17/11/2017

Jean Sobieski “sauveur de la civilisation occidentale” ou l'histoire instrumentalisée

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Jean Sobieski fut ce noble polonais, fin lettré qui étudia la philosophie à l'université jagellone de Cracovie mais qui se sentait plus à l'aise sur les champs de bataille que dans les auditoires. Jean Sobieski fut   roi de Pologne de 1674 à 1696. C'est sa victoire du 12 septembre 1683 contre l'armée turque sur les hauteurs du Kahlenberg près de Vienne qui va le faire passer à la postérité. Sobieski y commande les 80'000 hommes de la coalition formée par l'armée impériale de Charles V de Lorraine et l'armée polonaise. Le siège de Vienne par les 130'000 Ottomans de Kara Mustafa rend alors la situation critique pour la capitale de l'Empire et l'empereur Léopold 1er s'est mis en lieu sûr. La vista tactique de Sobieski va faire merveille. La charge des imposants hussards ailés polonais va mettre les Turcs en déroute. Les cavaliers de Sobieski emportent tout sur leur passage. C'est “une belle cacade” pour les Ottomans qui abandonnent la partie et se replient. Cette victoire connaît un grand retentissement en Europe et Sobieski va être pour les princes chrétiens et toute la papauté   le “sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale”. Très francophile, Jean Sobieski avait épousé en 1656 une princesse de Nevers, veuve du prince Zamoyski, la charmante Marie Casimire Louise de la Grange d'Arquien à laquelle il voua une admiration sans bornes. Marie Casimire Louise était dévote et farouchement opposée à toute tolérance religieuse en Pologne. Mais pourquoi vous parler aujourd'hui de cette histoire ? Tout simplement par ce que dans la Pologne d'aujourd'hui, et plus particulièrement au sein des milieux ultra-nationalistes et d'extrême droite, on instrumentalise la figure de Jean Sobieski. Le valeureux roi  fait désormais figure de modèle à suivre, 334 ans après sa victoire de Vienne en tant que “sauveur de la civilisation occidentale” face aux “hordes musulmanes” désireuses d'envahir l'Europe chrétienne. Le rappel de la victoire de Vienne contre les Ottomans en 1683 figura sur plusieurs calicots brandis par des groupuscules peu recommandables lors de la marche de l'indépendance du 11 novembre dernier à Varsovie et les T-shirts noirs à l'effigie de Jean Sobieski sont très tendance en ce moment. Dans leur tombe, le bon roi Jean et sa charmante épouse française princesse de la Grange d'Arquien auraient une autre raison de se lamenter en constatant aussi que jamais les relations entre la Pologne et la France n'ont été aussi tendues et dégradées qu'en ce moment, alors que depuis le temps d'Henri de Valois roi de Pologne devenu Henri III roi de France en 1574, la France a toujours été la meilleure et plus fidèle alliée de la Pologne. Mais ça c'est une autre histoire.

Claude Bonard

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14/11/2017

Aigle noir et aigle blanc, ce que ne dit pas la chanson de Barbara en ce mois de novembre 2017

L'Aigle noir... j'aime cette superbe chanson de Barbara. Pourtant depuis peu, à 1'700 km de Piogre, l'aigle noir qui tournoie dans mon ciel est un oiseau de proie belliqueux et menaçant. Un peu à l'instar de ces aigles caricaturés en France par les illustrateurs du Crapouillot entre 1914 et 1918 pour symboliser l'envahisseur d'outre - Rhin. Cet aigle noir est bien là, surtout depuis quelques jours où il s'est fait plus vindicatif, insistant et implacable. Moi, qui aime les contes et légendes qui finissent bien, j'ai envie  dans mon songe de voir s'évanouir de ma vue ce rapace maléfique et de voir arriver l'aigle blanc. Dans la vraie vie aussi. Ce grand oiseau blanc qui m'était si familier  il n'y a pas si longtemps. Et  je me surprends à fredonner certains couplets la belle chanson de Barbara :

"Lentement, les ailes déployées, 
Lentement, je le vis tournoyer. 
Près de moi, dans un bruissement d'ailes, 
Comme tombé du ciel, 
L'oiseau vint se poser. 
(...)
"Dis l'oiseau, O dis, emmène-moi. 
Retournons au pays d'autrefois, 
Comme avant, dans mes rêves d'enfant, 
Pour cueillir en tremblant 
Des étoiles, des étoiles. 


Aigle noir.jpgClaude Bonard

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13/11/2017

Les joueurs de flûte de Hamelin sur les bords de la Vistule. Grimm revisité

Un peu partout en Europe, et notamment, en Europe orientale, au coeur de pays ayant retrouvé leur indépendance il y a un peu plus d'un quart de siècle, refleurissent des mouvements constitués de gens qui n'ont rien appris et qui, pour le surplus, se complaisent souvent dans le révisionnisme de l'histoire. Le 11 novembre, date de l'indépendance retrouvée de la Pologne 123 ans après avoir été rayée de la carte politique de l'Europe après son troisième partage de 1795 entre la Prusse, la Russie et l'Autriche, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé à Varsovie à la « Marche de l'indépendance » dont le thème cette année était « Nous voulons Dieu ». Un slogan qui n'était pas pour déplaire à la frange la plus conservatrice du clergé catholique polonais. Cet impressionnant défilé coloré par de nombreux fumigènes rougeoyants se déroule chaque 11 novembre. La participation a battu tous les records cette année à la grande satisfaction des autorités, aucun incident grave n'ayant été à déplorer contrairement à ce qui fut le cas par le passé. Si de nombreux participants étaient  simplement là pour célébrer joyeusement ce jour de fête nationale en famille ou entre amis en affichant leur fierté d'être Polonais, un peu comme nous nous réunissons à Genève pour fêter l'Escalade, ce ne fut cependant pas le cas de tout le monde. A y regarder de plus près, on s'aperçoit que cet imposant défilé est organisée par un cartel d'organisations patriotiques dont certaines sont ce que l'on qualifierait chez nous des groupes nationalistes, voire de la droite la plus extrême. Les slogans et les banderoles étaient éloquents : « pour une Pologne pure et blanche », « réfugiés hors de Pologne », « pour Dieu, l'honneur et la patrie », « gloire à nos héros ». Une marche aussi, dont la renommée dépasse les frontières nationales puisque des délégations de plusieurs mouvements d'extrême droite européens ayant pignon sur rue s'y associent désormais ouvertement. Cette marche symbolique est regardée avec bienveillance par les autorités. En effet, si elle se veut une démonstration populaire destinée à célébrer le patriotisme polonais, son but est aussi d'affirmer haut et fort la posture qui caractérise aujourd'hui le pays. Elle constitue ainsi un signal envoyé à quiconque voudrait chercher des noises à la Pologne, qu'il s'agisse de l'Union européenne ou des pays qui l'entourent. J'ai le sentiment désagréable qu'autour de moi, au coeur de cette Europe qui se cherche et vacille, de funestes musiciens, dignes du "Joueur de flûte de Hamelin" des frères Grimm, tentent de charmer les opinions publiques avec des mélodies aux sons pervers. Si nous n'y prenons pas garde, j'ai bien peur que nos sociétés ne ressemblent plus tôt que tard aux créatures Grünewald.jpgdémoniaques telles que celles peintes par Matthias Grünewald ( 1512-1516), visibles sur le retable d'Unterlinden à Colmar.

Claude Bonard

 

 

 

 

 

 

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