27/04/2018

L'Impératrice Zita d'Autriche-Hongrie et les salles de Zizers au Musée d'art et d'histoire

Ephéméride du 27 avril. On célèbre aujourd'hui la Sainte Zita. J'en profite pour  rappeler dans ces colonnes l'histoire tragique la dernière impératrice d'Autriche, Zita de Bourbon-Parme. Le 29 janvier 1917, l'empereur d'Autriche Charles 1er tente une manoeuvre diplomatique aussi délicate qu'audacieuse. Se rendant compte que la situation de l'Empire austro-hongrois est plus que critique, il prend l'initiative d'une négociation de paix secrète avec l'Entente, par l'entremise de sa femme, l'impératrice Zita , née Bourbon-Parme et de ses beaux-frères Sixte et François-Xavier de Bourbon-Parme, qui eux, servaient dans les armées alliées. En raison de l'intransigeance du Président français Raymond Poincaré, l'affaire échouera. Pire, elle sera rendue publique, ce qui suscitera la colère de l'empereur d'Allemagne Guillaume II, l'allié de Charles 1er et mettra le jeune empereur d'Autriche dans une situation intenable.

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Après la mort de Charles en exil à Madère en avril 1922, une longue période d'errance commence pour l'ex impératrice Zita qui la conduira finalement en 1959 à Zizers, dans les Grisons où l'évêque de Coire lui offre l'hospitalité à l'hospice du château. Elle y résidera jusqu'à son décès à l'âge de 96 ans le 14 mars 1989. Pour mes amis genevois, le nom du château de Zizers vous dit-il quelque chose ? Je pense que oui si vous avez visité notre bon vieux Musée d'art et d'histoire. Vous y avez certainement admiré les belles boiseries du château qui a appartenu à la famille de Salis jusqu'en 1897 quand une fondation catholique le racheta et en fit un hospice. La transformation qui suivit entraîna la vente du mobilier et de la décoration Plusieurs éléments furent achetés par la Société auxiliaire du Musée d'art et d'histoire et prirent ainsi le chemin de Genève. La dernière fois que je me suis rendu au vénérable musée de la rue Charles Galland, les salles de Zizers étaient fermées au public. Dommage. Mais si elles sont à nouveau accessibles, ne manquez pas de les visiter, et d'avoir une pensée pour l'impératrice Zita.

Claude Bonard

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20/04/2018

Il y a 57 ans - Alger - le putsch des "soldats perdus" des 21 - 22 avril 1961

Les gens de ma génération ont certainement encore en mémoire les événements d'Alger de la nuit du 21 au 22 avril 1961 et des jours qui suivirent. Je me souviens avoir écouté, l'oreille collée au poste de radio sur l'antenne de Sottens et  sur la RTF,  les récits plutôt fragmentaires  et alarmistes qui nous parvenaient d'Alger et de Paris Dans le cadre de mes travaux  historiques du début des années 1970, j'ai été amené à correspondre très brièvement avec quelques acteurs des événements d'Alger du 13 mai 1958 et du putsch des généraux du 21 avril 1961. Des destins d'officiers qui avaient servi leur pays  au cours de la Seconde Guerre mondiale, en Indochine de 1945 à 1954, à Suez en 1956 et en Algérie dès 1957 avec honneur et fidélité. Soudain, pour eux, tout va basculer. Un putsch est déclenché par les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller qui se sentaient trahis  par le général de Gaulle dont la politique visait à leurs yeux  à abandonner l'Algérie française et à sacrifier les Français d'Algérie. L'armée qui croyait tenir sa victoire sur le terrain face aux fellagas du Front de libération nationale ( FLN)  ne voulait pas “se la faire voler” par de Gaulle et  les politiciens de la Métropole.  Peu après le putsch, alors que la panique s'empare  de Paris, Charles de Gaulle calme les esprits dans une allocution télévisée restée fameuse, au cours de laquelle il évoque la tentative avortée de ce  “quarteron de généraux en retraite”. Désormais, c'est le temps des « soldats perdus »  qui va prévaloir pour les quatre généraux et aussi pour  tous les officiers, sous-officiers et soldats qui les ont suivis. Des "soldats perdus", dignes héritiers pour leur malheur, des "enfants perdus" des champs de bataille du Moyen-Âge et des “demi-solde”, du premier Empire mis en non-activité lors de la Restauration, symboles du mécontentement d'une partie de l'armée ne se reconnaissant plus dans le régime. En Algérie, en ce funeste mois d'avril 1961, le glas sonne pour ces militaires qui avaient été embarqués dès 1945 dans un conflit maudit, celui d'Indochine, se battant pour la France  et risquant leur vie et celle de leurs hommes dans  le Haut Pays Méo, les marais du Tonkin  ou les roselières du delta du Mékong dans l'indifférence générale d'une population française qui, en Métropole, n'aspirait qu'à l'insouciance au début des Trente Glorieuses. Des généraux et colonels dont certaines figures marquent les esprits jusqu'à aujourd'hui, certes dans des registres différents, pour ne citer qu' Hélie Denoix de Saint Marc ou Antoine Argoud. Après l'échec du Putsch, le général Raoul Salan prendra  la tête de l'OAS, organisation secrète créée le 11 février 1961 pour la défense de l'Algérie française par tous les moyens, y compris le terrorisme le plus odieux. Terrible passage que celui du camp de l'honneur à celui de l'opprobre. Quant au général Jacques Massu, l'un des libérateurs de Paris en  août 1944 et figure de proue des événements du 13 mai 1958 à Alger, il ne participa pas au putsch des généraux , ayant été rappelé en France en 1960. Quelques années plus tard, il se verra assigner un commandement en Allemagne. C'est lui que le général de Gaulle viendra rencontrer à Baden-Baden alors que les événements de mai 1968 secouaient la France. Dans un contexte plus grave, le nom du général Massu reviendra sur le devant de la scène au tournant des années 2000 à propos du débat sur l'utilisation de la torture par l'armée française en Algérie. Il lui sera reproché d'avoir  couvert ses subordonnés en toute connaissance de cause lors de la “Bataille d'Alger”. A n'en pas douter, les conséquences du putsch des généraux du 21 avril 1961 constituent  des pages tragiques et douloureuses de l'histoire de  l'armée française. Des blessures qui furent  longues à cicatriser.  

Claude Bonard

Illustration : Signature autographe du général Raoul Salan, coll. CB 

 

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19/04/2018

Pour ne pas oublier alors que l'antisémitisme se caractérise par un regain de vigueur partout en Europe

Le 19 avril 1943 marqua le début de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Pour comprendre cet événement, un retour en arrière s'impose. Entre juillet et la mi-septembre 1942, les Nazis déportèrent plus de 300 000 Juifs du ghetto de Varsovie afin de les exterminer dans les camps de la mort. Pour ceux qui restèrent sur place, la marche vers la mort était inéluctable. Se sachant perdus mais désireux de se sacrifier en hommes libres au nom de la dignité humaine, environ 900 insurgés légèrement armés, qui avaient pu réussir l'exploit de cacher des armes dans le ghetto , bien organisés et déterminés, se soulevèrent contre l’occupant qui mobilisa contre eux plus de 2000 hommes de la SS, de la police et d'auxiliaires à leur solde. Du 19 avril au 16 mai 1943, la première révolte urbaine et la plus importante de l'Europe occupée eut lieu. Les combats durèrent plus d’un mois. 7 000 résidents du ghetto ont été tués et environ 6 000 autres ont été brûlés vifGhetto fleur jaune.jpgs ou gazés durant la destruction totale du secteur. Le 16 mai 1943, les Nazis entreprirent de raser jusqu’à la dernière pierre tout ce qui restait du Ghetto et déportèrent les survivants dans les camps de Poniatowa, de Trawniki et de Majdanek. Historiquement, notamment en Europe occidentale, on a tendance à confondre l’insurrection du Ghetto de Varsovie d’avril 1943 avec celle lancée par l’Armée Secrète polonaise (AK) sur ordre du Gouvernement polonais en exil à Londres et qui dura du 1er août au 2 octobre 1944, faisant, elle, 200'000 victimes civiles et env. 50'000 au sein des insurgés combattants ; la ville de Varsovie, ou du moins ce qu’il en restait vu les précédentes destructions nazies, sera détruite à plus de 85%.

Claude Bonard

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