28/12/2017

Genève le 31 décembre 1813 et 1er janvier 1814 , ce n'était pas la joie !

En 1869, un témoin oculaire des événements de la Restauration genevoise,  Amédée-Pierre-Jules Pictet de Sergy a écrit un ouvrage sur un ton alerte et plein d'humour publié chez Georg à Genève dans lequel il raconte notamment ses souvenirs des jours au cours desquels Genève a recouvré son indépendance après quinze ans d'occupation française. C'est une narration très vivante des événements du 1er janvier et non 31 décembre au matin contrairement à la croyance générale, vu que l'Autrichien Bubna avait voulu voir le projet de proclamation du Conseil d'Etat provisoire ( ainsi le nomme Pictet de Sergy) et avait exigé plusieurs modifications. Dans l'état d'improvisation et de fébrilité du moment, les rédacteurs genevois oublièrent de changer la date du texte, qui resta celle du 31 décembre alors que le manifeste sera porté à la connaissance de la population le 1er janvier 1814 au matin. Je vous propose de découvrir la narration de cet épisode par Pictet de Sergy :

 Vers midi – toutes les mesures nécessaires ayant été prises dans le plus grand secret,- une vingtaine d'hommes en habits noirs, précédés de quelques huissiers et escortés de deux pelotons de la garde nationale, sortent sans bruit de l'Hôtel-de-Ville et s'avancent sur la petite place qui en entoure l'angle. Cette place, fort obstruée alors par le large bassin de fontaine qui en a disparu depuis peu, est en ouvre encombrée, au moment dont nous parlons, par une foule bigarrée et confuse qui assiège les abords de l'Hôtel de ville.(...) Le groupe des hommes vêtus de noir n'est remarqué des arrivants préoccupés que comme une entrave à la circulation. Ceux-ci n'écoutent point ses paroles et s'ils les entendent, ils ne les comprennent pas. Du sein de la foulée parviennent même jusqu'aux Magistrats qui s'avancent des témoignages de méfiance et presque d'improbation. - “Que signifie cette démarche inattendue ?” demandent quelques-uns. - “C'est trop tôt,- Napoléon est encore là, à deux pas....N'y a-t-il pas une inconcevable imprudence... ? N'aurait-on pas mieux fait de consulter la population, que l'on compromet ainsi tout entière ?” (…) affrontant à la fois, sur cette place de l'Hôtel de ville, les sarcasmes de leurs amis et la vengeance de leur ancien maître- le ridicule et le martyre, - les champions de Genève renaissante s'arrêtent, se groupent, et donnent à haute voix lecture d'une proclamation...séditieuse ! (…) Bientôt la colonne est au bas de la Cité – A Bel-Air, elle s'arrête. On lit de nouveau (…) A Rive, - au Bourg de Four. La sympathie va toujours croissant. Dans sa dernière étape, enfin, qui le ramène à l'Hôtel de Ville, l'enthousiasme est à son comble, la population enivrée suit tout entière les pas de l'humble groupe. La cause de l'indépendance est à jamais gagnée.”

Et le narrateur de conclure son propos par cette phrase magnifique : “Au ridicule dont menaçait le départ, a succédé le sublime du retour ! Genève est ressuscitée !” A la lecture de ce texte on voit que les Genevois étaient plutôt inquiets nerveux et pessimistes en voyant agir les nouveaux “Magnifiques et Très Honorés Seigneurs Syndics et Conseils Provisoires” en perruques poudrées L'ambiance était, du moins au début, tout sauf festive !

Pour les curieux, le “large bassin de fontaine” dont parle Pictet de Sergy se trouvait alors à l'angle de la rue de l'Hôtel de Ville actuelle et de la rue Henri Fazy, là où le Père Glôzu régale ses clients en terrasse chaque été ! La fontaine a été déplacée en 1852 à la Place du Port où elle se trouve toujours. Le bassin initial a alors été modifié.

Restauration Proclamation.jpgClaude Bonard

15:48 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

27/12/2017

Savez-vous quelle est l'origine de la commémoration de la Restauration genevoise ?

Il faut remonter à 1883 pour voir  les officiers genevois rejoindre les étudiants de la Société de Zofingue afin de commémorer  la Restauration sous l'impulsion d'un comité présidé par M. Gustave Pictet. Depuis 1887, c’est la Société Militaire du Canton de Genève qui organise la belle cérémonie qui se déroule  chaque  30 décembre au soir à 17h00 devant la Tour Baudet. Le 30 décembre 1863, à l’occasion du 50e anniversaire de la Restauration de la république, une plaque commémorative avait été scellée dans le mur de la Tour Baudet. A partir de  1934, un orateur est invité à s’exprimer publiquement, en présence des corps constitués. Dès 1969, la participation de la Compagnie des Vieux-Grenadiers et de sa musique de marche donne un lustre tout particulier à la manifestation à l’issue de laquelle la population est invitée à partager un verre de vin chaud servi sur la promenade de la Treille avec les hôtes de la Société Militaire. Les invités se retrouvent ensuite au local de la Société Militaire dans une ambiance festive et patriotique.

A partir de 2007, le Conseil d’Etat  innove et invite la population genevoise à s'associer le 31 décembre au matin à la commémoration officielle de la Restauration au pied de la Tour Baudet. A 08h00 ont lieu les traditionnels tirs de salves exécutés par la Société d'artillerie de Genève sur la Promenade de la Treille, à Saint-Antoine et à la Rotonde des Pâquis. Ces tirs sont suivis chaque année par un public nombreux toutes générations confondues. C'est un beau moment de convivialité où l'on échange des voeux à l'occasion de la nouvelle année alors qu'une aubade est donnée par  la Landwehr, Harmonie officielle de l'Etat de Genève. Puis, à l'issue d'une cérémonie officielle sobre et bien ordonnée au cours de laquelle le Président du Conseil d'Etat rappelle les événements de 1813 et présente ses voeux, une collation est offerte à la population sous l'ancien arsenal. Plus tard, les autorités et la population se rendent en cortège à la cathédrale Saint-Pierre pour le traditionnel culte de la Restauration.

Claude Bonard


Restauration 2013 Vautravers.jpgSource : Notice historique sur la Société Militaire du Canton de Genève, Genève, Société militaire du Canton de Genève, 1975.

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26/12/2017

Qui était l'infortuné Nicolas Louis Jordy frappé d'apoplexie le 30 décembre 1813 à Genève ?

Avec une dédicace toute particulière à l'un de ses descendants directs, mon ami Jean-Marc Verniory, je vous propose de faire connaissance avec le malheureux général français Nicolas Louis Jordy (1758-1825) qui fut frappé d'une attaque d'apoplexie à Genève peu avant l'arrivée des Autrichiens de Bubna le 30 décembre 1813. Le général Jordy était un soldat dont le corps n'était qu'une plaie, ayant été grièvement blessé de multiples fois au cours de sa carrière tant sous la République que sous le Consulat et l'Empire. Une carrière militaire commencée sous le règne de Louis XVI. Jordy était originaire d'une famille ayant quitté la Savoie pour s'établir à d'Abreschviller en Moselle. Il entreprit très jeune une formation de barbier (chirurgien militaire) qu'il termina en 1774 à Paris à l'âge de seize ans. Il fit partie de l'expédition d'Amérique du comte de Rochambeau qui commandait les troupes envoyées par le Roi Louis XVI au secours des “Insurgents” américains. Après une campagne militaire mouvementée, il rentra en France et quitta pour un temps l'uniforme afin de travailler avec son père à Abreschwiller. La Révolution ayant besoin de soldats, Jordy est vite remarqué vu son expérience militaire. Il est nommé capitaine de la Garde nationale de sa commune. Au cours de ce que l'on appelle communément les guerres de la Révolution, il se couvre de gloire à la tête d'un bataillon de volontaires de l’Armée du Rhin. Grièvement blessé en 1793, on le retrouve après sa convalescence dans la sale guerre du chaudron vendéen qu'il quittera heureusement avant l'arrivée du sinistre général du général Turreau et de ses « colonnes infernales ». A nouveau blessé en 1794, il subit une trépanation, perd un œil et l'usage d'une main. Nommé gouverneur de Strasbourg pour un temps, il reprend pourtant du service à l'Armée du Rhin. Général de brigade, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur par le Premier consul Bonaparte qui garde un œil sur lui lorsqu'il devient Empereur. Jordy participe avec brio en 1806-1807 aux campagnes de Prusse et de Pologne. Il est nommé gouverneur de Thorn (Torun) et on le retrouve à Varsovie en janvier 1807. Agé de 54 ans, ayant à son compteur 18 blessures, ayant perdu un œil et lourdement handicapé, Jordy ne participe pas à la funeste campagne de Russie de 1812 mais veut absolument continuer à servir. Napoléon qui l'apprécie le nomme Chevalier de l'Empire et lui confie le commandement militaire de Genève et des troupes du département du Léman. On connaît la suite. Le malheureux Jordy est frappé d'une crise d'apoplexie et vu la lâche défection du baron Cappelle, préfet du département du Léman, les troupes françaises évacuent Genève le 30 décembre 1813. Revenu en France, le vieux lion sollicite sa mise à la retraite. L'Empire s'étant écroulé, c'est le roi Louis XVIII qui le fera chevalier de Saint-Louis. Pourtant, pendant les Cent-Jours, le maréchal Davout, ministre de la Guerre le rappelle en service vu son expérience et sa loyauté. Le 8 septembre 1817, Nicolas-Louis Jordy, avec le grade de Maréchal de Camp (général de brigade) est mis à la retraite et élevé au grade d' officier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur par Louis XVIII. « Brave parmi les braves » il se retire à Strasbourg. Le Chevalier de Jordy, ainsi le nomme-t-on désormais, décédera le 7 juin 1825 à Strasbourg à l’âge de 67 ans après une vie bien remplie au service de la France.Jordy Uniforme.JPG

 

Claude Bonard

 

Sources : http://www.abreschviller.fr/spip.php?article269

Lire également : 
http://leschristophe.pagesperso-orange.fr/gen/pdf+jpg/gen-Jordy.pdf



 

11:03 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |