27/12/2017

Savez-vous quelle est l'origine de la commémoration de la Restauration genevoise ?

Il faut remonter à 1883 pour voir  les officiers genevois rejoindre les étudiants de la Société de Zofingue afin de commémorer  la Restauration sous l'impulsion d'un comité présidé par M. Gustave Pictet. Depuis 1887, c’est la Société Militaire du Canton de Genève qui organise la belle cérémonie qui se déroule  chaque  30 décembre au soir à 17h00 devant la Tour Baudet. Le 30 décembre 1863, à l’occasion du 50e anniversaire de la Restauration de la république, une plaque commémorative avait été scellée dans le mur de la Tour Baudet. A partir de  1934, un orateur est invité à s’exprimer publiquement, en présence des corps constitués. Dès 1969, la participation de la Compagnie des Vieux-Grenadiers et de sa musique de marche donne un lustre tout particulier à la manifestation à l’issue de laquelle la population est invitée à partager un verre de vin chaud servi sur la promenade de la Treille avec les hôtes de la Société Militaire. Les invités se retrouvent ensuite au local de la Société Militaire dans une ambiance festive et patriotique.

A partir de 2007, le Conseil d’Etat  innove et invite la population genevoise à s'associer le 31 décembre au matin à la commémoration officielle de la Restauration au pied de la Tour Baudet. A 08h00 ont lieu les traditionnels tirs de salves exécutés par la Société d'artillerie de Genève sur la Promenade de la Treille, à Saint-Antoine et à la Rotonde des Pâquis. Ces tirs sont suivis chaque année par un public nombreux toutes générations confondues. C'est un beau moment de convivialité où l'on échange des voeux à l'occasion de la nouvelle année alors qu'une aubade est donnée par  la Landwehr, Harmonie officielle de l'Etat de Genève. Puis, à l'issue d'une cérémonie officielle sobre et bien ordonnée au cours de laquelle le Président du Conseil d'Etat rappelle les événements de 1813 et présente ses voeux, une collation est offerte à la population sous l'ancien arsenal. Plus tard, les autorités et la population se rendent en cortège à la cathédrale Saint-Pierre pour le traditionnel culte de la Restauration.

Claude Bonard


Restauration 2013 Vautravers.jpgSource : Notice historique sur la Société Militaire du Canton de Genève, Genève, Société militaire du Canton de Genève, 1975.

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26/12/2017

Qui était l'infortuné Nicolas Louis Jordy frappé d'apoplexie le 30 décembre 1813 à Genève ?

Avec une dédicace toute particulière à l'un de ses descendants directs, mon ami Jean-Marc Verniory, je vous propose de faire connaissance avec le malheureux général français Nicolas Louis Jordy (1758-1825) qui fut frappé d'une attaque d'apoplexie à Genève peu avant l'arrivée des Autrichiens de Bubna le 30 décembre 1813. Le général Jordy était un soldat dont le corps n'était qu'une plaie, ayant été grièvement blessé de multiples fois au cours de sa carrière tant sous la République que sous le Consulat et l'Empire. Une carrière militaire commencée sous le règne de Louis XVI. Jordy était originaire d'une famille ayant quitté la Savoie pour s'établir à d'Abreschviller en Moselle. Il entreprit très jeune une formation de barbier (chirurgien militaire) qu'il termina en 1774 à Paris à l'âge de seize ans. Il fit partie de l'expédition d'Amérique du comte de Rochambeau qui commandait les troupes envoyées par le Roi Louis XVI au secours des “Insurgents” américains. Après une campagne militaire mouvementée, il rentra en France et quitta pour un temps l'uniforme afin de travailler avec son père à Abreschwiller. La Révolution ayant besoin de soldats, Jordy est vite remarqué vu son expérience militaire. Il est nommé capitaine de la Garde nationale de sa commune. Au cours de ce que l'on appelle communément les guerres de la Révolution, il se couvre de gloire à la tête d'un bataillon de volontaires de l’Armée du Rhin. Grièvement blessé en 1793, on le retrouve après sa convalescence dans la sale guerre du chaudron vendéen qu'il quittera heureusement avant l'arrivée du sinistre général du général Turreau et de ses « colonnes infernales ». A nouveau blessé en 1794, il subit une trépanation, perd un œil et l'usage d'une main. Nommé gouverneur de Strasbourg pour un temps, il reprend pourtant du service à l'Armée du Rhin. Général de brigade, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur par le Premier consul Bonaparte qui garde un œil sur lui lorsqu'il devient Empereur. Jordy participe avec brio en 1806-1807 aux campagnes de Prusse et de Pologne. Il est nommé gouverneur de Thorn (Torun) et on le retrouve à Varsovie en janvier 1807. Agé de 54 ans, ayant à son compteur 18 blessures, ayant perdu un œil et lourdement handicapé, Jordy ne participe pas à la funeste campagne de Russie de 1812 mais veut absolument continuer à servir. Napoléon qui l'apprécie le nomme Chevalier de l'Empire et lui confie le commandement militaire de Genève et des troupes du département du Léman. On connaît la suite. Le malheureux Jordy est frappé d'une crise d'apoplexie et vu la lâche défection du baron Cappelle, préfet du département du Léman, les troupes françaises évacuent Genève le 30 décembre 1813. Revenu en France, le vieux lion sollicite sa mise à la retraite. L'Empire s'étant écroulé, c'est le roi Louis XVIII qui le fera chevalier de Saint-Louis. Pourtant, pendant les Cent-Jours, le maréchal Davout, ministre de la Guerre le rappelle en service vu son expérience et sa loyauté. Le 8 septembre 1817, Nicolas-Louis Jordy, avec le grade de Maréchal de Camp (général de brigade) est mis à la retraite et élevé au grade d' officier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur par Louis XVIII. « Brave parmi les braves » il se retire à Strasbourg. Le Chevalier de Jordy, ainsi le nomme-t-on désormais, décédera le 7 juin 1825 à Strasbourg à l’âge de 67 ans après une vie bien remplie au service de la France.Jordy Uniforme.JPG

 

Claude Bonard

 

Sources : http://www.abreschviller.fr/spip.php?article269

Lire également : 
http://leschristophe.pagesperso-orange.fr/gen/pdf+jpg/gen-Jordy.pdf



 

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25/12/2017

La Restauration genevoise vue de Paris par le Journal de l'Empire

Alors que les Genevois avaient l'impression d'être le centre du monde en vivant les péripéties de la restauration de la République, cet événement n'en est qu'un parmi d'autres si l'on feuillette l'édition du vendredi 7 janvier 1814 du Journal de l'Empire à Paris. Au fil des rubriques, en Italie, on rapporte de Vérone que le front est calme depuis l'attaque des Autrichiens à Castagnaro. A Colmar, les cosaques ont pillé Saint-Amarin. On lit que le prince de Schwarzenberg est arrivé à Bâle. A Chambéry, le journal rapporte que “M. le comte Dessaix, général de division, est arrivé ici au moment où les nouvelles qui nous venoient de Genève nous causoient de vives alarmes”. A la rubrique Variétés, le journal annonce au  Théâtre Français la première représentation de “Fouquet”, comédie en cinq actes et au Théâtre de l'Impératrice, on joue “Les Amans de Philadelphie”. Pourtant, à y regarder de plus près, les nouvelles rapportées par le Journal de l'Empire sont annonciatrices de lendemains qui déchantent. De quoi inquiéter le lecteur parisien et les financiers puisque le cours de la bourse n'est pas mirifique.C'est sous la rubrique Paris... et non pas Genève, que l'on découvre une dépêche du 6 janvier qui relate les événements de Genève : “Une avant-garde de 3000 hommes sous les ordres du général Bubna, s'est présentée devant la ville de Genève le 30 décembre. La garde nationale armée avoit été requise par le prefet, et formoit 1800 hommes. Le général Jordy, qui commandoit la place, l'avoit fait mettre en etat de defense ; il avoit 14 pièces de canon. La garnison etoit de 1500 hommes : 1800 hommes partis de Grenoble, arrivaient pour la renforcer ; ce qui suffisoit pour que la ville fut à l'abri d'un coup de main. Par une sorte de fatalite, le général Jordy a été frappé d'une attaque d'apoplexie le matin du jour où l'ennemi a paru. L'officier qui commandait sous lui s'est laissé persuader par la bourgeoisie, et la garnison a quitté la ville. Le préfet l'avoit abandonnée, de sorte que, depuis trois jours, la bourgeoisie s'est constituée, et avoit pris l'autorité. La garnison étant sortie, les bourgeois ont ouvert les portes. Si le préfet avait fait son devoir, s'il n'avoit pas quitté Genève, s'il eut été assuré des sentimens qui règlent la conduite des préfets du Mont-Blanc et du Doubs, cette importante place auroit été en sûreté. Les préfets ne sont pas de simples intendans de finances, ils ont la Haute police. Quant le chef-lieu de leur departement est une place forte, ils devoient y organiser les moyens de résistance que peut offrir le zèle des habitans, et les faire concourir à la défense. (…) S.M. a rendu, le 4 janvier, le décret suivant : NAPOLEON, Par la Grâce de Dieu et les Constitutions, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, Considérant que le préfet du Léman a quitté la ville de Genève plusieurs jours avant que les avant postes ennemis se présentassent aux portes : Que le préfet n'a pris aucune mesure pour requérir et animer la garde nationale (…) Que, premier magistrat du département, il devait sortir le dernier (…) Que cet oubli à ses devoirs a été la cause que la garnison, ne se sentant pas secondée par les gardes nationales, se voyant abandonnée par les magistrats, a évacué la place(,,,), Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Art 1er Le baron Capelle, préfet du département du Léman est suspendu. Art. 2 Il sera traduit pardevant une commission d'enquête. Art.3. Notre ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret. Signé NAPOLEON. Par l'Empereur, Le ministre secrétaire d'Etat, Signé le duc de Bassano”.

Rassurez-vous ! L'infortuné préfet du Léman, le baron Guillaume-Antoine-Benoît Capelle ne sera pas inquiété bien longtemps car la chute de Napoléon mettra fin à ses ennuis. Sous Louis XVIII, il acceptera la préfecture de l'Ain. Il sera même promu Conseiller d'Etat de 1816 à 1828 avant de devenir ministre des travaux publics dans le gouvernement Polignac. Pourtant, nouveau coup du sort, la révolution de Juillet 1830 l'obligera à se réfugier à l'étranger. Il reviendra pourtant en France et décédera à Montpellier le 25 octobre 1843.

** orthographe telle que figurant dans le journal

Claude Bonard20171225_115642.jpg

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