06/01/2018

La Pucelle d'Orléans vue par Voltaire en 1762 – une œuvre burlesque éditée à Genève

Le 6 janvier 1412 naissait Jeanne-d'Arc. En lien avec cet anniversaire, il est intéressant de rappeler que c'est un éditeur genevois, Gabriel Cramer (1723-1793) qui fut l'un des éditeurs des œuvres de Voltaire dont l'ouvrage que François-Marie Arouet consacra à Jeanne. Voltaire intitula son texte  : La Pucelle D'Orleans: Poeme Divise en Vingt Chants, Avec des Notes”. Ce livre est un pamphlet destiné à un petit cercle d'initiés car son propos va totalement à contre-courant . On est à mille lieues d'une glorification de Jeanne d'Arc rappelant les grandes heures de sa vie, de son action et de son martyre. Pas question non plus de rappeler le rôle de Jeanne dans la reconquête de son royaume par le "roi de Bourges", le futur Charles VII et les bassesses dont elle fut ensuite la victime. En revanche, Voltaire par ses propos volontairement insolents, veut une fois encore se moquer des bigoteries et de la mystique religieuse qui veut que ce soit la divine providence seule qui guida la jeune bergère devenue chef de guerre et faiseuse de roi. Son texte se veut volontairement moqueur, voire rabelaisien, à témoin cet extrait du deuxième chant que j'emprunte à l'excellente analyse du texte de Voltaire publiée par le professeur Jan Herman, de l'université de Louvain. On y découvre un personnage du nom de Grisbourdon, espion des Anglais, qui arrive à Domrémy, le village de Jeanne :

En feuilletant ses livres de cabale,

Il vit qu’aux siens Jeanne serait fatale,

 Qu’elle portait dessous son court jupon

 Tout le destin d’Angleterre et de France.

 Encouragé par la noble assistanceDe son génie, il jura son cordon,

Son Dieu, son diable, et saint François d’Assise,

 Qu’à ses vertus Jeanne serait soumise,

 Qu’il saisirait ce beau palladion.

 Il s’écriait, en fesant l’oraison

 Je servirai ma patrie et l’église ;

Moine et Breton, je dois faire le bien

De mon pays et plus encore le mien.

Voltaire Cramer.jpgCurieux que ce soit à Genève, austère cité protestante que Gabriel Cramer publie “La Pucelle D'Orleans”, une œuvre aussi licencieuse que burlesque. Cet éditeur avait de qui tenir puisqu'il était le petit-fils du libraire genevois Gabriel de Tournes. Il aurait été été comédien dans la troupe de Voltaire à Ferney. Son entreprise était connue sous l'appellation des "Frères Cramer", en association avec son frère Philibert.

Claude Bonard

Sources et emprunts  :

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F31182.php

https://www.academia.edu/11808505/La_Pucelle_d_Orl%C3%A9a...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Cramer_(%C3%A9diteur)#Famille

http://www.brynmawr.edu/library/exhibits/jehanne/voltaire.html

https://gw.geneanet.org/pdecand?lang=fr&n=de+tournes&nz=de+candolle&ocz=0&p=gabriel&pz=pierre+raymond+guillaume

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mythes_de_Jeanne_d%27Arc#Jeanne_d'Arc_vue_par_Voltaire

 

 

16:13 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

01/01/2018

Le néo-autoritarisme promis à un bel avenir entre Danube, Oder Warta et Bug

Autoritarisme Daumier.jpg

 

Dans mon blog du 17 décembre dernier consacré aux différentes formes de démocratie, je pointais du doigt des modèles désormais très en vogue entre Danube, Oder, Warta et Bug qui ont pour nom démocratie autoritaire, démocratie illibérale et nec plus ultra , démocratie nationale patriote et catholique. Excusez du peu ! Certains commentateurs politiques issus des partis d'opposition dans ces contrées d'Europe centrale caractérisent cette posture de “néo-autoritarisme” et font part de leur inquiétude. Une attitude qui se caractérise par une démarche politique de gouvernants qui, ayant été régulièrement et démocratiquement élus, font systématiquement et plus que de raison appel aux notions de nationalisme, de patrie, aux valeurs traditionnelles et à l'église catholique, sans oublier un révisionnisme historique et un   euroscepticisme érigés en dogme, pour asseoir et justifier leur politique, tout en fustigeant les dérives de la démocratie libérale. Ce discours est simple et compréhensible. Il consiste à affirmer avec conviction que la forme de démocratie qu'ils prônent ne signifie pas un rejet des valeurs démocratiques mais seulement un juste retour du politique pour corriger les excès du libéralisme. CQFD ! Pourtant, plutôt que de se lamenter et de récriminer en criant au déni de l'Etat de droit, il convient de s'interroger sur les raisons d'un tel glissement politique. L'excellent éditorialiste Jacques Julliard fait ce simple constat dans un récent numéro de Marianne s'agissant de la stabilité et de la continuité d'un système gouvernemental ( il se réfère à la France il est vrai mais le constat est applicable à tout Etat démocratique) : « On peut souhaiter que toute majorité régulièrement élue dispose de moyens pour gouverner dans le respect des droits de l'opposition ». Nous y voilà. Tout est dit en cette seule petite phrase. Là où le bât blesse entre Danube, Oder Warta et Bug, c'est que si la majorité dispose effectivement de tous les moyens pour gouverner, tant au gouvernement qu'au parlement et au sénat, elle ne respecte en revanche en rien les droits de l'opposition. Bien au contraire, elle dénigre avec un mépris  sarcastique tous ceux qui ne partagent pas ses valeurs, mettant dans le même sac tous les partis d'opposition, accusés des pires turpitudes.  L'objectivité commande de dire toutefois que ces partis d'opposition ne font rien pour inverser le cours des choses ! Ils se tartuffisent, se chamaillent, gesticulent, se complaisent dans une pitoyable guerre des chefs, donnant ainsi un affligeant spectacle. Voudrait-elle se saborder, cette opposition, qu'elle ne s'y prendrait pas autrement, donnant jour après jour au pouvoir en place des verges pour se faire battre. Son seul programme  - et c'est inquiétant - consiste à se figer dans une posture d'opposition totale, je dirais même bornée, sans programme concret à la clé, ce qui n'annonce rien de bon dans la perspective des futures échéances électorales. Alors, tel un rouleau compresseur, le pouvoir en place applique sa politique la fleur au fusil. Bref , vous l'aurez compris, nous sommes à mille lieues d'un modèle démocratique tel qu'imaginé par Jean-Jacques Rousseau et qui fonctionne «  comme le système de la volonté générale ».

C'est affligeant mais c'est ainsi.

Claude Bonard

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29/12/2017

Schwarzenberg, Prokesh et l'Aiglon

Lorsque le lieutenant genevois Joseph Pinon se lance à la recherche des canons genevois réquisitionnés par les Autrichiens le 3 février 1814, il finit par arriver à Vienne où il obtient en juillet deux audiences auprès du prince de Schwarzenberg. Pinon fait comprendre au prince que l'Autriche doit rendre ses canons à Genève. Comme nous l'apprend l'article consacré à Schwarzenberg dans le Dictionnaire Historique de la Suisse : “ Le 21 décembre 1813, son armée franchit le Rhin entre Bâle et Schaffhouse, encerclant la défense française du Rhin à partir du territoire suisse. Les troupes fédérales commandées par Niklaus Rudolf von Wattenwyl se replièrent au-delà de l'Aar. En agissant comme il le fit, Schwarzenberg passait outre à la déclaration de neutralité de la Diète extraordinaire de novembre 1813. Il considérait la Suisse comme vassale de la France et non comme un Etat souverain”. Le comte Ferdinand De Bubna et Littitz  qui arrive devant Genève avec ses troupes le 30 décembre 1813 est l'un de ses subordonnés.

A propos de Schwarzenberg, j'ai retrouvé  cette hagiographie écrite par le jeune “Oberlieutenant im kais. Östreich. Generalstabe.” Anton comte de Prokesch-Osten, né le 10 décembre 1795 à Graz et mort le 26 octobre 1876 à Vienne.  Ironie de l'histoire, Prokesch est connu  non comme écrivain, mais pour avoir été le seul ami et confident du fils de Napoléon 1er, roi de Rome à sa naissance, résidant  après la défaite de son père, loin de la France une une cage dorée à Vienne en portant le titre de duc de Reichstadt. Le romancier Edmond Rostand a immortalisé la figure de Prokesh dans son roman L'Aiglon :

Schwarzenberg.jpgPROKESCH Vous souffrez ? LE DUC Jusqu'aux moelles !... Mais ça s'en va quand je galope ! Et les étoiles Scintillent comme des mollettes d'éperons, Et voici les chevaux ! et nous galoperons ! Prokesch! Embrassons-nous ! PROKESCH L'émotion m'étrangle... LE DUC Mon frère... mon ami... PROKESCH Monseigneur.

Claude Bonard

Sources : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F41519.php
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k405679v/f6.image

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