24/11/2017

Escalade de 1602, l'énigme historique et artistique du jour

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Dans ses compositions représentant l'Escalade de 1602, l'artiste Edouard Elzingre (1880-1966), nous montre presque toujours les assaillants savoyards coiffés du casque portant le nom de bourguignotte, presque jamais de armets savoyards. Or si l'on examine les trophées  recueillis par les Genevois victorieux sur place au lendemain de l'Escalade de la nuit du 11 au 12 décembre 1602, on s'aperçoit que les casques portés par les troupes  du détachement d'assaut du Duc de Savoie étaient presque tous des armets  noircis de type savoyard. Parfois des morions ou des cabassets.  Notre musée d'art et d'histoire possède de nombreux  exemplaires de armets savoyards. Ce casque se caractérise par un mézail qui protège le visage, le plus souvent en forme de visage humain grimaçant ou muni d'ouvertures qui y font ressembler. La visière du casque est apparente, plate, au dessus des yeux. Edouard Elzingre, dans ses dessins et aquarelles a dessiné les Savoyards coiffés d'une bourguignotte, un  modèle de casque originaire de Bourgogne qui apparaît au temps de la Renaissance et va connaître très vite une grande popularité, notamment au sein de la noblesse. Question : pourquoi Elzingre en a-t-il fait son modèle de casque préféré, porté aujourd'hui encore par de nombreux cavaliers du cortège de l'Escalade alors que le butin de l'Escalade n'en compte aucune  ? L'explication est probablement à trouver lorsqu'on feuillette les albums historiques richement illustrés très en vogue au 19e siècle et au début du 20e, notamment en France, rappelant les grandes heures de l'Histoire, et que l'on doit aux géniaux illustrateurs qu'étaient notamment JOB ou Hermann Vogel. La bourguignotte, magnifique casque découvrant les traits du visage recueillait alors la faveur des artistes et illustrateurs et les grands seigneurs et  grands capitaines  qu'ils dessinaient en étaient toujours coiffés. Elzingre n'a fait dès lors que prendre le train en marche et a représenté ses personnages coiffés d'une bourguignotte. CQFD. 

Claude Bonard

 

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22/11/2017

Second milliard de cohésion destiné aux pays de l'Europe de l'Est. Halte au feu !

Si j'en juge la carte des pays concernés par le second milliard de cohésion destiné aux pays de l'Europe de l'Est, je m'interroge, car à voir ce que je vois, ce sont les mêmes pays qui ont bénéficié du premier milliard de cohésion en 2006 qui sont concernés. Lors de la votation de 2006 j'ai voté OUI avec enthousiasme. Mais aujourd'hui, 11 ans après, je m'interroge et je suis plus que dubitatif. Que vois-je en effet dans certains de ces pays ? Sur les bords des grands fleuves de l'Europe de l'Est, suivez mon regard, de funestes musiciens, dignes du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, tentent de charmer les opinions publiques avec des mélodies aux sons pervers.  Je vois aussi que de belliqueux aigles noirs tournoient dans le ciel.

Jean de La Fontaine (1621-1695) a écrit cette belle fable intitulée L'oiseleur, l'autour et l'alouette. Rappelez-vous :

Les injustices des pervers
Servent souvent d'excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l'Univers :
Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres.
Un manant au miroir prenait des oisillons.
Le fantôme brillant attire une Alouette :
Aussitôt un Autour, planant sur les sillons,
Descend des airs, fond et se jette
Sur celle qui chantait, quoique près du tombeau.
Elle avait évité la fatale machine,

Alors, lorsque je vois ce qui se passe dans deux des principaux pays bénéficiaires du premier milliard "de cohésion" et potentiels bénéficiaires du second, je suis révolté  car je me demande où sont désormais les injustices et qui sont les pervers de la fable ? Et qui sont ceux qui sont aux manettes à l'Est de l'Europe et de cette fatale machine dont parle La Fontaine... Je ne souhaite pas que notre pays soit comme l'alouette de la fable, attirée par un fantôme qui à défaut d'être brillant serait   en l'occurence plutôt pitoyable. Lorsque je vois le viol des consciences assumé, et aussi celui des valeurs de l'Europe qui fait florès à deux heures d'avion de Genève, je me dis que trop c'est trop ; ce qui me fait saigner le cœur pour l'Européen convaincu que je suis. Alors évitons de fournir clés en mains de nouveaux instruments de musique aux  néfastes disciples du joueur de flute de Hamelin pour éviter qu'ils ne diffusent à nos dépens leur sinistre musique. La Suisse n'a rien à gagner à promouvoir les idées de l'extrême droite ultra-conservatrice et nationaliste à l'Est de l'Europe.

Oiseleur.jpgClaude Bonard

 

 

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21/11/2017

En 1927 la commémoration de l'Escalade de 1602 provoque un incident diplomatique à la SDN

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Depuis l’annexion de Vilnius par la Pologne le 9 octobre 1920, les relations entre les deux pays sont exécrables. Le 5 septembre 1920 déjà, la Pologne saisissait le Conseil de la Société des Nations (SdN) afin de trouver une solution diplomatique au conflit. En 1927, la situation se dégrade encore plus et la Lituanie est quasiment en état de guerre avec la Pologne. Elle saisit la SdN et porte plainte contre la Pologne. A son tour, Varsovie adresse une note diplomatique aux principales puissances membres de la SdN réfutant le 29 novembre 1927, la thèse de l’agression et du complot. Afin d’apaiser les tensions, le maréchal Pilsudski, le père de l'indépendance polonaise décide de se rendre à la mi-décembre à Genève où le différend polono-lituanien fait l’objet des discussions du Conseil de la S.d.N. C’est alors qu’un événement de l’histoire genevoise provoque involontairement un incident diplomatique qui met le feu aux poudres. Le Conseil décide en effet d’ajourner ses travaux en raison de la commémoration de l'Escalade. Il convient de rappeler que la Compagnie de 1602 avait été créée un an auparavant, en 1926, donnant une ampleur nouvelle à la célébration de l'Escalade. Cette décision irrite Pilsudski  au plus haut point. Le maréchal veut quitter Genève et rentrer à Varsovie. Le Conseil de la S.d.N. Fait marche arrière et une séance extraordinaire est convoquée dans l’urgence pour éteindre l’incendie diplomatique causé par l'Escalade. C’est au cours de cette session qu’est élaboré un compromis qui apaise pour un temps la crise entre la Pologne et la Liutanie. Cette décision ne  constituera qu’un répit de courte durée car en 1935, au moment de la mort de Pilsudski, le contentieux entre les deux nations sera toujours aussi aigu.

Claude Bonard

 

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