21/05/2018

Le 21 mai 1536, Genève adopte la Réforme

Avant l’arrivée de la Réforme, les relations entre Genève et les Suisses connaissent des hauts et des bas puis se renforcent. En 1533, l’évêque Pierre de la Baume s’enfuit de Genève, un an plus tard, Fribourg dénonce son traité de combourgeoisie. Seule subsiste désormais l’alliance avec Berne, qui envahit le Pays de Vaud, le Genevois, le Chablais et le Pays de Gex en 1536. Dans le cadre de ce que le professeur Alfred Dufour appelle dans son Histoire de Genève « les aléas de la paix bernoise », Berne manœuvre ouvertement afin de peser de tout son poids sur la conduite des affaires genevoises, obligeant la République à se plier à ses exigences, notamment celle de ne plus conclure d’alliance politique sans son accord. Berne signe aussi avec la Savoie sans égards pour ses alliés de Genève, le traité de Lausanne de 1564 grâce auquel le duc Emmanuel-Philibert retrouve ses territoires perdus en 1536, à savoir le Pays de Gex, le Genevois et le Chablais. Genève est désormais encerclée par la Savoie et la Contre-Réforme progresse dans les pays rendus à la Savoie, sous l’impulsion de Saint-François de Sales. Désormais, le prochain conflit entre Genève et la Savoie est programmé. Le 21 mai 1536, Genève adopte la Réforme. Jean Calvin imprime sa marque sur ce qui va devenir la Rome protestante. Ce ne sera pas sans heurts ni soubresauts. Calvin séjourne une première fois à Genève de 1536 à 1538 à la demande de Farel. Les initiatives qu’il prend afin de réorganiser l’Eglise de Genève et aussi pour régir les mœurs indisposent fortement une partie des élites genevoises, il doit quitter la ville. Après une période troublée au cours de laquelle s’affrontent les partisans de Farel et Calvin et les citoyens prêts à plier l’échine face à la tutelle bernoise, Calvin est rappelé. Il consacrera sa vie à Genève, faisant rayonner sa doctrine dans une bonne partie de l’Europe.

 

Claude Bonard

Illustration : ge.ch /AEG (D.R.)

Source : Alfred Dufour, Histoire de Genève, PUF  - Que sais-je - 1997

Réforme 21 mai 1536.jpg

 

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15/05/2018

Gaza : "C’est pire qu’un crime, c’est une faute."

"C’est pire qu’un crime, c’est une faute." Cette formule, prêtée à tort à Monsieur de Talleyrand fut en réalité prononcée par Antoine Claude Joseph Boulay, député de la Meurthe qui la prononça en apprenant l’exécution du Duc d’Enghien, le 21 mars 1804 !

Aujourd'hui, je la fait mienne, horrifié après le bain de sang de Gaza. Un événement dont on n'a pas fini de parler au plan humain et aussi géopolitique.... avec en prime cette inauguration d'ambassade saugrenue à Jérusalem. "Plus sotte que grenue" comme l'aurait dit le regretté Coluche qui s'y connaissait en bêtise humaine. Gaza_Strip_map_-_fr.svg.pngDans la tragédie, de Gaza du 14 mai 2018 même si le Hamas  porte sa part de responsabilité, les tirs de Tsahal me rappellent ceux du "Bloody Sunday" du 30 janvier 1972 en Ulster où 27 personnes ont été prises pour cible par des militaires britannique invoquant une action de légitime défense. Ou encore à la fusillade de la rue d'Isly, du 26 mars 1962 devant la grande poste de la rue d'Isly à Alger faisant 80 morts et 200 blessés suite aux tirs  de troupes françaises paniquées. Dans les cas que je viens de citer, à Alger et dans le Bogside à Derry en Irlande du Nord, et maintenant à Gaza, on se trouve face à des réactions militaires inappropriées. Et en Suisse, n'avons nous pas eu notre "temps des passions", celui des événements du 9 novembre 1932 à Genève ayant fait 13 morts et 65 blessés, suscitant le débat jusqu'à aujourd'hui  ? Ou encore à Zurich en 1918, où l'on a frôlé le drame au moment de la grève générale ?  Pour revenir au moment présent, à Gaza, ce qui vient d'arriver est une faute. Je le dis avec d'autant plus de tristesse que tôt ou tard, Israéliens et Palestiniens devront s'entendre. Yitzhak Rabin et Yasser Arafat avaient montré le chemin et ouvert une brèche afin de mettre fin à la spirale de   la violence et de la confrontation. Cette brèche  a été comblée pour le plus grand malheur des populations de cette région qui se retrouvent démunies, prises  sous les griffes des faucons de tous bords. Le drame de  Gaza me fait penser à cette  autre citation que l'on prête à   Jean Cocteau  : "le drame de notre temps c'est que la bêtise se soit mise à penser". 

Claude Bonard 

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12/05/2018

Mai 1926 Pologne, un citoyen fribourgeois devient Président de la République malgré lui...

Moscicki.jpg

Le 12 mai 1926 marque la date du coup d’État militaire qui porta le maréchal Jozef Pilsudski au pouvoir en Pologne.  Le "père de la nation" était irrité par l’instabilité des gouvernements  et par l’anarchie croissante qui minait  les fragiles  institutions polonaises.  Pilsudski ne devint pourtant pas chef de l'Etat et  ne souhaita pas, contrairement à Bonaparte après Brumaire,  prendre la tête de l'Etat.  C'est ainsi que le discret professeur Ignacy Moscicki  revenu de Suisse  quelques années auparavant se retrouva un peu (beaucoup) malgré lui, élu à la présidence de la République le 1er juin 1926 par l'Assemblée nationale. Moscicki était diplômé de la faculté des sciences de l’université de Fribourg . Il  avait acquis la nationalité suisse, devenant bourgeois de la commune de Chandon. A la fois scientifique et entrepreneur, il avait aussi créé avec succès  la société des condensateurs de Fribourg. Pilsudski et Moscicki , tous deux socialistes,  étaient  de vieux compagnons de lutte depuis leur première rencontre à Londres en 1894. Après le coup d’Etat de 1926 et surtout dès 1936, l’opposition polonaise fut  très active depuis la Suisse, regroupée au sein du « Front de Morges » autour de la figure  du premier président de la République de Pologne, le pianiste Ignacy Paderewski. Sa  résidence de Riond-Bosson à Morges constituait  en effet un centre  politique qui tenta de peser sur la vie politique polonaise. Après un premier mandat, Moscicki sera réélu à la présidence de la République en 1933. A l'issue de l'agression simultanée de la Pologne par les armées du Reich  et de l'URSS,  Moscicki et son gouvernement gagnèrent la Roumanie où ils furent internés. En 1940, le Conseil fédéral, malgré les protestations du Reich donna  une suite favorable à la requête du malheureux président polonais qui souhaitait  résider en Suisse. Moscicki se retira à Versoix où il mena une vie paisible avec son épouse en tant que « simple citoyen suisse » jusqu’à son décès, le 2 octobre 1946. Le 11 septembre 1993, après les élections libres qui portèrent  Lech Walesa à la présidence de la République, les cercueils du président Moscicki et de son épouse furent rendus à la Pologne. 

Claude Bonard

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