30/09/2017

Pourquoi Charles de Gaulle est si populaire à Varsovie ?

Au moment où les relations  entre la France et la Pologne  sont plutôt tendues et victimes d'un gros coup de froid imputable à certaines divergences de vue de nature politique entre le président de la République, M. Emmanuel Macron et le gouvernement conservateur de Gaulle Varsovie .jpegaux affaires à Varsovie, il me paraît intéressant de rappeler qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Les destins de la France et de la Pologne ont souvent été liés, notamment depuis l'époque du roi Henri III qui, avant d'être roi de France avait été roi de Pologne en 1573 sous le nom d'Henryk Walezy (Henri de Valois). On pourrait aussi évoquer les figures de Marie Leszczynska fille du roi de Pologne Stanislas Leszczynski et épouse du roi Louis XV, ou encore les vaillants Polonais de Napoléon 1er, sans omettre le fabuleux destin de Marie Skłodowska-Curie. Mais aujourd'hui, c'est du général de Gaulle que je vais vous parler. Le touriste étranger qui connaît bien le monument du général de Gaulle situé sur l'avenue des Champs-Élysées à Paris,  sculpté par Jean Cardot, sera surpris de découvrir à Varsovie une statue identique, sortie d'ailleurs du même moule,  érigée sur un rondeau portant le nom du général. Ce visiteur va dès lors se demander au nom de quoi de Gaulle est si populaire en Pologne. Il y a deux raisons à cela.  

La première remonte à la la guerre polono-bolchévique de 1920. La France avait envoyé à Varsovie une mission militaire chargée de conseiller et de soutenir l'état-major de l'armée polonaise  reconstituée après l'indépendance retrouvée du pays en 1918. Le capitaine Charles de Gaulle tout juste sorti de captivité et désireux de reprendre sa carrière a pu fort opportunément faire partie de cette délégation. Son bureau est toujours précieusement préservé à l'Académie des Sciences Militaires de Rembertow près de Varsovie. Pendant ses rares moments libres, de Gaulle, gourmand, aimait à se rendre à la confiserie Blikle (d'origine suisse), pour y déguster sa pâtisserie favorite, les pączki , beignets à la confiture recouverts d'un glaçage au sucre. Chose moins connue, de Gaulle  était grandement apprécié par la bonne société de Varsovie et aimait à passer aussi de délicieux moments de détente entouré de belles et distinguées jeunes femmes de la noblesse polonaise.

La seconde raison de la popularité du général de Gaulle en Pologne remonte au mois de septembre ( 6 au 12) 1967 où il fut le premier chef d'Etat d'Europe occidentale à se rendre en voyage officiel en Pologne communiste. Il plaida à Varsovie et Cracovie notamment en faveur d'une réelle coopération entre les cultures françaises et polonaises. Le général n'hésita pas, avec son style inimitable, à critiquer  la partition de l'Europe en deux blocs et plaida pour  une politique de détente  et s'adressa au peuple polonais  dans ce sens,  chose incroyable pour l'époque, par le biais une allocution télévisée.

Souhaitons que l'esprit du  Grand Charles fasse son oeuvre et redonne aux relations entre la France et la Pologne le dynamisme et la cordialité qui les ont caractérisées jusqu'à un passé récent.

Claude Bonard

Pour en savoir plus : lire : http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1890-1940-la-genese/la-grande-guerre/analyses/le-capitaine-de-gaulle-et-la-pologne.php

http://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00138/voyage-en-pologne.html

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/le-general-de-gaulle-dans-tous-ses-etats-amoureux-07-04-2010-877361.php

et : http://www.lepetitjournal.com/varsovie/actu-varsovie/73398-de-gaulle-en-pologne-les-liens-privilegies-et-meconnus-entre-ce-grand-pays-et-le-grand-charles.html

10:14 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/09/2017

28 septembre, un jour noir en Pologne, celui du 78e anniversaire du quatrième partage du pays

En Pologne, la date du 28 septembre 1939 laisse un amer souvenir dans les mémoires. En effet, à la suite de l'invasion du pays par les troupes du Reich le 1er septembre, Varsovie capitula le 27, n'ayant pas pu combattre sur deux fronts suite au « coup de poignard dans le dos » que constitua l'attaque soviétique du 17 septembre 1939 sans déclaration de guerre. Le 28 septembre, selon les termes du pacte germano-soviétique, les Allemands et l'Union Soviétique se partageaient le pays. Le Reich récupérait la région de Dantzig, la Prusse occidentale et la Haute-Silésie ainsi que la région de Lodz, deuxième ville du pays et capitale de l'industrie textile Quant aux Soviétiques, ils mettaient la main sur les territoires polonais situés aujourd'hui en Ukraine et en Biélorussie à l'est des rivières Narew et Bug. L'importante cité polonaise de Lwow tomba aussi dans leur escarcelle.

Ce quatrième partage, fait unique en Europe et dans le monde, fut le quatrième dans l'histoire de la Pologne après ceux de 1772, 1793 et 1795, lorsque  le roi de Prusse,  la tsarine de  Russie et l'empereur l'Autriche s'étaient partagés le royaume. Je voudrais dès lors prendre à témoin ce sombre anniversaire pour revenir aux circonstances du premier partage, celui de 1772 qui déclencha la spirale infernale des démembrements successifs du pays et auquel un illustre citoyen de Genève fut mêlé.  En 1764, à Varsovie, Stanislas-Auguste Poniatowski avait succédé au roi à Auguste III. Sous son règne, le rayonnement culturel et artistique de la Pologne se caractérisa par un essor remarquable. En revanche, ce jeune roi qui avait été l’amant de la Grande Catherine devint insensiblement l’otage du parti pro-russe, ce qui provoqua en 1768 la révolte d’une partie de la noblesse polonaise réunie en Confédération. Cette insurrection - en France on appellerait ça une fronde - prit le nom de Confédération de Bar, localité située aujourd’hui en Ukraine. La Confédération fut vaincue en 1772 suite à l'intervention musclée de l'armée de la tsarine. C’est dans le contexte de ce soulèvement que notre compatriote Jean-Jacques Rousseau entra en scène. Rousseau fut approché en 1770  à Paris par les Confédérés de Bar et accepta de rédiger à leur intention un projet de nouvelle constitution adaptée à ses yeux à une Pologne purgée de ses vieux démons. Bien que n’étant jamais allé en Pologne, Rousseau identifia les problèmes qui minaient l’Etat polonais. L’une des principales sources de blocage des institutions polonaises de ce temps se caractérisait par le recours au « Liberum veto », du latin, littéralement « j'interdis librement » lors des sessions de la Diète (Sejm). Un seul parlementaire pouvait en faisant usage de cet outil, bloquer tout projet en cours d’examen et n’importe quel vote. Imaginons un peu le principe du « Liberum veto » appliqué à Genève tant au Grand Conseil qu'au Conseil municipal ! Ce serait une belle cacade ! C’est de cette manière que progressivement, la Pologne institutionnelle se paralysa avant de disparaître purement et simplement du paysage politique européen, démembrée par ses puissants voisins. Rousseau reconnaissait que la nation polonaise était « différente de naturel, de gouvernement, de mœurs, de langage, non seulement de celles qui l’avoisinent mais de tout le reste de l’Europe ». Aujourd'hui, 78 ans après le quatrième partage de la Pologne du 28 septembre 1939 , je ne peux m'empêcher de penser que Jean-Jacques Rousseau avait été clairvoyant dans son analyse de la situation politique de la Pologne. Quel diagnostic aurait-il posé aujourd'hui s'il était encore  de ce monde  ?... nul ne le saura jamais mais j'ai ma petite idée  sur ce point.....!

Claude Bonard

 Illustration  :  La Pologne, le gâteau des rois, Wikimedia Commons
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12:45 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

26/09/2017

1801, Les Polonais au service de la République française passent par Genève en route pour la Toscane

En préparant une conférence que je donne dans un cercle privé à Genève le 18 octobre prochain, je retrouve une copie d'un document daté du 26 Germinal An 9 de la République une et indivisible. Le mois de germinal était le septième mois du calendrier républicain correspondait, à quelques jours près (selon l'année), à la période allant du 21 mars au 19 avril du calendrier grégorien. L'an 9 de la République correspond à l'année 1801.

Après la paix de Lunéville du 9 février 1801 entre la France et l'Autriche, Bonaparte, ne sachant plus qu'en faire, plaça sa Légion polonaise au service du Roi d'Etrurie.   Un royaume imaginé  et créé en Italie par le premier consul dont la couronne fut confiée à  Louis de Bourbon.  Un comble s'agissant de la République !

Sous le commandement du futur général Kniaziewicz, la Légion marcha vers la Toscane en passant par la  Suisse Les Polonais avaient perdu toutes leurs illusions, eux qui avaient fait le choix de se battre aux côtés de la France avec l'espoir de favoriser la renaissance de leur nation disparue. Divisée en quatre colonnes de 1100 à 1300 hommes, la Légion polonaise progressa selon l'itinéraire suivant : Zurich, Zofingue, Langenthal, Berne, Fribourg, Bulle, Lausanne, Rolle et Genève.

Le document reproduit  informe Ange-Marie d'Eymard, Préfet du département du Léman, du passage par Genève de la Légion polonaise se rendant en Toscane. Il serait intéressant de savoir si cette troupe n'a fait que passer ou si elle s'est ravitaillée en faisant une halte à Genève.

Claude BonardLégion lettre d'Eymard.jpg

18:00 Écrit par Claude Bonard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |