12/09/2018

Marignan 1515 - tordons le cou au mythe une fois pour toutes

13-14 septembre 1515, Il y a 503 ans a eu lieu la bataille de Marignan. Une bataille, que dis-je, un mythe  forgé  dans nos cantons depuis le XVIIe siècle selon l'historien Justin Favrod, et dont l'utilisation à hue et à dia en Suisse et en France a été mise ces dernières années au service des doctrines et/ou postures politiques les plus diverses avec une récupération éhontée. En 2015, au moment du 500e anniversaire de la bataille, l'historien Thomas Maissen faisait justement remarquer que  contrairement à ce mythe  fortement ancré dans la mémoire collective des Suisses, ce n'est pas à partir de leur  défaite de Marignan  que les cantons  ont adopté une politique de neutralité active sur le plan de leurs relations avec leurs voisins. Les leçons à tirer de la défaite de Marignan sont autres. Elles montrent que les Confédérés n'avaient pas - ou plus - les moyens financiers, militaires et logistiques de leurs ambitions  expansionnistes  en Italie. Pour le surplus, les progrès de l'art militaire combinant le feu, la mobilité  et le choc par l'intervention conjointe de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie signaient le glas du succès des rustiques carrés suisses. S'agissant de la neutralité,  Thomas Maissen a rappelé en 2015 que c'est en 1674 seulement  que la Diète fédérale la proclama comme politique d'Etat. En conclusion et pour remettre les pendules à l'heure, je vous propose de découvrir cet extrait du Dictionnaire Historique de la Suisse D.H.S. : "Jusqu'au milieu du XXe s., l'historiographie suisse glorifia l'héroïsme des Confédérés à Marignan et passa sous silence les problèmes de commandement et de discipline. Elle véhicula le mythe de la "leçon" de 1515, qui poussa les cantons dans la voie de la neutralité, alors que cette politique s'explique surtout par les divisions intérieures dues à la Réforme, par une série de défaites jusqu'en 1525 (Marignan, La Bicoque, Sesia, Pavie) et par l'importance des pertes dues au service mercenaire".

Tout est dit.

Claude Bonard 

Pour en savoir plus, lire  : La neutralité suisse n'est pas née à Marignan, par Thomas Maissen :https://www.tdg.ch/savoirs/neutralite-suisse-nee-marignan/story/19355982

Source : DHS.Entrée "Marignan"


Illustration 1 : Bataille de Marignan, François Ier à la tête de la cavalerie française affronte les Suisses. Bas-relief du tombeau de François Ier, Abbaye de St-Denis. Cliché Université François Rabelais.
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21:05 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

10/09/2018

Vienne, la victoire de Jean Sobieski contre Kara Mustafa donne lieu à une polémique étrange 335 ans après la bataille

Le 12 septembre prochain marquera le 335e anniversaire de la bataille de Vienne. C'est en effet au Kahlenberg, colline située aux portes de la capitale autrichienne que le roi de Pologne Jean Sobieski et son armée appuyant l'armée impériale du duc Charles V de Lorraine battit l'armée turque en 1683. Le siège de Vienne par les 130'000 Ottomans de Kara Mustafa pendant deux mois avait en effet menacé le cœur même de l'Empire et l'empereur Léopold 1er s'est mis en lieu sûr. La vista tactique de Sobieski a fait alors merveille. La charge de ses hussards cuirassés a tout emporté sur son passage. Ce fut “une belle cacade” pour les Ottomans qui, culbutés, abandonnèrent la partie et se replièrent. Cette victoire stoppa net l'expansion de l'empire ottoman en Europe. Pour tous les princes chrétiens et la papauté, Jean Sobieski fut désormais considéré comme   le “sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale”. 335 ans après, le roi Jean Sobieski se retrouve au cœur de l'actualité et ce n''est pas forcément pour la bonne cause. Une polémique pour le moins étrange secoue actuellement le Landerneau viennois du fait que les autorités de la capitale autrichienne auraient dit-on refusé quelques semaines seulement avant son inauguration, un monument à la gloire de Jean Sobieski sur le lieu même de ses exploits au Kahlenberg. Selon la municipalité de Vienne, le monument réalisé par le sculpteur polonais Czesław Dźwigaj serait par trop martial et guerrier et son auteur aurait été prié de le reprendre.  Depuis lors, des voix laisseraient entendre que ce recul serait le fait de la mairie de Vienne aux mains de la gauche, (parti social-démocrate - SPÖ). Une mairie désireuse de ne pas offenser la communauté turque établie en Autriche. Cette rumeur a été récemment reprise par le journal populaire « Krone Zeitung » et l'information circule aussi sur certains sites internet proches de la nébuleuse d'extrême-droite.  Plusieurs médias polonais ont aussi publié l'information. La polémique ne cesse d'enfler, Siemiginowski_John_III_Sobieski_with_his_son.jpgce d'autant que le socle du monument, érigé il y a quelques années avait déjà été maculé de slogans hostiles. Alors... intox,  fake news ou feu de paille ? L'avenir le dira. La mairie se défend de toute mauvaise intention et laisse entendre que l'érection d'un monument rappelant la victoire du roi Jean Sobieski reste d'actualité vu le rôle capital joué par le souverain polonais dans l'histoire de la capitale autrichienne. Malheureusement, cette péripétie s'ajoute à l'atmosphère qui règne depuis environ trois ans en Europe centrale et plus particulièrement sur les bords de la Vistule au sein des milieux ultra-nationalistes qui instrumentalisent la figure de Sobieski. Le valeureux roi  fait désormais figure de modèle à suivre en tant que “sauveur de la civilisation occidentale face aux hordes musulmanes désireuses d'envahir l'Europe chrétienne”. Le rappel de sa victoire de Vienne contre les Ottomans en 1683 figurait sur plusieurs calicots brandis par des groupuscules lors de la marche de l'indépendance du 11 novembre 2017 à Varsovie où les T-shirts noirs à l'effigie de Jean Sobieski sont très tendance. La mémoire du roi Jean mériterait mieux que d'être plus de trois siècles après sa victoire viennoise, au centre d'une polémique courtelinesque dans la capitale autrichienne. On pourrait en rire si le fond de l'histoire n'était pas si nauséabond, sans même parler de la récupération de son nom et de son portrait par des milieux au sein desquels on confond  en Pologne un patriotisme tout à fait honorable avec un nationalisme rétrograde et pernicieux.

 

Claude Bonard

14:13 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

04/09/2018

En marge du Jeûne genevois, les destins croisés de Genève et Lyon

Plusieurs auteurs de qualité dont Catherine Santschi, Olivier Fatio et Benjamin Chaix ont publié des textes à propos de l'origine du Jeûne genevois et de la tarte aux pruneaux que l'on déguste traditionnellement le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Ils ne m'en voudront pas, je l'espère, de me référer à leurs écrits dans ce court article. Généralement, il est d'usage de faire remonter l'origine du premier Jeûne documenté à Genève à l'année 1567 en signe de solidarité avec les protestants de Lyon victimes de répression. Si l'hypothèse des persécutions lyonnaises de 1567 contre les réformés est défendable quant à l'origine de notre Jeûne genevois, ce n'est pas la seule. Le professeur Olivier Fatio est nettement plus nuancé : « Il ne fut ni le premier ni le seul. Le jeûne est une ancienne célébration dont les premières manifestations remontent, à Genève, a début de la Réforme. (…) comme le dit Calvin : « quand le ventre est plein, l'esprit ne se peut pas si bien eslver à Dieu pour être incité d'une affection ardente à prières.” 

Telle est donc l'origine des jeûnes qui consistent à “offrir sa faim au profit d'une cause”. Mais l'estomac ayant tout de même ses exigences, il fallait tout de même prendre quelques forces. C'est ainsi que l'on prit l'habitude de confectionner des tartes aux fruits la veille de la date prévue pour le jeûne. ! Et quoi de mieux comme fruit que de cueillir des pruneaux cultivés dans nos régions d'août à septembre ! Ceci étant rappelé, je vous propose Sac de Lyon par les Calvinistes.jpgde nous intéresser à ce qui s'est passé à Lyon en 1567, ne serait-ce que parce qu'il se pourrait que les Genevois aient indirectement contribué aux événements qui, par ricochet, ont conduit à la répression catholique contre les protestants lyonnais en 1567 et en 1572. En effet, en 1562, Lyon est convoitée par les protestants. Les Genevois mettent alors à la disposition du baron des Adrets, une escouade de 50 cavaliers afin de renforcer son armée qui marche sur Lyon. Un homme redoutable et cruel que ce François de Beaumont, baron des Adrets qui sert tout d'abord le parti protestant avant de mettre son épée au service du parti catholique. Partout où il passe, c'est la désolation. A Lyon, son armée à laquelle est vraisemblablement rattaché le détachement de la cavalerie genevoise met la ville à sac. L'occupation « musclée » de Lyon par les protestants prendra fin le 15 juin 1563. En 1567, c'est l'explosion. Les protestants tentent un coup de force armé pour reprendre le pouvoir. L'affaire est manquée et la répression du parti catholique s'abat sur leur communauté. Beaucoup perdent la vie ou tentent de fuir la cité. C'est le cas de la famille du potier d'étain Pierre Royaume qui séjourne à Genève une première fois en 1569 pour s'y établir définitivement avec son épouse, Catherine Cheynel en 1572, point culminant de la violence envers les protestants dans la capitale des Gaules. En effet, quatre jours après la Saint-Barthélémy parisienne, des centaines de protestants sont massacrés à Lyon. Claude Goudimel, harmonisateur des psaumes de la Réforme dont le célèbre psaume 124 bien connu des Genevois, chanté chaque année à Saint-Pierre à l'occasion de la commémoration de l'Escalade, est au nombre des victimes. On le voit, l'hypothèse d'un jeûne institué à Genève en 1567 en témoignage de solidarité avec les protestants lyonnais peut s'expliquer vu la proximité qui existe entre les deux villes. Quant au Jeûne fédéral, c'est en 1832 seulement qu'il sera instauré et fixé au troisième dimanche de septembre sur proposition du canton d'Argovie en tant que jour d’action de grâces et de  pénitence pour toute la Confédération, à l'exception de Genève qui garda son Jeûne genevois le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Tiens... déjà une Genferei !

 

Claude Bonard

 

 

 


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