27/08/2017

La navigation à Genève, une histoire de galères !

 

Pour vous changer du débat sur la traversée du lac et des batailles que ce sujet engendre depuis des lustres, je vais vous parler aujourd'hui d'autres batailles navales, à savoir celles qui se sont déroulées sur le lac. Nous avions d'ailleurs à Genève un Amiral de la flotte ! Non pas celle du Jet d'eau, mais des galères ! en la personne de Noble Gallatin, Conseiller, élu amiral en 1616, avec la charge de Surintendant des Galères. Le vaisseau amiral genevois comptait en 1672 9 bancs à 18 rames ainsi que 10 pièces de canon et 98 hommes au total.

Galère Léman.jpgDu XIIIe au XVIIIe siècles, trois forces navales sont présentes sur le lac : la Maison de Savoie, qui possède trois quarts des terres lémaniques, la cité épiscopale de Genève et Berne alliée des Genevois dans sa lutte contre la première. Le port de Villeneuve abrite la flotte savoyarde composée de bâtiments conçus par des spécialistes génois. Durant le XIIIe siècle, l'activité des galères lémaniques est très intense  et on s'affronte lors d'escarmouches navales sur notre beau lac.

Ce fut le cas en 1294, lors du siège et prise de Nyon qui appartenait au Sire de Prangins, rebelle à l'autorité de la Savoie puis de 1303 à 1305, à l'occasion de la guerre dite des châteaux avec la Maison de Savoie, qui étend son territoire au détriment de Genève et de ses alliés (Dauphiné, Faucigny et Gex). Les navires savoyards sont alors opposés aux galères de la cité épiscopale de Genève lors d'affrontements navals. Une ouvelles bataille navale a lieu en en 1334 avec la prise de la forteresse de Corbières, en face du village d'Epeisses en aval sur le Rhône.

En 1536, on assiste aussi à divers affrontements lacustres lorsque Genève et ses alliés bernois prennent le château de Chillon. Ils libèrent Bonivard pendant que les galères du duc de Savoie s'enfuient de l'autre côté du lac pour se mettre à l'abri. Berne fait construire des galères à Genève ainsi que de petits vaisseaux, les galiotes et les brigantins. Les galères bernoises ne sont pas du type méditerranéen mais s'inspirent de celles du lac de Constance. Leur modèle est amélioré par un constructeur hollandais. Les plus connues sont “Le Petit Ours” et “Le Grand Ours” dont la construction est achevée en 1672. Pourtant, en 1687, les deux navires sont considérés comme perdus au grand désespoir de LL.EE. De Berne. En ce qui concerne les galères genevoises, les charpentiers travaillent selon les traditions méditerranéennes. L'année 1720 marque la fin des galères à Genève. Progressivement transformée par les mariniers et les charpentiers, la galère lémanique est adaptée au transport de marchandises et devient la barque lémanique dont la Neptune est aujourd'hui un magnifique exemple. De 1840 à 1914, ce sera l'âge d'or des barques lémaniques. Au XIXe siècle, les chantiers navals de St-Gingolph et de Locum lui donneront sa forme classique qui subira peu de transformations.

Aujourd'hui, je verrais très bien le magistrat cantonal en charge de l' Office cantonal des automobiles et de la navigation porter à nouveau le titre d'Amiral de la flotte et Surintendant des Galères. Ce serait très classe ne trouvez-vous pas ?

 

Claude Bonard

 

 

Sources : E. Fatio, Genève à travers les siècles.

La Genève sur l'eau”, Monuments d'art et d'histoire du canton de Genève publié chez Wiese SA à Bâle, avec l'appui logistique et financier du DTPE de MM. Christian Grobet puis Philippe Joye. Textes rédigés par Philippe Broillet, Isabelle Brunier, Mathieu de la Corbière et Charles Bonnet.

Site internet : https://lagalere.ch/

13:09 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

25/08/2017

Jan Zumbach. Un pilote polonais d'origine suisse s'illustre au cours de la Bataille d'Angleterre

"Jamais tant de gens n'ont dû autant à si peu - Never was so much owed by so many to so few". (Winston Churchill)
 
La nuit du 25 août 1940 constitue un tournant dans la bataille d'Angleterre " the Battle of Britain", qui fait rage depuis le début du mois de juillet. la Royal Air Force arrive à larguer quelques bombes sur Berlin. Le Führer veut laver l'affront et décide de bombarder Londres en guise de représailles. Les combats se poursuivront jusqu'à la victoire aérienne finale de la RAF en mai 1941. Un pilote polonais d'origine suisse s'illustrera au cours de cette période héroïque. Il s'agit de Jan Zumbach ( 1915 – 1986). Ses grands-parents s'étant établis en Pologne. Jean naît le 14 avril 1915 à Ursynow près de Varsovie. Le garçon, portant les prénoms polonais de Jan Eugeniusz Ludwig est détenteur d'un passeport suisse. En 1936, après ses études, Jan camoufle sa nationalité suisse et arrive à s'engager dans les forces armées polonaises. Il passe son brevet de pilote, suit l'École des cadets officiers d'aviation avant d'être est promu officier en 1938. Blessé lors d'un accident, il ne participe pas à la campagne de 1939. Désireux de poursuivre la lutte après l'invasion de la Pologne, il arrive à embarquer pour la France et poursuit le combat jusqu'en juin 1940. Après la défaite de la France, environ 30'000 soldats polonais réussissent à gagner l'Angleterre. Les pilotes polonais sont regroupés au sein de plusieurs escadrilles. Jan Zumbach va s'illustrer à de nombreuses reprises au sein de l'escadrille de chasse No 303. Sa bravoure devient vite légendaire. Le 17 mai 1942 il est promu commandant du Squadron 303. Il remporte 12 victoires homologuées, 5 probables et comptabilisera aussi 1 appareil ennemi endommagé. D'autres sources mentionnent même 17 victoires. A l'issue de son temps de commandant, d'escadrille, Jan Zumbach occupe plusieurs fonctions à responsabilité au sein de la R.A.F. Il est désormais un personnage de légende adulé tant par les Polonais que par les Anglais. Une fois la guerre terminée, Il quitte le service actif en 1946 et s'installe en Suisse pour un temps, avant de s'établir en France où il fonde une famille et ouvre une boîte de nuit à Paris. Comme pour beaucoup d'anciens “as” de l'aviation militaire, sa reconversion civile est difficile. Avec quelques anciens pilotes de chasse démobilisés, il crée aussi la société d'avion-taxi "Flyaway Ltd » et se livre à divers trafics avant de devenir, comme beaucoup d'autres à cette époque, « mercenaire ». Au Congo, Moïse Tschombé fait sécession le 11 juillet 1960, proclame l'indépendance de la province du Katanga et lève une armée. Il recrute en partie ses cadre au sein de réseaux de mercenaires. Sous le pseudonyme de « Mister Brown », Jan Zumbach sera du nombre et met sur pied l'armée de l'air du Katanga. Quelques années plus tard, on le retrouve au Nigéria en proie à la guerre causée par la sécession de la riche région du Biafra On propose à "Mister Brown de commander l'aviation du Biafra. Surnommé « Kamikaze Brown », Jan Zumbach accomplit plusieurs missions de combat. Une fois le conflit terminé, il revient en France et rédige des souvenirs publiés sous le titre de “Mister Brown, Aventures dans le ciel”. Il meurt à Paris, le 3 janvier 1986. En Pologne et en Grande-Bretagne , Jan Zumbach fait figure aujourd'hui encore de héros national, un “as des as” au passé glorieux de chevalier du ciel alors qu'en Suisse, il est presque oublié.
 
Texte partiellement extrait Zumbach 1.jpegde la notice que j'ai consacrée à Jan Zumbach publiée dans l'ouvrage "Quel est le salaud qui m'a poussé ? Cent figures d'Histoire suisse", sous la direction de Frédéric Rossi et Christophe Vuilleumier, Gollion, Infolio éditions, 2016, pp.206-207
 
Autres sources :
 
Zumbach Jean : Mister Brown, aventures dans le ciel, Paris, Laffont, 1973, 367 p.
 
Wikipedia : Article Jan Zumbach
 
http://www.kriegsreisende.de/relikte/zumbach.htm
 
http://www.histoiredumonde.net/Zumbach.html
 
http://www.cieldegloire.com/005_zumbach.php
 
http://www.pon.uj.edu.pl/?p=8682&lang=en
 
http://niebieskaeskadra.pl/?control=8&id=1486
 
 
 
 
 

11:39 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

24/08/2017

Une "Genferei" politique entre radicaux et indépendants (libéraux) qui tourne mal le 22 août 1864, bilan 3 morts et 8 blessés

En 1864, politiquement parlant, les Genevois se distinguent déjà par une première « Genferei» à caractère politique qui aura hélas des suites tragiques. Le 12 juillet 1864, le conseiller d'Etat radical genevois Jean-Jacques Challet-Venel est élu au Conseil fédéral. A Genève, une élection complémentaire est organisée pour repourvoir le poste laissé vacant. Elle a lieu le dimanche 21 août et oppose James Fazy à l'indépendant Arthur Chenevière (“libéral”) qui, à la surprise générale, remporte le siège. C’est un « Grand Bureau » de 17 commissaires électoraux désignés par le Conseil d'Etat qui valide cette élection non sans problèmes. Une fois le résultat connu, les esprits s'échauffent. Le 22 août, les Radicaux n’acceptant pas la défaite et vont forcer les portes de l'arsenal du Grand-Pré. Ils marchent sur Chantepoulet et tiennent par les armes le secteur du pont de l’Ile, du pont de la Machine, des Bergues et surtout la tête du tout nouveau pont du Mont-Blanc construit  en moins d'un an et inauguré le 29 décembre 1862. Les Indépendants parcourent aussi  la cité en cortège et c'est au bas de Chantepoulet, devant l'imposant bâtiment de l'arsenal de Chantepoulet que les les deux groupes se font face. La où se situe aujourd'hui l'immeuble du Plaza. La tension monte. On se bouscule, on s'invective. Soudain, des coups de feu claquent, des corps s'affaissent. C'est la panique. Déstabilisés, les Indépendants  traversent le pont du Mont-Blanc et marchent sur la colline de Saint-Pierre. Ils se rendent à l’Hôtel de Ville, où, ironie de l'histoire doit se dérouler le même soir la signature solennelle de l’acte fondateur de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés dans la Salle qui deviendra plus tard celle de l’Alabama ! Les Indépendants dressent des échelles contre le mur de l’Arsenal (aujourd'hui bâtiment des Archives d’Etat) et se saisissent d’armes à feu et de munitions. Le Conseil d’Etat est fait prisonnier à l’hôtel de ville par l’orfèvre Antoine Vettiner. Il est assez rapidement libéré par des troupes en service, venues au pas de charge depuis le camp de Plan-les-Ouates.

Au final, l'émeute de Chantepoulet aura fait trois morts et huit blessés, sans compter la prise en otage du Conseil d’Etat à l’Hôtel de Ville ! Les autorités fédérales prennent une décision rapide et c’est un Valaisan, le colonel Barman, qui prend le commandement de la brigade d’intervention qui rétablit l’ordre à Genève. L’occupation militaire de Genève par des bataillons de Berne, d’Argovie et de Vaud durera jusqu’au 12 janvier 1865. Vraiment, on est fort à Genève et cette “Genferei” politique mériterait rétrospectivement un prix !chantepoulet.jpg

 Claude Bonard

 

13:34 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |