29/11/2017

Bientôt le 57e Concours Hippique International de Genève - Hommage à deux grands artistes -

Dès le 7 décembre prochain aura lieu à Palexpo la 57e édition du Concours Hippique International de Genève faisant partie du partie du "Rolex Grand Slam of Show Jumping". Il fut un temps hélas lointain où les affiches des concours hippiques, à Genève, Lucerne, Yverdon, St-Gall et Thoune notamment, étaient réalisées par des artistes qui peignaient et dessinaient les chevaux avec une maestria exceptionnelle. J'aimerais rappeler aujourd'hui  la mémoire de deux d'entre eux, Edouard Elzingre et Iwan E. Hugentobler qui furent en Suisse les maîtres inégalés de la peinture équestre et dont les œuvres étaient, du temps de mon enfance, reproduites dans la presse locale au moment du concours hippique pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Edouard Elzingre est né le 2 juillet 1880 à Neuchâtel et décédé en 1966 à Genève. Artiste-peintre et illustrateur, il a créé de nombreuses affiches et illustré plusieurs livres d'histoire dont la célèbre trilogie d'Alexandre Guillot composée de la nuit de l'Escalade en 1915, du siècle de la Réforme en 1917 et de la Restauration genevoise en 1919. Ses sujets de prédilection étaient outre l'histoire, le monde du cheval, du concours hippique et des courses.

Iwan E. Hugentobler, moins connu en Suisse romande est né en 1886 à Degersheim et décédé en 1972 à Zurich. Dessinateur, peintre et graphiste, il a excellé dans les sujets équestres et militaires. Parmi ses créations les plus célèbres, les plus anciens d'entre-nous  se souviennent de  son affiche publicitaire pour les cigares Rössli représentant un cheval gris; une publicité Elzingre concours hippique.jpeg qui fit fureur dans l'immédiat après-guerre. Iwan E. Hugentobler a travaillé pendant de nombreuses années pour la revue équestre “Der Kavallerist” ( Le cavalier).

Que leur souvenir demeure et par Saint-Georges, vive la cavalerie et bon concours hippique ! Rendez-vous nombreux à Palexpo !

Claude Bonard

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27/11/2017

Varsovie - Bruxelles et Targowica, une douteuse instrumentalisation de l'Histoire

Il y a quelques jours, le parlement européen a exprimé une nouvelle fois sa préoccupation s'agissant du respect de l'Etat de droit en Pologne. Au cours de leurs interventions, les parlementaires  polonais  issus  de l'opposition  qui siègent à Bruxelles ont fait part de leurs craintes, suscitant ainsi de vives réactions au sein des députés issus de la majorité. A Varsovie, le gouvernement  unanime n'a pas caché sa profonde irritation suite à ces déclarations qualifiées d'irresponsables. Depuis lors, dans toute la Pologne, les députés "félons" sont affublés du sobriquet de “disciples de Targowica”. Et ce dernier week-end, dans une ville polonaise que je ne citerai pas par décence, un mouvement ultra-nationaliste a organisé une manifestation publique au cours de laquelle les portraits encadrés des députés “félons” ont été pendus à des gibets de bois. Pour mieux comprendre à la fois le sobriquet de “Targowica” et la douteuse mise en scène de cette  pendaison symbolique, il faut faire un peu d'histoire : En 1764, à Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski succède à Auguste III. Sous son règne, le rayonnement culturel de la Pologne se caractérise par un essor remarquable. En revanche, le roi, qui avait été l’amant de la Grande Catherine devient insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoque en 1768 une  révolte. Quelques années plus tard et après un premier partage amputant le pays, les réformateurs polonais font adopter le 3 mai 1791 par la Grande Diète une Constitution inspirée des principes libéraux de la Révolution française. Une partie de la grande noblesse polonaise craignant de perdre ses privilèges n'accepte pas la nouvelle constitution et sollicite l'intervention de la Grande Catherine et de l'armée russe pour « mettre fin à l'anarchie » qui règne en Pologne. Cet appel prend le nom, de Confédération de Targowica, (Ukraine). L'armée russe entre en Pologne le 18 mai 1792 et le roi est contraint de reconnaître la Confédération. En signe de réprobation, les patriotes défenseurs de la Constitution du 3 mai 1791 dressent des gibets et pendent symboliquement des portraits du roi  Poniatowski. Un peintre français au service de la noble  famille Czartoryski,  Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine, a immortalisé la scène dans un tableau désormais célèbre en Pologne. Le pays plonge alors dans le désordre. Finalement, l'intervention militaire de la Prusse aux côtés de la Russie va aboutir au second partage de la Pologne en 1793. Aujourd'hui, sur les bords de la Vistule, traiter quelqu'un de Targowica est l'injure suprême synonyme de collabo. Vous l'aurez compris, les parlementaires européens polonais de l'opposition qui ont exprimés leurs craintes  à propos du respect de l'Etat de droit sont assimilés aux collabos de Targowica et le parlement européen symbolise l'ours russe de 1792 prêt à se jeter sur la Pologne. Quant à la sinistre pendaison mise en scène ce week-end, elle puise sa source dans le  tableau "patriotique" de Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine.  Un un mot comme en cent, toute cette affaire a l'arrière-goût d'une douteuse  instrumentalisation de l'Histoire.

Claude Bonard

Targowica.jpgIllustration : tableau de Jean-Pierre Norblin de la Gourdaine.





 



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24/11/2017

Escalade de 1602, l'énigme historique et artistique du jour

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Dans ses compositions représentant l'Escalade de 1602, l'artiste Edouard Elzingre (1880-1966), nous montre presque toujours les assaillants savoyards coiffés du casque portant le nom de bourguignotte, presque jamais de armets savoyards. Or si l'on examine les trophées  recueillis par les Genevois victorieux sur place au lendemain de l'Escalade de la nuit du 11 au 12 décembre 1602, on s'aperçoit que les casques portés par les troupes  du détachement d'assaut du Duc de Savoie étaient presque tous des armets  noircis de type savoyard. Parfois des morions ou des cabassets.  Notre musée d'art et d'histoire possède de nombreux  exemplaires de armets savoyards. Ce casque se caractérise par un mézail qui protège le visage, le plus souvent en forme de visage humain grimaçant ou muni d'ouvertures qui y font ressembler. La visière du casque est apparente, plate, au dessus des yeux. Edouard Elzingre, dans ses dessins et aquarelles a dessiné les Savoyards coiffés d'une bourguignotte, un  modèle de casque originaire de Bourgogne qui apparaît au temps de la Renaissance et va connaître très vite une grande popularité, notamment au sein de la noblesse. Question : pourquoi Elzingre en a-t-il fait son modèle de casque préféré, porté aujourd'hui encore par de nombreux cavaliers du cortège de l'Escalade alors que le butin de l'Escalade n'en compte aucune  ? L'explication est probablement à trouver lorsqu'on feuillette les albums historiques richement illustrés très en vogue au 19e siècle et au début du 20e, notamment en France, rappelant les grandes heures de l'Histoire, et que l'on doit aux géniaux illustrateurs qu'étaient notamment JOB ou Hermann Vogel. La bourguignotte, magnifique casque découvrant les traits du visage recueillait alors la faveur des artistes et illustrateurs et les grands seigneurs et  grands capitaines  qu'ils dessinaient en étaient toujours coiffés. Elzingre n'a fait dès lors que prendre le train en marche et a représenté ses personnages coiffés d'une bourguignotte. CQFD. 

Claude Bonard

 

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