadeusz Kosciuszko. Né dans une famille noble et ayant été formé à l'académie militaire de Varsovie, il quitte brièvement la Pologne pour s'établir en France avant de tenter l'aventure américaine avec l'immense succès que l'on sait. Revenu en Pologne il prend la tête de l'insurrection de 1794 contre les Russes. Après quelques succès initiaux, après deux ans de lutte, Kosciuszko est battu et tombe aux mains des Russes. Fort heureusement gracié par le tsar Paul 1er, il repart pour l'Amérique puis revient en France où Napoléon cherche sans succès à s'attacher ses services afin de défendre la cause polonaise. A la chute de l'Empire, Kosciuszko qui avait noué de solides amitiés avec des Suisses établis en France décide de s'installer à Soleure à l'invitation de son ami Zeltner. Habitant un modeste logis à la Gurzelngasse 12, il donne des cours de langue allemande. Il décède des suites d'une chute de cheval en 1817. Une chapelle funéraire rappelle sa mémoire à Zuchwil près de Soleure, décorée par les soldats polonais internés en Suisse de 1940 à 1945. La dépouille de Kosciuzsko sera ultérieurement rapatriée en Pologne et repose au château du Wawel à Cracovie. En Suisse, en 1870, un Musée National Polonais a été créé par le comte Wladislaw Broel-Plater, (1808-1889) dans le château de Rapperswil. Jusqu’à la résurrection de la Pologne en 1918, ce musée fut  le « sanctuaire » destiné à témoigner de la substance indestructible du peuple polonais”. En 1895, un mausolée fut édifié dans la tour du Château afin d'accueillir l’urne contenant le cœur de Tadeusz Kosciuszko. Une fois l'indépendance du pays retrouvée, c'est en 1927 que les collections sont transférées à Varsovie, de même que l’urne contenant le cœur de Kosciuzko. Quant à Casimir Pulaski, son destin va changer en 1764, à Varsovie. Le  roi Stanislas-Auguste Poniatowski succède à Auguste III et règne sous le nom de Stanislas II. Sous son règne, le rayonnement académique, culturel et artistique de la Pologne se caractérise par un essor remarquable. En revanche, le roi, qui avait été l’amant de la Grande Catherine deviendra insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoquera en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise. Cette insurrection (en France on appellerait ça une Fronde), prend le nom de Confédération de Bar (localité située aujourd’hui en Podolie, Ukraine occidentale). A l’issue d’une guerre civile dont les effets seront dévastateurs, c’est l’échec de la Confédération, vaincue en 1772. Pulaski fuit la Pologne pour s'établir en France où il fait la connaissance de La Fayette avec lequel il va rejoindre l'Amérique. Lors de la  bataille de Brandywine en 1777 il sauve la vie de Georges Washington qui lui donne le commandement de la cavalerie américaine. Pulaski est tué lors du siège de Savannah.

En conclusion, si les Américains expriment aujourd'hui encore leur gratitude aux grandes figures venues d'Europe afin de prêter main forte à Georges Washington au moment de la guerre d'indépendance, les Polonais aiment à rappeler le rôle de leurs héros qui ont contribué à cette lutte. Par ailleurs, des liens étroits ont été tissés entre Polonais restés au pays et Polonais émigrés aux Etats-Unis d'Amérique. Ceci peut en partie expliquer pourquoi les président Donald Trump sera bien accueilli à Varsovie nonobstant toute autre considération d'ordre purement politique.

 

Kosciuszko Kossak.jpgClaude Bonard

16:54 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

04/07/2017

De Juillet 1782 à juillet 1794, sale temps politique à Genève

De juillet 1782 à juillet 1798, le baromètre politique est sur "tempête" à Genève.  Le mois de juillet 1782 est un mois synonyme d'agitation politique et d'occupation militaire pour la République. En effet, l20170704_125051 (1).jpges armées de Berne, du roi de France et aussi de Sardaigne interviennent militairement et rétablissent l’ordre à Genève à la suite du soulèvement des Natifs et de ses suites. En effet, de nombreux membres de la fraction conservatrice des autorités, connus sous le nom « d’Ultra-Négatifs » sont arrêtés à la suite de cette insurrection et détenus en tant qu’otages. Un nouveau Conseil général est réuni, qui élit de nouveaux membres des Conseils, lesquels ne sont pas reconnus par les cantons suisses effrayés par cette poussée révolutionnaire. Berne et Zurich rompent leurs relations diplomatiques avec Genève. Le roi de France prend fort mal cette révolution qui éclate à ses frontières et le roi de Sardaigne, Victor-Amédée III ne veut pas laisser au seul roi de France et à Berne, l’initiative de pacifier Genève qui doit alors faire face à une coalition de trois armées qui vont converger vers la cité. L’armée bernoise est commandée par le général Robert-Scipion de Lentulus, âgé de 68 ans. Il établit son camp à Bois-Bougy près de Nyon avec trois bataillons de grenadiers, de la cavalerie et son artillerie. Il marche sur le Petit-Saconnex et Varembé. Au même moment, Français et Sardes marchent aussi sur Genève. Sous le commandement du maréchal de camp Charles-Léopold, marquis de Jaucourt, 6'000 hommes prennent leurs quartiers dans le pays de Gex. Les troupes sardes, soit 4’000 sont commandées par le comte de La Marmora, lieutenant-général du Royaume en Chablais, Genevois et Faucigny. En ville, la volonté de résister est fortement ébranlée et finalement, les Représentants renoncent à la lutte. Le 2 juillet 1782, les trois armées pénètrent dans la ville. Les anciennes autorités sont restaurées sous la protection des baïonnettes. Cette occupation militaire durera plusieurs mois jusqu’à la promulgation d’un nouvel édit, appelé par les Genevois, le « Code noir ». Une épuration violente condamne à l’exil de nombreux Représentants dont les biens sont confisqués. Bénédict Dufour fait partie des proscrits et c’est à Constance, en exil, que naîtra son fils Guillaume-Henri, le futur général. Quant aux Habitants et Natifs, ils perdent les droits qu’ils avaient acquis antérieurement. Les cercles politiques sont supprimés. La fête de l’Escalade est interdite. Pourtant, cet apparent succès des Ultras sera de courte durée.

 De nouvelles secousses politiques doublées de sérieuses difficultés économiques affecteront Genève dès 1785. En janvier 1789, alors que le lac et le Rhône sont gelés et que les moulins ne fonctionnent plus, le Conseil militaire ordonne que des réserves de farine soient mises à l’abri dans les casernes du Régiment de la République, garnison soldée dont la création remonte à 1783 afin de maintenir l’ordre public à Genève. Le prix du pain est augmenté. Le 27 janvier, c’est l’émeute populaire à Saint-Gervais. A la suite de cet événement, un Edit de Pacification est voté le 10 février. Pourtant, rien n’est terminé et les esprits fermentent. Le point culminant de la violence sera atteint avec la Révolution genevoise du 19 juillet 1794 et plus particulièrement avec la Terreur genevoise, ses fusillades, son Tribunal révolutionnaire, aboutissant à l’exécution de sept condamnés à mort, dans la nuit du 24 au 25 juillet 1794 aux Bastions. Décidément les mois de juillet ne sont pas calmes à Genève à cette époque.

 

Claude Bonard

 

13:24 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |