02/08/2017

Pour détendre un peu l'atmosphère suite au tumulte engendré le 1er août par une Conseillère nationale du canton de Vaud

 
Pour détendre un peu l'atmosphère suite au tumulte engendré le 1er août  par les propos de Mme Ada Marra à propos de la Suisse, je vous propose de découvrir ce qu'écrivait en 1839 à propos des alpes suisses, un jeune poète polonais fasciné par les paysages de notre pays :
 
"Montons ensemble sur les pics coiffés de neige !
"Montons ensemble au-dessus des forêts de sapins.
"Montons ensemble à ces hauteurs ou retentissent les sonnailles,
"Et où, des sept couleurs de l'arc-en-ciel,
"Se vêt la Jungfrau qui domine les pentes ensoleillées,"
 
Extrait de l'épisode VIII du poème “En Suisse”
 
A qui doit-on cette suite de poèmes intitulée "En Suisse" d'un romantisme échevelé ? Une oeuvre  aujourd'hui encore très connue en Pologne, mais totalement oubliée chez nous ? On doit ces textes à la plume de Juliusz Słowacki né le 4 septembre 1809 qui fut l'un des poètes romantiques polonais les plus célèbres. Quand éclata l’insurrection polonaise de 1830 le gouvernement provisoire lui confia une mission diplomatique à Londres ; après l’échec de la révolte il s’installa à Paris, comme nombre de ses compatriotes. Ne supportant pas son exil parisien, il quitte la France et arrive à Genève en 1832.
 
Il s'installe dans la pension de Mme Pattey aux Pâquis. Sur les bords du lac de Genève, il fait la connaissance d'une riche famille polonaise, les Wodzinski, établis à la rue Beauregard. La jeune et belle Marie Wodzinska fut le premier amour, platonique, du jeune Frédéric Chopin. En juillet 1834, Juliusz Słowacki accompagne la famille Wodzinski lors d'un grand voyage à travers les Alpes suisses. Ce voyage l'inspire et et le poète écrira en 1839 son poème intitulé “En Suisse” (W Szwajcaryi) , un ensemble de vingt et un épisodes très courts qui décrivent les paysages alpestres de façon romantique. Le paysage alpestre est, dans cette suite de poèmes, le décor permettant au poète de vivre et décrire une histoire d'amour imaginaire.
 
Peu après son voyage, Słowacki quitte la Suisse et se rend en Italie, puis à nouveau en France où il meurt à Paris le 4 avril 1849.
 
 
Pour en savoir plus : Jules Słowacki "EN SUISSE", Slowacki.png traduction, préface et notes par Alexandre V. Soloviev avec la collaboration de Georges Haldas, Editions Rencontre Lausanne, 1965
 
et : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F28459.php
 
J'ai retrouvé aux Archives d'Etat de Genève les indications relatives au séjour du poète à Genève : Registre de police - Etrangers -du 1er janvier 1832 au 1er juin 1837, cote AEG Etrangers L-19).
 
 Sur ce, je vous souhaite une excellente journée, dans le calme et la sérénité.
 
Claude Bonard

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01/08/2017

1er août 1944 début de l'insurrection de Varsovie - Décembre 1944 une publication genevoise évoque la tragédie

Le 1er août, Varsovie célèbre dans le recueillement comme chaque année, le souvenir de l'insurrection qui débuta le 1er août 1944 à 17h00 pour se terminer le 2 octobre. Varsovie, une métropole qui comptait 1Mio 300'000 habitants en septembre 1939 et qui n'en comptait plus que quelques centaines en mai 1945. En Suisse, en cet été 1944, l'insurrection de Varsovie, personne ou presque n'en parlait. La population, surtout en Suisse romande, se passionnera pour les combats qui se dérouleront du 19 au 25 août afin de libérer Paris. Varsovie, c'était bien loin..... et puis, il y avait l'armée soviétique  l'arme au pied sur la rive droite de la Vistule qui allait bien finir par prêter main forte aux insurgés...Varsovie ? Bof !... personne n'avait voulu "mourir pour Danzig" en 1939... alors Varsovie 44 ? pensez donc !

Pourtant, en décembre 1944, soit tout juste deux mois après la défaite des insurgés varsoviens, les Editions de la Frégate à Genève publiaient une brochure intitulée “Varsovie 1944” sous la plume d'André Lenoir, avec une préface de Georges Rigassi, journaliste vaudois bien connu à l'époque qui fut tout d'abord rédacteur à l'agence télégraphique suisse à Bâle avant de devenir rédacteur en chef puis directeur de la Gazette de Lausanne en 1939. Grâce à cette modeste publication, imprimée sur les presses de l'imprimerie du "Courrier" à Genève", l'histoire tragique de Varsovie commença à être connue en Suisse romande.

Les troupes de l'Armée rouge finirent par "libérer" la capitale polonaise le 17 janvier 1945 . La ville était détruite à 85% et vidée de ce qui restait de la population. Les 350 000 civils qui avaient survécus aux combats qui se terminèrent le 2 octobre 1944 avec l'échec de l'insurrection avaient fui ou avaient été déportés en Allemagne. Les pertes, terribles, s’élevèrent à 20'000 insurgés tués et 25'000 blessés. S'agissant des civils, on dénombra selon les sources  entre 160'000 et 180'000 morts et des milliers de blessés et de disparus. Du côté allemand 17'000 militaires et miliciens auxiliaires des nazis de la pire espèce  furent tués et 9'000 blessés.

Pour la petite histoire, c'est à Varsovie  que ma compagne Danuta a déniché la publication  de décembre 1944 des Editions de la Frégate à Genève... le monde est petit. Et cVarsovie Frégate GE.jpge document m'est assurément précieux. Genève peut s'honorer d'avoir tenté d'alerter l'opinion publique suisse sur le sort de la capitale martyre de la Pologne.

Claude Bonard

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31/07/2017

Quelques destins polonais en Suisse partie I

Au gré de ces journées d'été, je vous propose aujourd'hui de découvrir quatre  portraits qui rappellent que des personnalités polonaises exceptionnelles établies en Suisse ou qui y ont séjourné se sont illustrées dans les domaines de la culture, de l’art et de la science. Ce choix est, vous voudrez bien me le pardonner, réducteur, partiel et partial. En effet, de nombreux auteurs, mieux que moi, ont consacré   des ouvrages entiers aux Polonais et Polonaises qui se sont établis en Suisse au fil du temps et qui ont contribué, chacun à leur manière, à enrichir le patrimoine de notre pays. J’y reviendrai ultérieurement.

L’Art Nouveau polonais à Fribourg, Jozef Mehoffer

Traditionnellement, depuis l’échec des insurrections de 1831 et de 1863, Fribourg est l’un des cantons suisses qui accueille un nombre important de ressortissants polonais. Dans ce climat si particulier, il n’est dès lors pas étonnant que ce soit un artiste polonais, Jozef Mehoffer, né en 1869 dans la région de Lwow qui remporte en 1895 le concours visant à doter la prestigieuse cathédrale de Fribourg dédiée à Saint-Nicolas de nouveaux vitraux. Mehoffer , élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie, poursuit sa formation à Vienne puis à Paris où, condisciple de Wyspianski, il trouve sa voie en devenant l’un des maîtres incontestés des techniques du vitrail et de la polychromie. Mehoffer réalise les vitraux de la cathédrale de Fribourg entre 1895 et 1936. Sa réputation est faite et l’on peut saluer en lui et l’un des plus brillants représentants du courant de l’Art Nouveau polonais.

Jacek Stryjenski (1922-1961) et le Grand Théâtre de Genève

En 1951, le prestigieux bâtiment du Grand Théâtre de Genève est complètement détruit par un incendie. Hormis les façades et le foyer, tout le reste n’est que ruines et fumée. Les travaux de reconstruction dureront jusqu’en décembre 1962. La nouvelle salle se démarque profondément de l’ancienne au niveau de sa conception et de son architecture, de même que par sa décoration. C’est à un artiste polonais en la personne de Jacek Stryjenski qu’est confiée la mission de créer le plafond du nouvel opéra ainsi que son imposant rideau de scène. Jacek Stryjenski a de qui tenir. Né à à Cracovie, il est l’un des trois enfants de Zofia Stryjenska (Cracovie 1891- Genève 1976), véritable icône de l’art polonais des années 1920, influencée par le courant « Jeune Pologne » et amie des plus grands artistes du renouveau polonais. Jacek effectue à Genève une très belle carrière artistique.

Un Dominicain philosophe marque Fribourg de son empreinte : Jozef Maria Bochenski (1902-1995)

La personnalité et l’histoire de vie du Père Bochenski résument à elles seules le destin tragique de la Pologne et aussi l’incroyable faculté de résilience du peuple polonais. Ayant fait le coup de feu en combattant lors de la guerre polono-bolchévique de 1919-1920, le jeune Jozef Maria Bochenski démobilisé embrasse une carrière académique. Passionné et curieux de tout, il étudie le droit à l’université de Lwow puis l’économie politique à l’université de Poznan, (1920-1926), la philosophie à l’université de Fribourg de 1928 à 1931, décrochant son doctorat dans cette discipline. Ensuite, de 1931 à 1936, Jozef Marie Bochenski étudie la théologie à Rome. Animé d’une foi profonde, Jozef Maria Bochenski entre chez les Dominicains en 1927 à Cracovie où il obtient son Habilitation en philosophie en 1938 avant d’être nommé professeur de logique à l’université pontificale de l’Angelicum à Rome. En septembre 1939, Bochenski est mobilisé.en qualité d’aumonier militaire. Fait prisonnier, il n’accepte pas la défaite, s’évade et réussit à rejoindre la France, puis l’Angleterre. Il reprend du service comme aumonier militaire dans l’armée du Général Anders et participe à l’offensive des Alliés en Italie et notamment à la 4ème bataille de Monte-Cassino, du 11 au 18 mai 1944, où les troupes polonaises arracheront enfin la victoire au prix de lourdes pertes. Une fois la guerre terminée Jozef Maria Bochenski se consacre à nouveau à ses activités scientifiques et religieuses. Ce sont les retrouvailles avec Fribourg où il se distingue tout particulièrement en tant que professeur de philosophie moderne et contemporaine de 1945 à 1972. Il deviendra Recteur de cette prestigieuse université de 1964 à 1966. En consultant les références biographiques qui lui sont consacrées, y compris sur internet, on ne peut qu’être impressionné par la cursus de ce grand humaniste. Soucieux d’analyser et de comprendre le monde de l’après-guerre dans toute sa complexité, l’ancien étudiant en économie politique devenu une personnalité phare de la communauté polonaise de Suisse crée à Fribourg l’Institut d’Europe Orientale et entretient de nombreux contacts avec le monde diplomatique et politique. En 1956 il rédige un rapport sur l’incompatibilité de l’idéologie communiste avec la constitution de la République fédérale d’Allemagne. Fin politique au sens noble du terme, Bochenski est aussi l’homme des missions délicates. En 1982, il est désigné médiateur lors de l’occupation de l’ambassade polonaise à Berne par un groupe de manifestants réclamant la levée de l’Etat de Guerre en Pologne. Ses nombreuses publications à caractère scientifique et philosophique connaissent un grand retentissement et le rayonnement intellectuel du professeur Bochenski sera apprécié bien au-delà des frontières suisses.

Clin d’oeil au cinéma polonais : 1994 - Krzysztof Kieslowski et Piotr Jaxa  tournent à GenèveRouge.jpg

C’est à une jeune comédienne ayant passé son enfance à Genève, Irène Jacob, que Krzysztof Kieslowski confie le rôle de Véronique dans son chef-d’oeuvre La Double Vie de Véronique. C’est aussi à Genève, notamment dans la vieille ville et sur les bords du lac que Kieslowski tourne en 1994 le troisième volet de sa trilogie des trois couleurs. Après Bleu et Blanc, Trois Couleurs : Rouge met en scène une nouvelle fois Irène Jacob dans le rôle de la jeune Valentine, lors de sa rencontre avec le crépusculaire juge Kern. Le photographe et cameraman Piotr Jaxa, qui a aussi travaillé avec Krzysztof Zanussi et Andrzej Wajda fait partie des équipes qui ont tourné la trilogie des trois couleurs. Piotr Jaxa, diplômé de l’école du cinéma de Lodz a fait de la Suisse son pays d’adoption. Il réalise en 1988 un album photographique dans lequel il porte sur Genève un regard novateur et attachant. Piotr Jaxa quittera quelques années plus tard la cité de Calvin, pour résider dans le canton de Vaud en poursuivant une fructueuse carrière dans les domaines de la photographie et du film. Une rétrospective de ses photographies a été organisée à Lausanne en 2001, faisant notamment découvrir au public les coulisses des tournages de Krysztof Kieslowski, cinéaste trop tôt disparu dont les œuvres ont marqué des générations de cinéphiles, notamment en Suisse romande.

Dans quelque jours, je vous proposerai la suite de cette galerie de portraits.

Claude Bonard

 

 

 

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