06/10/2017

TPG : on revient au temps de Galinette et Fripon

Imaginons un peu ce dialogue du temps passé  à l'arrêt  Place de Neuve :

"Oh cocher ! pouvez-vous stopper votre brave Galinette qui pourra ainsi faire son crottin? je dois prendre ma correspondance pour la ligne 14 avec Marius et Fripon direction Meyrin ".

C'était charmant  ! ça le sera de nouveau maintenant à Genève où les usagers des TPG devront systématiquement demander un arrêt. Sauf qu'il n'y aura plus ni Galinette ni Fripon. 

Dommage, et ce sera moins romantique.

Et comme l'a écrit Napoléon Bonaparte qui s'y connaissait  en transports publics  avec les stations de Métro Austerlitz, Wagram   Pyramides ou Caulaincourt :

 " On peut s'arrêter quand on monte, jamais quand on descend !

Claude Bonard

 Post-scriptum  :  Ouf !  Galinette et Fripon peuvent se réjouir depuis le paradis des chevaux ! S'agissant des trams, non plus ceux du bon vieux temps des trams  à chevaux mais ceux de nos  TPG;  « les arrêts du réseau tramway restent fixes, sauf les arrêts «Maisonnex» (ligne 18), «Dode» (ligne 14), «Grangettes» (ligne 12) et «Piscine de Lancy» (ligne 15) ».  C'est la Julie qui nous le confirme  pour le plus grand soulagement de la population de Piogre.

Tramway Chevaux.jpg


Photo : notreHistoire.ch (D.R.)

12:27 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

04/10/2017

Catalogne : A quoi sert l'histoire, sinon à relier les unes aux autres les générations qui passent et à représenter la continuité de l'effort humain ?

Ce qui se passe actuellement en Catalogne, en Ecosse, et aussi de manière pour l'instant plus ou moins feutrée avec des aspirations à plus d'autonomie sans nécessairement aspirer à l'indépendance en d'autres régions européennes, par exemple en Irlande du Nord, en Lombardo-Vénétie, au Tyrol, en Corse, en Bretagne, dans les Flandres, au Pays Basque ou en Savoie, doit rendre humbles en regard du temps long de l'histoire. Certaines revendications ne doivent pas être reçues avec mépris voire condescendance par les pouvoirs centraux issus des Etats-Nation qui sont un pur produit du 19e siècle. En d'autres termes, dans les Etats dont « confortablement »  la communauté politique assure la légitimité de l'Etat , nous correspondons à cette définition de l'UNESCO qui veut que nos Etats représentent « une entité au sein de laquelle les frontières culturelles se confondent avec les frontières politiques ». C'est confortable, mais comme tout confort, le dérangement n'est pas loin. Pour nous Suisses, avec nos quatre cultures, notre aventure collective qui remonte à 726 ans de vie commune fut semée d'embûches, fut tourmentée et souvent violente. On ignore par exemple que la Confédération des treize cantons qui s'écroula en 1798 n'était constituée que de cantons alémaniques. ! Kappel.jpegPlus tard, ce fut souvent dans la douleur que nous avons accouché d'une communauté d'individus qui partageaient, du moins nous le croyons aujourd'hui, un certain nombre de valeurs et surtout qui croyaient à ce qu'ils entreprenaient. C'est à coup de mues profondes, au cours de crises, de convulsions, et de compromis pas toujours glorieux mais réalistes que la Confédération est arrivée à maturation. Elle s'est déchirée au cours de la Première Guerre mondiale mais les coutures étaient assez solides pour tenir. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la cohésion nationale s'est renforcée et l'essentiel a été sauvegardé et la Confédération en est ressortie fortifiée. Ce processus, qu'on le veuille ou non, n'est pas terminé, ni chez nous, ni au sein des pays qui nous entourent. Il est évolutif.  S'agissant de la "question jurassienne", le récent vote de Moutier nous le confirme. En d'autres termes, l'histoire d'un pays, d'une région, d'un peuple est constituée de phases évolutives et de tensions comparables à ces événements que les géologues appellent un  « processus de sédimentation ». Ce qui se passe en ce moment à l' quelques centaines de kilomètres de Genève au sud de l'Europe me rappelle ces sages paroles de l''historien Jean-Rodolphe de Salis qui, dans ses « Réflexions sur l'étude de l'histoire » publiées en 1936 au moment de la montée des périls totalitaires en Europe s'interrogeait  : « A quoi sert l'histoire, sinon à relier les unes aux autres les générations qui passent, et à représenter la continuité de l'effort humain ? Tant qu'il y a une histoire, nous resterons en possession de l'héritage que nos devanciers nous ont légués. Si vous l'abolissez, nous ne serions bientôt que de lamentables dépossédés qui retomberaient en barbarie. Nous cesserions en effet de comprendre le monde qui nous entoure, et, ne le comprenant plus, il serait comme un arbre à qui on a coupé ses racines ».

Ne soyons pas des arbres coupés de nos racines ! Je vous laisse méditer les propos de Jean-Rodolphe von Salis qui n'ont pas pris une ride. Et sachons, les uns et les autres, ici et ailleurs, ne pas sombrer dans la barbarie. Notre monde actuel que ce soit de l'autre côté de la mer Méditerranée ou  encore plus près de nous à l'Est de l'Europe aux confins de l'Ukraine  sans parler des côtes de la "grande bleue" nous montre que c'est toujours possible. 

Claude Bonard

18:48 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

02/10/2017

Avec l'incendie de Goumois, c'est un bâtiment témoin de l'Histoire qui vient de partir en fumée.

Je suis triste ce matin en apprenant la nouvelle de l'incendie qui a ravagé un bâtiment à proximité immédiate de la douane de Goumois dans le Jura. Bien qu'inhabité et en mauvais état, ce vénérable immeuble fut  en effet le témoin d'événements historiques puisqu'il est situé à l'endroit même où le 19 juin 1940, près de 13'000 militaires polonais appartenant à la 2e Division de chasseurs à pied incorporée au 45e C.A. de l'Armée française franchirent la frontière suisse. Rappel des faits : A l’issue de combats retardateurs acharnés menés contre les troupes allemandes, notamment à Maîche et au Clos du Doubs, le général Bronislaw Prugar-Ketling se trouve dans une situation intenable. Il prend la décision de se faire interner en Suisse. Les Polonais passent la frontière à Goumois et gagnent Saignelégier. Ils resteront en Suisse jusqu'en 1945. A leur retour en Pologne, ils seront accueillis comme des parias par le nouveau régime inféodé aux Soviétiques. Leur chef, le général Prugar-Ketling, périra mystérieusement en 1948. Malgré leur internement, ces militaires impressionnèrent la population des Franches-Montagnes par leur tenue et leur discipline. Au cours des années de "Mob ", en règle générale, la population suisse manifesta à leur égard des sentiments empreints de sympathie et de bienveillance et l’on assista même à plusieurs mariages. Ces Polonais internés en Suisse ont joué un rôle significatif dans le cadre de la mise en oeuvre du plan Wahlen. En effet, entre 1940 et 1945, ils effectuèrent  8,3 millions de jours de travail, dont 1,4 million dans le Réduit. 845 ha de marais seront drainés et asséchés, 160ha de terrain seront nivelés et nettoyés de leurs pierriers, sans parler des travaux forestiers où 23'000m3 de bois de construction seront mis à disposition de notre économie. Ils construiront aussi 282km de nouvelles routes et chemins et remettront en service de nombreuses mines de charbon désaffectées depuis la première guerre mondiale. Au cours des années de guerre 1940/1945, les universités suisses accueillent de nombreux « militaires-étudiants ». 466 d'entre-eux obtiendront un diplôme universitaire parmi lesquels il faut mentionner 123 thèses de doctorat et 2 habilitations. Partout en Suisse, divers monuments rappellent la présence des internés polonais, notamment  à Locarno,  Wiesendangen, Büren, Melchnau, Giswil, Madiswil, Alpnach, Losone ou encore Melchnau et Saint-Blaise pour n’en citer que quelques uns. Avec l'incendie de Goumois, c'est une parcelle d'histoire qui vient de partir en fumée.

 Claude Bonard

Pour en savoir davantage :  

Sygnarski Jacek, Jungo Christian, Emery Laurent : Helvétie terre d’accueil. Espoirs et vie quotidienne des internés polonais en Suisse 1940-1946 en images, Montricher, Editions Noir sur Blanc et Fondation Archivum Helveto-Polonicum, 2000, pp. 30-49.

Photo : rfj.ch (D.R.)Goumois incendie.jpeg

11:04 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |