29/05/2017

Pour les Genevois, c'est bientôt le 1er juin. Tous au Port Noir !

 En 2014, Genève célébrait le bicentenaire de son entrée dans la Confédération et de nombreuses manifestations eurent lieu tout au long de l'année. Mais le temps passe vite. Il ne me semble dès lors pas inutile de rappeler pourquoi les Genevois(e)s se retrouvent au Port Noir chaque 1er juin. Reprenons le fil des événements. : En décembre 1813, lorsque sonne l’heure de la restauration de la République, Genève se retrouve isolée, au sein d’une Europe en pleine recomposition suite à l'écroulement de l'Empire de Napoléon 1er. Pour les Genevois, c'est l’heure des choix : L’indépendance dans l’isolement ou le rattachement à la Suisse. C'est la solution suisse qui l'emporte. Alors que magistrats et diplomates s'activent de sorte que les conditions d'admission de Genève dans la Confédération soient remplies, les Suisses font un geste symbolique fort envers Genève. Le mercredi 1er juin 1814, la population genevoise, dans une joyeuse  effervescence, assiste au débarquement pacifique des contingents de Fribourg et Soleure au Port Noir, lieu situé aujourd'hui sur le territoire de la commune de Cologny. Ainsi que l’a rappelé avec amusement en 1989 le regretté Jean-Claude Mayor : « On fit semblant d’ignorer qu’il y avait un peu de malice de la part de la Diète, dans le choix de soldats des deux cantons catholiques. Manière de nous faire comprendre que notre confédéralité devrait impliquer une certaine tolérance ». A la suite du débarquement du 1er juin 1814, la situation politique évolue rapidement avec le vote de la Diète fédérale du 12 septembre 1814 et le traité d’adhésion de Genève à la Suisse du 19 mai 1815. Cette période est marquée par l’intense activité diplomatique conduite de 1815 - 1816 avec plus ou moins de succès par les négociateurs genevois Pictet de Rochemont d’Ivernois et Eynard, négociations qui vont donner au nouveau canton ses frontières actuelles non sans l’amer regret de ne pas avoir obtenu les territoires espérés allant de la Valserine au Rhône et au Fier. Quant au lieutenant-colonel Louis Girard, désigné par la Diète pour commander l’ensemble de la troupe suisse débarquée au Port Noir le 1er juin 1814, il reste à Genève avec son contingent fribourgeois jusqu'au mois d'août 1814. A l'occasion de son départ, il adresse une chaleureuse lettre aux « Syndics et au Conseil provisoire de la ville et République de Genève » . “ En voici la teneur :

« Je ne puis assez vous exprimer avec quels regrets nous quittons une ville où, depuis le moment de notre arrivée, nous n’avons cessé de recevoir des témoignages éclatants de la bienveillance de son gouvernement et de l’amitié de ses habitants. La cordialité avec laquelle nous y avons été constamment accueillis pendant le séjour agréable, mais trop court, que nous y avons fait, nous a intimement persuadés que si Genève a été, par la suite, de ces révolutions dont aucun état de l’Europe n’a été exempt, forcée de rompre momentanément les rapports qui l’attachaient au corps helvétique, elle n’avait point cessé, dans son cœur, de regarder les Suisses comme ses frères. Quels souvenirs agréables nous remportons dans nos foyers, avec quel plaisir nous nous rappellerons ces jours heureux où, dans toute l’effusion de notre cœur, nous célébrions avec le bons Genevois leur patrie rendue à son indépendance, avec quelle reconnaissance nous nous rappellerons les soins vigilants que vous donniez à notre troupe, avec quel empressement, vous cherchiez non seulement à soulager le soldat dans les fatigues de son service, mais encore à lui procurer un bien-être qu’il n’aurait osé espérer dans aucune garnison. Souffrez, Magnifiques Seigneurs, qu’à mon nom, à celui de mes officiers et de la troupe que je commande, je vous exprime les sentiments de gratitude dont nous sommes tous pénétrés pour les bontés singulières dont vous nous avez comblés pendant le temps où nous avons été appelés à faire le service dans votre ville. Soyez persuadés que nous n’en perdrons le souvenir qu’avec la vie et que nous serions trop heureux si jamais nous pouvions donner à Genève, que nous nous glorifions de regarder comme une nouvelle patrie, une preuve d’attachement qui ne se démentira jamais. Fasse le ciel que les dignes magistrats qui gouvernent si sagement cette renaissante république et à qui elle doit le retour de son indépendance, puisse jouir longtemps de leur ouvrage, qui en assurant le bonheur de leurs concitoyens, leur a assuré leur estime et leur reconnaissance ”. **

Il faudra pourtant attendre l'année 1900 pour que la date du 1er juin soit commémorée avec un tant soit peu d'éclat grâce à la  Société de la Restauration et du 1er Juin nouvellement créée. Cet épisode s'inscrit dans un vaste mouvement « romantique » dont on peut situer le point de départ en 1869 avec l'inauguration du Monument national, suivie en 1884 de celle du monument du général Dufour. Cette période culmine avec l'Exposition nationale de 1896. Au cours des ans, fêtes fédérales de tir et de gymnastique, journées officielles et militaires, rencontres festives, patriotiques et folkloriques se succèdent. A Genève, chacun s'applique a célébrer et à cultiver la connaissance du passé dans un élan de romantisme mettant en évidence les vertus du culte confédéral. Ce sera encore le cas en 1914, lors des « Fêtes de Juin », au cours desquelles toute la communauté genevoise célèbre l'union à la Suisse trois mois à peine avant le début de la Première Guerre mondiale. Une sorte de chant du cygne pour la commémoration du 1er juin. En effet, au fil du temps, force est de constater que dans l'inconscient collectif des Genevois, c'est bien la fête de l'Escalade qui revêt le caractère de fête nationale genevoise, suivie par la commémoration de la Restauration de 1813, les 30 décembre au soir et 31 décembre au matin. Le 1er juin a été un peu oublié et relégué en troisième position, à l'exception notable des commémorations exceptionnelles de 1964 et 1989. Fort heureusement, au cours des années 1990-2000, grâce à l'initiative du Conseil d'Etat et de sa Chancellerie sous l'impulsion déterminante de Mme Martine Brunschwig Graf, magistrate originaire du même canton que le lieutenant-colonel Louis Girard, la commémoration du 1er juin a regagné en visibilité. Tradition et modernité font désormais bon ménage. Grâce aux initiatives prises de concert avec la Société de la Restauration et du 1er Juin, les Genevoises et les Genevois ont retrouvé le chemin du Port Noir. En 2014, les multiples manifestations du bicentenaire ont recueilli  un sympathique succès, hormis quelques crispations ayant donné l'occasion aux gens de Piogre de râler. Pourtant, l'organisation d'un événement tel que la commémoration du 1er juin ne se fait pas sans faire appel à de multiples bonnes volontés. Merci dès lors à toutes celles et ceux qui oeuvrent bénévolement au sein des sociétés historiques, patriotiques et militaires genevoises, notamment nos Vieux-Grenadiers et nos Artilleurs. Sans oublier la Police genevoise,  les groupes folkloriques, les contingents amis de Fribourg et parfois de Soleure, l'équipage de la Neptune et les musiciens et musiciennes de l'Orchestre d'Harmonie de l'Etat de Genève (OHGe-Landwehr).  Que celles et ceux que je n'ai pas cités me pardonnent. Toutes et tous, vous donnez à la commémoration du 1er juin le lustre qu'elle mérite, en présence des représentant(e)s des corps constitués. Je forme le vœu que nombreux soient celles et ceux qui, cette année encore, se rendent au Port Noir, témoignant ainsi de leur attachement à notre canton et à la Suisse. Le 1er juin le vaut bien !

Claude Bonard

** Source : Lettre de Louis Girard citée par M. Frédéric de Weck in : "Le Livre des Grenadiers Fribourgeois", textes Eric E. Thiol et Georges Corpataux, édition Contingent des Grenadiers fribourgeois, 1966, pp.38-39

Illustration : carte postale commémorative signée Edouard Elzingre. L'arrivée du lieutenant-colonel Louis Girard et du contingent fribourgeois au Port Noir le 1er juin 1814.  Collection privée (D.R.)

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25/05/2017

Le Maître des horloges, le temps et la politique. De Platon à Emmanuel Macron 

Monsieur Emmanuel Macron, nouveau président de la République française, s'est exprimé à plus d'une reprise, s'adressant au monde politique et aux médias en affirmant : «Je resterai le maître des horloges, il faudra vous y habituer, j’ai toujours fait ainsi ». Cette notion de « maître des horloges » est intéressante à plus d'un titre car qui dit horloges fait nécessairement référence au temps.

L'historien français François Audigier a écrit à propos du temps : « Le temps n’est pas l’objet de l’histoire mais il en est une composante consubstantielle. (…) A la linéarité des temps historiques dans une perspective positiviste a succédé la trilogie braudélienne, temps long, moyen, court, elle-même aujourd’hui fortement diversifiée. C’est une multiplicité de temps que travaillent les historiens et la notion d’événement a changé. » *

Or ce qui est vrai pour les historiens l'est à plus forte raison s'agissant du champ politique. Déjà du temps de Platon, les clepsydres égyptiennes  introduites en Grèce servaient à mesurer la longueur des discours politiques.

Quelques siècles plus tard, Miguel de Cervantes écrivait à propos du temps : «  Se dara tiempo al tiempo, que suele dar dulce salida a muchas amargas dificultades ». Un point de vue auquel fera écho plus tard Voltaire dans les Cabales « L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger ».

L'horloge, toujours l'horloge. A Versailles par exemple, celle de la cour de marbre n'avait qu'une seule aiguille. Elle marquait l'heure de la mort du roi et, ce faisant, plongeait la cour dans l'incertitude, s'agissant de l'avenir politique du royaume. 

Charles Baudelaire aussi,évoquera les horloges  dans les Fleurs du mal « Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! »

Et que penser alors de la sagesse du président François Mitterand qui avait dit qu'il faut « laisser du temps au temps », paraphrasant ainsi Cervantes. Un point de vue exprimé aussi avec d'autres mots par l'écrivain Isaac Asimov qui estimait qu'il était « urgent d'attendre ».

En matière politique, bien avant le président Emmanuel Macron, c'est Lord Byron qui donna le ton : «  Les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l'heure juste ».

Ces quelques exemples nous rappellent que le rapport au temps et à sa mesure – les horloges - dicte sa loi depuis l'antiquité. Il s'inscrit dans une problématique qui n'a jamais cessé de préoccuper les philosophes, les historiens, les gens de lettres et, à plus forte raison, les dirigeants politiques. Souhaitons donc bonne chance au nouveau « Maître des horloges ».

Claude Bonard

* Citation extraite de « La chronologie n’est pas l’histoire.* Et pourtant... », in revue de l’IREHG, n°1 juin 1994, p. 80-81.

 

 

 

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21/05/2017

TPG : parabole en marge d'un scrutin : "Piogre, sa crémière et sa cuirasse..."

Tarifs des TPG :  Le corps électoral a voté aujourd'hui. "Dura lex sed lex". Il faut comme toujours en bonne démocratie accepter sans rechigner  le verdict des urnes. Dont acte.

Pourtant, ma chère Piogre....... reine éternelle du "yaka yfau con", Il  te faut toujours  le beurre, l'argent du beurre, et la crémière qui va avec, qui plus est, une crémière bien de chez nous, qui conduit bus, trams et trolleys des TPG toujours plus vite, toujours plus loin, avec une cadence toutes les deux minutes, mais .... gratuitement !

Alors aujourd'hui, j'ai une pensée pour la crémière de l'histoire. Chère crémière de Piogre, à l'issue du vote de ce jour, une nouvelle fois à propos du tarif des TPG, je crains pour ta santé car ce n'est pas une balle qui a frappé ton pied mais bien un beau et gros boulet en fonte qui a frappé ta poitrine de plein fouet, avec un résultat  dont l'effet est identique à celui de la cuirasse qui figure sur ma photo.

Ma pauvre crémière, après un tel choc, il va falloir que tu retrouves tes esprits et que tu respires à nouveau ...... celui qui portait cette cuirasse a eu moins de chance que toi et  n'a pas survécu.... J'espère simplement que toi, tu vas survivre et récupérer, et surtout que le coût de ton  appareil respiratoire ne s'avère pas démesuré. On a besoin de toi aux TPG ! en pleine santé ! Faute de quoi, ma chère crémière, les bonnes gens de Piogre qui exigent tant de toi  risquent de rechigner si le prince leur demande d'ouvrir les cordons de leur bourse afin de te soigner.

Cuirasse trouée.jpg

Je te souhaite un prompt rétablissement.

Claude Bonard

 

Illustration : http://www.lavenir.net/ (d.r.) 

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