08/08/2017

Question lancinante : Ulrich Ochsenbein, Conseiller fédéral en Suisse, Général en France et binational aurait -il été un mauvais Suisse ?

Un parti politique que chacun aura reconnu ne veut pas de candidats binationaux ni de candidates binationales d'ailleurs, s'agissant de la succession de M. Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Quelle histoire ! Heureusement que ce parti n'existait pas dans sa forme actuelle au 19e siècle car en ce temps là, il aurait été frappé d'apoplexie à propos du parcours du dénommé Ulrich Ochsenbein, l'un des initiateur de la Constitution fédérale de 1848  qui devint ensuite Conseiller fédéral radical, et, n'ayant pas été réélu, devint Général dans l'armée française !  En un mot comme en cent, Ulrich Ochsenbein, puisque c'est de lui qu'il s'agit aurait été  frappé d'opprobre.

Qui était ce personnage singulier ? Ulrich Ochsenbein  était un homme politique bernois, propriétaire terrien  dans le Seeland et conservateur, il s'opposa à celui  qui fut d'abord son ami avant de devenir  son principal adversaire, Jakob Stämpfli. En 1882,défenseur de valeurs conservatrices et paysannes, Ochsenbein  milita au sein du  Parti populaire bernois.  C'est amusant lorsque l'on sait que ce parti défendait des idées proches de  celles du  Parti des paysans, artisans et Bourgeois (PAB) quelques décennies plus tard. Ce même  PAB qui deviendra  l'Union démocratique du centre (UDC) d'aujourd'hui...

Elu au Conseil fédéral le 16 novembre 1848, il  prit  la tête du Département militaire fédéral. Il ne fut pas  réélu en 1854 ayant trouvé  une nouvelle fois Jakob Stämpfli sur sa route. Outre ses activités politiques, Oschenbein oeuvra au profit de  sa région, le Seeland, notamment   dans le contexte  de la correction des eaux du Jura. Il réorienta  pourtant sa carrière et mit son épée au service de la France. Pourquoi me direz-vous ? 

Tout simplement parce que le prince Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l'Empereur Napoléon III avait grandi en Thurgovie et  avait accompli sa formation militaire à Thoune sous la direction de Guillaume-Henri Dufour. Il avait même servi comme capitaine dans l'artillerie bernoise et il appréciait  la formation militaire des Suisses.  Tiens, soit dit en passant, ce Guillaume-Henri Dufour, alors instructeur à l'Ecole militaire de Thoune , voilà encore un personnage à la suissitude suspecte!  Rendez-vous compte, il était né à l'étranger, à Constance, il s'était  formé  à Paris à l'Ecole polytechnique et  avait  participé à l'occupation de Corfou sous l'uniforme de l'armée de l'Empereur Napoléon 1er, croisant le fer contre les Anglais !  Comment a-t-il pu ensuite devenir ingénieur cantonal à Genève, général dans l'armée fédérale et l'un des pères fondateurs de la Croix-Rouge ! ce n'est pas très net tout ça pour un ancien officier français et un émigré ! 

Mais revenons à nos moutons.. non, pas ceux d'une certaine affiche mais au parcours de notre ancien  Conseiller fédéral bernois. Napoléon III souhaitait  créer une "Légion suisse". Ochsenbein usa de son influence pour faire renoncer l'Empereur à cette appellation qui aurait pu faire quelques vagues en Suisse, même si au même moment, les Anglais créaient une "British Swiss Legion" destinée au front de Crimée. Il  prit ainsi le commandement de ce que l'on appela la "2e Brigade étrangère" . Son parcours sera impressionnant puisqu'il deviendra général de brigade en 1855 pendant la guerre de Crimée, puis général de division en 1871 pendant la guerre franco-allemande.  En outre, "damned !" il était devenu binational, ayant  reçu la citoyenneté française sur ordre de l'Empereur   le À la suite de l’armistice du 28 janvier 1871, le général Ulrich Ochsenbein, titulaire de la croix de chevalier de la Légion d'honneur fut libéré de ses obligations militaires et rentra en Suisse où il tenta de revenir en politique, sans trop de succès et il est vrai . 

Alors : Ulrich Ochsenbein et, par la même occasion, Guillaume-Henri Dufour Dufour, binationaux à l'époque , auraient-ils été de mauvais Suisses dans une vision révisionniste de l'Histoire Ochsenbein civil.jpg ?  Je vous laisse imaginer quelle pourrait être la réponse si l'on s'en tient aux critères de la géométrie politique chère au regretté Pierre Dac qui la définissait ainsi : "le carré de l'hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l'imbécilité construite sur ses deux côtés extrêmes"... sauf qu'aujourd'hui il n'y a qu'un seul côté extrême... défavorable aux personnalités qui ont deux passeports.

 Claude Bonard

Sources : 

Lire dans le Dictionnaire Historique de la Suisse l'article qui lui est consacré : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F4633.php

Lire aussi : https://www.infolio.ch/livre/ulrich-ochsenbein-1811-1890.htm

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F3862.php

Site internet : http://farac.org/index.php/infos-farac/traditions-et-documents/item/johann-ulrich-ochsenbein-2

 

 

 

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03/08/2017

Madame Yamilah, Louis le Bien-Aimé et Jupiter. Que nous révèlent les sept boules de cristal ?

La voyante Yamilah est l'un de personnages clés des Sept Boules de cristal. Dans l'oeuvre d'Hergé, la voyante prédit la malédiction de M. Clairmont, l'un des membres de l'expédition du professeur Bergamotte. Aujourd'hui, Yamilah a été remplacée par les instituts de sondage !

Et les médias de l'Hexagone bruissent de prédictions ! Une, sept, dix, cent boules de cristal tournoient et scintillent et nous questionnent  à propos de la popularité du  Président de la République. La situation d'aujourd'hui me fait penser à une page de l'histoire de France un peu oubliée aujourd'hui. Scrutant les boules de cristal de la voyante Yamilah, je vois  défiler des images fugaces rappelant le temps d'un jeune roi aimé de tous au début de son règne. Etrange... comme c'est étrange... oui, c'est bien de lui qu'il s'agit ! Louis dit le Bien-Aimé,  roi de France et de Navarre qui succéda à l'âge de cinq ans à son arrière-grand-père Louis XIV. A l'issue de la Régence assurée par le festif et libertin duc d'Orléans (qui ne connaissait pourtant pas encore l'usage du scooter), Louis prend ses fonctions à l'âge de quatorze ans. Lorsqu'il accède au trône , il est l'unique rescapé de l'hécatombe qui vient d'anéantir la descendance française de Louis XIV. Après une sombre fin de règne , le royaume respire et espère.

Louis_XV_by_Maurice-Quentin_de_La_Tour.jpgL'espoir renaît. Louis est adulé. Les foules le chérissent et il bénéficie d'un très fort soutien populaire.  Le jeune roi est béni des dieux et Jupiter le prend sous son aile. Au début de son règne, la France connaît de grands succès sur le continent européen même si elle perd une bonne partie de son empire colonial, au profit des Anglais ; ce n'est toutefois pas grave pour le bon peuple. Soudain, le vent tourne. Le “Bien-Aimé et son gouvernement peinent à faire aboutir les réformes, notamment celle qui visait l'égalité de tous les habitants du royaume devant l'impôt. Insensiblement, les Français lui dénièrent son surnom initial de Bien-Aimé. Trop sûr de son jugement et pointilleux, parfois trop chevaleresque, le roi Louis XV commettra successivement plusieurs bourdes politiques, ce d'autant qu'en face de lui, il a pour principal adversaire le cynique et rugueux Frédéric II de Prusse. En politique intérieure, le Bien-Aimé ne veux pas déléguer et entend se passer de premier ministre. Ses idées de réforme administrative du pays sont pourtant clairvoyantes mais mal expliquées et donc mal comprises. Face à des oppositions convergentes, le roi recule et désavoue ses ministres et ses généraux. En manque d'autorité naturelle, il impose par force ses décisions politiques en invoquant le “droit divin” et se laisse guider par l'influente marquise de Pompadour, ce qui engendre insensiblement une crise de régime. L'épouse du Bien-Aimé, la reine Marie Leszczynska, discrète et effacée, pieuse fille du roi de Pologne n'y pourra rien, délaissée par son mari. A l'âge de soixante-quatre ans, Louis XV mourra à Versailles le 10 mai 1774 ayant déçu son peuple après cinquante-neuf ans de règne. Le “Bien-Aimé finira Mal-Aimé”.

Quant à Jupiter, qui fut à l'origine le dieu des éléments naturels à même de déclencher la foudre, son histoire est trop connue pour être rappelée ici si ce n'est qu'après la foudre, peut succéder le tonnerre et l'obscurcissement du ciel. Alors, 243 ans après le Bien-Aimé, fasse le ciel que la foudre de Jupiter n'obscurcisse pas le ciel de l'Elysée  et des autres palais de la République. Ce serait dommage et ce n'est pas Madame Yamilah qui me contredira, elle qui a le don de lire dans ses boules de cristal.

Claude Bonard

Pour en savoir plus : https://www.herodote.net/almanach-ID-907.php

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/08/14/01006-20090814ARTFIG00506--louis-xv-le-roi-prisonnier-de-sa-reputation-.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Sept_Boules_de_cristal

https://mythologica.fr/rome/jupiter.htm








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Quelques destins polonais en Suisse, partie II

En ces journées de canicule, je vous invite à découvrir trois nouveaux portraits qui rappellent que des personnalités polonaises exceptionnelles se sont établies en Suisse, s'illustrant dans les domaines de la culture, de l’art et de la science.

Antoni Norbert Patek de Prawdzic ( 1812 - 1877)

Antoni Norbert Patek de Prawdzic appelé aussi Antoine Norbert de Patek est né le 14 juin 1812 à Piaski Szlacheckie, district de Krasnystaw dans la voïvodie de Lublin en Pologne et décédé le 1ᵉʳ mars 1877 à Genève. Au moment de l'insurrection polonaise de novembre 1830 contre le régime du Tsar, Antoni Norbert sert dans la cavalerie en qualité d'officier subalterne au sein du Lieutenant Patek.JPG1 Pulk Strzelcow Konnych ( 1er régiment de chasseurs à cheval). Une affectation qui n'est pas étonnante puisqu'un autre membre de sa famille, le major Franciszek Patek de Prawdzic sert aussi au sein du régiment dont il prendra le commandement avec le grade de colonel en 1831. Le jeune Antoni Norbert récolta deux blessures au cours des combats, ce qui lui valut d'être décoré de l'ordre militaire "Virtuti Militari" qui est, aujourd'hui encore, la plus haute distinction militaire polonaise. L'insurrection polonaise fera long feu et une répression terrible s'abattra sur la Pologne. Les armées du tsar pourchassent impitoyablement les insurgés. Antoni Patek, comme tant d'autres, réussit néanmoins à rejoindre la Prusse, puis la France. Ainsi qu'en témoigne la biographie le concernant que l'on peut découvrir au Musée Patek-Philippe à laquelle je me réfère dans ce blog, le valeureux officier arrive à Genève après avoir passé par Cahors et Amiens. Avec son goût et ses dispositions pour l'art, Antoni Norbert qui a par obligation abandonné le métier des armes, suit dans un premier temps les cours de peinture du célèbre peintre et graveur Alexandre Calame. C'est alors qu'il  se lie avec une famille de Versoix, les Moreau, chez lesquels il fait la connaissance de la fille d'un commerçant français, Mlle Marie Dénizart qu'il épouse à Versoix en 1839. A la même période Antoni Norbert Patek commence à acheter des mouvements de montre auprès des horlogers genevois déjà connus pour la qualité de leurs produits et, sous sa direction, les fit garnir de boîtiers. Dès le début, il attache la plus haute importance à la qualité et à la valeur artistique des pièces. Il parvient assez rapidement à trouver une clientèle d'acheteurs appréciant la qualité exceptionnelle de sa production. En 1843, il est naturalisé à Genève devient citoyen suisse. Sur le plan professionnel, Antoni Norbert fonde  tout d'abord une société avec un  compatriote François Czapek. Puis, suite à une rencontre providentielle à Paris, il s'associe avec le célèbre horloger français Jean Adrien Philippe. La suite de l'histoire, nous la connaissons tous. avec le développement de la prestigieuse manufacture Patek-Philippe qui constitue depuis cet époque  l'un des fleurons incontestés de la haute horlogerie genevoise.

L'enregistreur NAGRA et la fabuleuse histoire de la famille Kudelski

Dans le monde des enregistreurs, le NAGRA est ce que la Rolls ou la Ferrari sont au monde de l’automobile. La fabuleuse aventure du meilleur appareil enregistreur de tous les temps, utilisé par tous les grands reporters de l’après-guerre est le fruit de l’imagination d’un génial ingénieur polonais, Stefan Kudelski, né à Varsovie le 27 février 1929. La seconde guerre mondiale jette sur les routes de l’exil de nombreux Polonais et c’est finalement en Suisse que s’établit la famille Kudelski où le jeune Stefan étudie à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne avant de créer l’entreprise qui porte son nom et de mettre au point le premier enregistreur NAGRA. Cet appareil révolutionnaire et d’une robustesse à toute épreuve est très vite adopté par les professionnels de la radio et du reportage dans le monde entier. Au fil du temps et des mutations technologiques, la gamme des NAGRA se perfectionne et Stefan Kudelski enrichit et diversifie la production de son entreprise pour en faire l’un des plus beaux fleurons de la technologie suisse. Aujourd’hui, le Groupe Kudelski dirigé par André Kudelski, fils de Stefan, est l’un des leaders mondiaux de la télévision et de la sécurité digitale, des réseaux mobiles et de l’électronique.

Waclaw Micuta (1915-2008) : Un héros de l’insurrection de Varsovie à l’ONU

Dans le monumental ouvrage qu’il consacre à l’insurrection de Varsovie d’août 1944, l’historien Norman Davies cite à plusieurs reprises le nom de Waclaw Micuta (« Wacek ». Officier appartenant au bataillon « Zoska » , Waclaw Micuta devient sans l’avoir cherché un héros pendant l’insurrection en tant que commandant de la seule unité blindée de l’AK ( l’Armée Secrète polonaise) en capturant un tank « Panther » allemand et en libérant avec sa section un camp de concentration allemand situé à l’intérieur des murs de ce qui restait de l’ancien Ghetto de Varsovie. Après la guerre, Waclaw Micuta poursuit un temps ses activités clandestines contre le pouvoir communiste puis quitta la Pologne en 1948. Il rejoint alors  la Suisse avec sa famille et trouve un emploi au sein du siège européen des Nations Unies à Genève. C’est au sein des institutions onusiennes qu’il il effectue une brillante carrière jusqu’à sa retraite en 1976. Waclaw Micuta, économiste de formation, se fait rapidement un nom au sein de la Genève internationale et participe à de nombreuses missions, souvent délicates, en Afrique. Ayant atteint l’âge de la retraite, Waclaw Micuta ne reste pas inactif et déploie une intense activité en tant que consultant. Il se fait l’ardent promoteur des énergies renouvelables au moment où la conscience écologique de nos pays développés est encore absente du débat politique. Tant au sein de la prestigieuse Fondation de Bellerive qu’avec son « Renewable Energy Development Institut (REDI), Waclaw Micuta s’engage au profit des pays en voie de développement et conçoit à leur intention divers équipements techniques dont la rusticité et les coûts d’exploitation limités assurent le succès. Etabli à Genève, Waclaw Micuta est aussi très actif au sein des associations regroupant les Polonais vivant en Suisse. Le 10 avril 2007, déjà titulaire de la prestigieuse décoration militaire  "Virtuti Militari", Waclaw Micuta est décoré de la croix de commandeur de l’Ordre "Polonia Restituta " par le feu le président Lech Kaczynski. Waclaw Micuta est décédé à Genève le 21 septembre 2008, laissant le souvenir d’une personnalité qui a servi avec brio cette Genève internationale qu’il aimait tant.

La suite très bientôt.

Claude Bonard

 

 

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