19/01/2018

1799 – 1801, l'homme des colonnes infernales occupe le Valais

Le 19 janvier 1794, les députés de la Convention et le Comité de Salut public donnent carte blanche au général Louis-Marie Turreau afin de réprimer le soulèvement royaliste en Vendée. Turreau, pourtant issu de la noblesse sous le nom de Louis Marie Turreau de Garambouville, baron de Linières a été très vite acquis à la cause révolutionnaire. Il va se faire le chantre de la “sale guerre” et ses sinistres colonnes infernales vont massacrer, piller, torturer en Vendée. Le bilan sera terrible, selon certaines sources, près de 40'000 morts en quatre mois.

On va retrouver ce sinistre individu en Valais en juin 1799. (souvent confondu à tort  avec le général Jean-Victor Tharreau, lui aussi affecté à la même époque en Suisse).  Louis-Marie Turreau commande alors la Division du Valais de l'armée d'Helvétie. En 1800, Turreau commande les troupes chargées de construire la route du Simplon. En Valais, Turreau se signalera à nouveau par un comportement indigne. Dans son ouvrage publié en 1911 intitulé “Zurich – Masséna en Suisse “,  L. Hennequin décrit les tristes événements qui se déroulèrent en Valais : "Un rapport, fait par un membre du Corps législatif helvétique et transmis à Paris, accusait gravement la division du Valais commandée par le général Turreau. Elle opprime le plus le pauvre habitant. Elle pille, viole et maltraite, elle met les chevaux dans les prairies et les champs, et fourrage sans le moindre ordre... Le désespoir et la misère des habitants sont poussés au dernier degré”. 

Fort heureusement pour les Valaisans, Turreau quitte la région pour rejoindre sa nouvelle affectation à l'île d'Elbe le 7 septembre 1800, même si les troupes françaises occuperont la région jusqu'en 1803. Décidément, un bien sinistre individu que ce Turreau. L'historien français Gérard Walter a eu bien raison d'écrire à son proposColonnes infernales.jpg : « son nom déshonore le côté Est de l'Arc de Triomphe de l'Étoile»

Claude Bonard

Pour en savoir davantage :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonnes_infernales

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F21309.php

Illustration : Wikipedia

13:10 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

17/01/2018

Un triste et étonnant spectacle le 20 janvier 1941 à la gare de Satigny

Le 19 juin 1940 le 45e Corps d'Armée français  demandait à se faire interner en Suisse après avoir affronté les Allemands au cours de violents combats dans un périmètre allant de Belfort à la frontière suisse. Parmi les troupes internées figurait le 7e Régiment de Spahis Algériens. Après s'être regroupés à Montfaucon, les Spahis  prendront leurs quartiers dans le Seeland et dans les régions d'Estavayer et de d'Yvonand.  Le 20 janvier 1941, ils quittent la Suisse pour rejoindre la zone libre française via Veyrier. 525 hommes et 311 chevaux sont acheminés au moyen de deux trains jusqu'à la gare de Satigny. A leur arrivée, plusieurs officiels et officiers suisses les accueillent et gèrent cette situation exceptionnelle. Mon père, le premier-lieutenant Robert Bonard, était de la partie. Il m'a laissé un témoignage dont je vous livre quelques extraits aujourd'hui :

Par un matin de janvier 1941 sombre et gris, je me trouvais sur le quai de débarquement d'une gare du Mandement genevois. Il avait neigé les jours précédents et l'on pataugeait dans les flaques de neige fondante. Sur ce quai de gare et aux alentours du bâtiment lui-même régnait une activité inhabituelle pour cette petite bourgade bien tranquille et bien assise dans son vignoble. C'était là en effet la dernière halte sur territoire suisse d'un train duquel descendirent les Spahis internés du 45e corps français du général Daille. Sur le quai, un va-et-vient incessant de groupes de spahis tenant leurs chevaux par le licol, les menant à l'abreuvoir ou en revenant ; je crois me souvenir que le long du quai il y avait un camion avec du fourrage. Les Spahis allaient et venaient, s'occupant davantage de leurs bêtes que d'eux-mêmes. En les regardant, en examinant leur visage, leur allure, leur habillement, des d'images remontaient du fond de ma mémoire.(…) Mais en ce jour de janvier 1941, que reste-t-il de leur panache ? Des hommes transis, vêtus d'une capote kaki, de pantalons bouffants, portant en bandoulière une besace à la couleur délavée mais arborant toujours le chèche. Au milieu de tout ce mouvement, arpentant le quai, je remarque un groupe d'officiers et de civils, Français et Suisses. Parmi ceux-ci, le général Daille, commandant du 45ème C.A. Français. Il m'a laissé une impression de calme dignité. Grand, mince, il avait un visage d'ascète me faisant penser à celui d'un autre officier, écrivain celui-là, André Maurois. Son regard était empreint d'austérité et ce jour-là également de tristesse. (...) Les hommes et les chevaux sont maintenant tous débarqués. Le ciel est toujours gris et bas, il pleut et il règne une atmosphère de regrets et de tristesse. Que sont-ils devenus aujourd'hui, ces hommes au regard alors lourd et triste mais toujours fier ?...”

Les Spahis prendront la route à pied, chevaux à la main, pour rallier Veyrier en passant par Lancy, Plan-les-Ouates, le Bachet- de-Pesay, Drize et Troinex. A Veyrier, ils franchiront la frontière en présence des autorités suisses et genevoises.

Claude Bonard

Spahis Daille.jpgPhoto Plt Robert Bonard

Pour en savoir davantage, lire mon blog du 18 juin 2017 : http://claudebonard.blog.tdg.ch/archive/2017/06/18/il-y-a-77-ans-le-19-juin-1940-les-spahis-algeriens-et-les-so-284719.html#.WUaBRvrOOHA.google_plusone_share

14:04 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

12/01/2018

En marge du 12 janvier 1822 : Vous reprendrez bien un peu de Navarin  d'agneau ?

Cette question aurait très bien pu être posée à l'occasion d'un déjeuner (imaginaire bien sûr...) donné en l'honneur de la victoire de Navarin par notre compatriote Jean-Gabriel Eynard, ardent promoteur de la cause de l'indépendance de la Grèce. Eynard s'était lié d'amitié avec Jean-Antoine Capo d'Istria ( Ioannis Kapodistrias) qui deviendra le premier président provisoire de la Grèce en 1827 avant d'être assassiné en 1831. Capo d'Istria résida de 1822 à 1827 au 10, rue de l'Hôtel de Ville à Genève. Une plaque épigraphique rappelle son séjour en ce lieu proche du palais construit par son ami Jean-Gabriel Eynard  entre 1817 et 1821. Comme nous le rappelle le Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS) : Capo d'Istria fut “envoyé spécial du tsar en novembre 1813, puis ministre plénipotentiaire auprès de la Diète fédérale dès mars 1814. (…) Sa défense de la souveraineté et de l'indépendance de la Confédération dans l'Europe post-napoléonienne lui valut la citoyenneté d'honneur des cantons de Genève et de Vaud.

Chios 1.jpegMais revenons à la Grèce et à notre Navarin. Pour mémoire, c'est le 12 janvier 1822 que les Grecs proclament  leur indépendance. Les Ottomans ne l'entendant pas de cette oreille, une guerre meurtrière, avec son cortège de massacres va ensanglanter et embraser toute la région jusqu'en 1829. Sur la riche île de Chios ( que le peintre Eugène Delacroix nomme Scio), les 14 et 15 avril 1822, la Sublime Porte fait débarquer une armée qui passe au fil de l'épée plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les survivants sont vendus en tant qu'esclaves. L'annonce de ce terrible massacre se propagera comme une onde de choc en Europe et va jeter le discrédit sur les Ottomans. Le 6 juillet 1827 à Londres, l'Angleterre, la France et la Russie décident d'intervenir militairement afin de mettre au pas la Porte. C'est dans ce contexte qu'a lieu le 20 octobre 1827 la bataille navale de Navarin au cœur de la plus vaste rade du Péloponnèse. Une victoire totale pour les coalisés puisque la flotte de Tahir Pacha fut envoyée par le fond. 

Notre diplomate genevois, qui s'est tant démené afin de promouvoir la cause de l'indépendance de la Grèce et qui fut si actif au sein des comités philhelléniques n'aura jamais posé le pied sur le sol grec, ce qui ne l'empêchera pas d'être le cofondateur de la Banque nationale de Grèce en 1842. Quant  au Navarin d'agneau, certaines sources indiquent que l'origine de la recette remonte à la  bataille navale gagnée par les puissances soutenant la cause de l'indépendance grecque. Plus crédible et prosaïque  semble toutefois être la thèse qui veut que “navarin” soit un terme argotique remontant à 1847 synonyme de navet, au sens de « nul » . Et comme aurait pu vous l'expliquer le cuisinier de Jean-Gabriel Eynard, la recette du Navarin d'agneau ne se conçoit pas sans navets... 

Vous reprendrez bien un peu de Navarin ?

Claude Bonard

Illustration : Scènes des massacres de Scio par Eugène Delacroix, 1824. Cliché Wikipedia

Sources : Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), entrées :

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F21583.php

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F21580.php

et : https://www.herodote.net/25_mars_1821-evenement-18210325.php

16:13 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |