23/01/2018

Surrréaliste... lorsque l'éléphant de Dali séjourna à Meyrin

Il y a 29 ans, le 23 janvier 1989, le peintre Salvador Dali décédait à Figueras. Cet anniversaire me rappelle un événement rocambolesque ayant eu lieu en 1967 entre Cointrin et Meyrin. Dali connu pour ses foucades et un sens du happening hors du commun a  déclaré vouloir renouveler l'exploit d'Hannibal Barca qui aurait franchi les Alpes avec son armée et ses éléphants de guerre en 218 avant J.-C. lors de la deuxième guerre punique conduite face à Rome. C'est la compagnie aérienne Air India qui, flairant le bon coup et ayant commandé des cendriers signés Dali (excusez du peu!) pour ses passagers de première classe, proposa de fournir l'éléphant au Maître. Un beau jour de 1967, le propriétaire du manège de Meyrin, Alain Jaggi, fils du sculpteur bien connu Luc Jaggi reçut un téléphone de représentant d'Air India à  l'aéroport de Cointrin qui lui demande s'il aurait la possibilité d'héberger un éléphant dans l'un des boxes de son école d'équitation. Après quelques instants d'hésitation, Alain Jaggi accepta. Ce fut le début des problèmes et des interrogations... quelle serait la taille de l'éléphant ? Y-aurait-il un boxe suffisamment haut pour héberger le pachyderme ? Comment le nourrir et l'abreuver ? Et surtout, quelle serait la réaction des chevaux dans les écuries...... Le jour J, devant un parterre de journalistes et de photographes de presse, nous étions tous un peu inquiets à Meyrin. Nous attendions Dali. Il n'y avait pas que le Maître qui était surréaliste, la situation l'était aussi. Enfin arriva le convoi aux couleurs d'Air India duquel fut extraite une  cage en bois transportant.... un éléphanteau arrivé la veille par avion depuis Bangalore  ! Une saga impensable aujourd'hui compte tenu des normes de protection des animaux.  Pourtant, grande fut la déception des commanditaires indiens et de la presse internationale et genevoise  car Salvador Dali brilla par son absence. Il fallu alors parer au plus pressé et cajoler le pauvre éléphanteau , de sorte qu'il se remette de ses émotions. Il fut  conduit dans son boxe, ce qui provoqua une panique généralisée dans les boxes voisins où les chevaux affolés hennissaient tant et plus et décochaient des ruades contre les portes. Finalement, un brin dépités, le lendemain ce cette  mise en scène manquée, les représentants de la compagnie aérienne reprirent possession de leur éléphanteau. Nous sûmes plus tard qu'il continua son voyage pour rejoindre l'Espagne et la propriété du peintre, ce qui permit à Salvador Dali de poser théâtralement juché sur son éléphanteau. Décidément, une affaire surréaliste qui démontra que n'est pas Annibal Dali.jpgHannibal Barca qui veut !

Claude Bonard

Source de l'illustration : https://www.hindustantimes.com/india/in-pics-when-air-india-presented-surrealist-salvador-dali-an-elephant/story-qiMd1WrlxFZ4kxziE5tH6N.html

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19/01/2018

1799 – 1801, l'homme des colonnes infernales occupe le Valais

Le 19 janvier 1794, les députés de la Convention et le Comité de Salut public donnent carte blanche au général Louis-Marie Turreau afin de réprimer le soulèvement royaliste en Vendée. Turreau, pourtant issu de la noblesse sous le nom de Louis Marie Turreau de Garambouville, baron de Linières a été très vite acquis à la cause révolutionnaire. Il va se faire le chantre de la “sale guerre” et ses sinistres colonnes infernales vont massacrer, piller, torturer en Vendée. Le bilan sera terrible, selon certaines sources, près de 40'000 morts en quatre mois.

On va retrouver ce sinistre individu en Valais en juin 1799. (souvent confondu à tort  avec le général Jean-Victor Tharreau, lui aussi affecté à la même époque en Suisse).  Louis-Marie Turreau commande alors la Division du Valais de l'armée d'Helvétie. En 1800, Turreau commande les troupes chargées de construire la route du Simplon. En Valais, Turreau se signalera à nouveau par un comportement indigne. Dans son ouvrage publié en 1911 intitulé “Zurich – Masséna en Suisse “,  L. Hennequin décrit les tristes événements qui se déroulèrent en Valais : "Un rapport, fait par un membre du Corps législatif helvétique et transmis à Paris, accusait gravement la division du Valais commandée par le général Turreau. Elle opprime le plus le pauvre habitant. Elle pille, viole et maltraite, elle met les chevaux dans les prairies et les champs, et fourrage sans le moindre ordre... Le désespoir et la misère des habitants sont poussés au dernier degré”. 

Fort heureusement pour les Valaisans, Turreau quitte la région pour rejoindre sa nouvelle affectation à l'île d'Elbe le 7 septembre 1800, même si les troupes françaises occuperont la région jusqu'en 1803. Décidément, un bien sinistre individu que ce Turreau. L'historien français Gérard Walter a eu bien raison d'écrire à son proposColonnes infernales.jpg : « son nom déshonore le côté Est de l'Arc de Triomphe de l'Étoile»

Claude Bonard

Pour en savoir davantage :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonnes_infernales

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F21309.php

Illustration : Wikipedia

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17/01/2018

Un triste et étonnant spectacle le 20 janvier 1941 à la gare de Satigny

Le 19 juin 1940 le 45e Corps d'Armée français  demandait à se faire interner en Suisse après avoir affronté les Allemands au cours de violents combats dans un périmètre allant de Belfort à la frontière suisse. Parmi les troupes internées figurait le 7e Régiment de Spahis Algériens. Après s'être regroupés à Montfaucon, les Spahis  prendront leurs quartiers dans le Seeland et dans les régions d'Estavayer et de d'Yvonand.  Le 20 janvier 1941, ils quittent la Suisse pour rejoindre la zone libre française via Veyrier. 525 hommes et 311 chevaux sont acheminés au moyen de deux trains jusqu'à la gare de Satigny. A leur arrivée, plusieurs officiels et officiers suisses les accueillent et gèrent cette situation exceptionnelle. Mon père, le premier-lieutenant Robert Bonard, était de la partie. Il m'a laissé un témoignage dont je vous livre quelques extraits aujourd'hui :

Par un matin de janvier 1941 sombre et gris, je me trouvais sur le quai de débarquement d'une gare du Mandement genevois. Il avait neigé les jours précédents et l'on pataugeait dans les flaques de neige fondante. Sur ce quai de gare et aux alentours du bâtiment lui-même régnait une activité inhabituelle pour cette petite bourgade bien tranquille et bien assise dans son vignoble. C'était là en effet la dernière halte sur territoire suisse d'un train duquel descendirent les Spahis internés du 45e corps français du général Daille. Sur le quai, un va-et-vient incessant de groupes de spahis tenant leurs chevaux par le licol, les menant à l'abreuvoir ou en revenant ; je crois me souvenir que le long du quai il y avait un camion avec du fourrage. Les Spahis allaient et venaient, s'occupant davantage de leurs bêtes que d'eux-mêmes. En les regardant, en examinant leur visage, leur allure, leur habillement, des d'images remontaient du fond de ma mémoire.(…) Mais en ce jour de janvier 1941, que reste-t-il de leur panache ? Des hommes transis, vêtus d'une capote kaki, de pantalons bouffants, portant en bandoulière une besace à la couleur délavée mais arborant toujours le chèche. Au milieu de tout ce mouvement, arpentant le quai, je remarque un groupe d'officiers et de civils, Français et Suisses. Parmi ceux-ci, le général Daille, commandant du 45ème C.A. Français. Il m'a laissé une impression de calme dignité. Grand, mince, il avait un visage d'ascète me faisant penser à celui d'un autre officier, écrivain celui-là, André Maurois. Son regard était empreint d'austérité et ce jour-là également de tristesse. (...) Les hommes et les chevaux sont maintenant tous débarqués. Le ciel est toujours gris et bas, il pleut et il règne une atmosphère de regrets et de tristesse. Que sont-ils devenus aujourd'hui, ces hommes au regard alors lourd et triste mais toujours fier ?...”

Les Spahis prendront la route à pied, chevaux à la main, pour rallier Veyrier en passant par Lancy, Plan-les-Ouates, le Bachet- de-Pesay, Drize et Troinex. A Veyrier, ils franchiront la frontière en présence des autorités suisses et genevoises.

Claude Bonard

Spahis Daille.jpgPhoto Plt Robert Bonard

Pour en savoir davantage, lire mon blog du 18 juin 2017 : http://claudebonard.blog.tdg.ch/archive/2017/06/18/il-y-a-77-ans-le-19-juin-1940-les-spahis-algeriens-et-les-so-284719.html#.WUaBRvrOOHA.google_plusone_share

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