01/02/2018

Projet de loi polonais sur la Shoah, le sens de l'intérêt général doit reprendre le dessus

L'affaire du projet de loi polonais sur la Shoah prend une sale tournure.  Ce texte vise à sanctionner par des amendes ou des peines de prison allant jusqu'à trois ans de réclusion ceux qui attribuent "à la nation ou à l'Etat polonais" des crimes commis par les nazis  en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Les effets secondaires induits par ce texte  adopté tant par la chambre basse que par la chambre haute mais non encore ratifié par le Président de la République  se succèdent "à la vitesse grand V". et les fronts se durcissent. Hier soir, c'est le Département d'Etat américain qui réagissait, et à Varsovie, les autorités   interdisaient une manifestation nationaliste devant l'ambassade d'Israël.  Aujourd'hui,  c'est l'OSCE à Vienne qui se fend d'un communiqué.  Tout est parti il y a quelques jours de la réaction de l'Etat d'Israël  par rapport à l'idée même  des autorités polonaises de légiférer sur la Shoah C'est l'ambassadrice d'Israël qui a ouvert les feux lors de son allocution au cours de la cérémonie commémorative de la libération du camp d'Auschwitz en présence des rescapés des camps et de tous les représentants des corps constitués. Je ne peux peux pas  croire que son action n'ait pas été coordonnée avec son gouvernement. A y regarder de plus près, ce n'était   ni l'endroit ni le moment d'agir ainsi. Ceci étant dit, le malaise était perceptible depuis longtemps.

S'agissant du texte de loi suscitant cette tempête politique, émotionnelle  et médiatique, toute personne sensée  connaissant  un tant soi peu l'histoire de la Seconde guerre mondiale sait que l'Etat polonais n'est pour rien dans la construction des camps nazis en Pologne occupée, le seul gouvernement polonais ayant été alors le gouvernement polonais en exil à Londres reconnu par les Alliés.  La formulation  ambiguë de la  loi ouvre en revanche  la porte  à de  potentielles  pressions sur les chercheurs où qu'ils soient, qui étudient cette période. Elle  peut ainsi  être de nature à limiter la liberté d’expression, ce qui peut conduire insensiblement à brider la recherche historique. Comme l'a fort justement écrit le professeur Michel Grandjean dans la Tribune de Genève, il faut laisser les historiens faire leur métier.

Vu de Varsovie, j'ai  le sentiment d'assister aujourd'hui à un sinistre ballet dans lequel se mêlent à la fois l'incompréhension, la fierté de deux nations meurtries, une relecture de l'histoire, un antisémitisme latent qui ne demande qu'à refaire surface, des jeux diplomatiques et des calculs politiques iniques.  Tout ça peut très mal finir si le sens de l'intérêt général ne reprend pas le dessus. Ce débat surréaliste  et nauséabond est une insulte faite aux  victimes de la tragédie de la Shoah.Parlement polonais.jpeg

Claude Bonard 

12:31 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |